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La machine à idées de Sarkozy
[vendredi 22 fvrier 2008]



Nonfiction.fr a toujours suivi Emmanuelle Mignon de près. Ce n'est plus un secret, l'éminence grise de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 sera à nouveau sa directrice de campagne. Après deux ans et demi passés à l’Elysée aux côtés du président, elle avait rejoint Europacorp, boîte de production de Luc Besson et de Christophe Lambert, communicant sarkozyste de la première heure. Alors qu'elle confiait récemment avoir quitté l'Elysée car elle ne trouvait "aucune colonne vertébrale" à l'action du président, elle a décidé de consacrer les trois mois qui viennent à oeuvrer pour sa réélection. Retrouvez ci-dessous la longue et unique interview qu’Emmanuelle Mignon a accordée à la presse depuis cinq ans.

* Pierre Testard (actualisé le 17 janvier, puis le 10 février 2012).

 

Un entretien exclusif avec Emmanuelle Mignon
Ancien directeur des études de l’UMP.
Directeur de cabinet du président de la République.

Dans un entretien à NONFICTION.FR, Emmanuelle Mignon, ancien directeur des études de l’UMP, revient sur le travail intellectuel de Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007. Elle décrit comment le "projet Sarkozy" est né, quelles ont été ses méthodes et ses équipes. Et les origines intellectuelles du sarkozysme.


Entre Vincent Bolloré et Bernard Arnault, entre "Cécilia" et Carla Bruni, le "sarkozysme" est trop souvent analysé dans sa dimension médiatique ou "people". On évoque les succès de l’"ouverture", symbolisée par Bernard Kouchner et Martin Hirsch, on salue le nouveau président qui a le "sens de l’action", même si l’on critique, et souvent à juste titre, son manque de "sens de l’intérêt général". En revanche, une dimension essentielle du "sarkozysme" a jusqu’ici été peu analysée : son rapport aux idées, aux intellectuels et aux experts. Contre les visions parfois simplistes d’Alain Badiou, d'Emmanuel Todd, ou du "storytelling", qui ont tendance à le limiter à la manipulation des médias ou des histoires, au-delà de la vision partisane de François Hollande qui n'en fait qu’un "narcissisme", ou de celle de Benoît Hamon qui fustige le "syndrome du petit homme", il est important de revenir sur le travail intellectuel qui a été accompli par Nicolas Sarkozy – très en amont, dès 2002 – pour bâtir un projet. Ce projet fut le résultat d’un travail de grande ampleur, pendant cinq années, conduit par une équipe de plus de 250 intellectuels et experts réunis autour d’Emmanuelle Mignon. Pour la première fois, et en exclusivité pour NONFICTION.FR, l’ancien directeur des études de l’UMP, devenu en mai 2007 directeur de cabinet du président de la République, a accepté de décrire minutieusement les origines du projet sarkozyste, ses méthodes et ses équipes. C’est la première fois que Mme Mignon accepte de donner une interview sur son travail. Au passage, elle se démarque ouvertement d’Henri Guaino , précisant que, pour elle, le rôle d’un "conseiller est là pour servir, non pas pour se mettre en avant" et qu’elle ne prétend pas "être le gourou de Sarko". Du coup, cet entretien apporte une vision nouvelle du sarkozysme dont la dimension intellectuelle, le travail méthodique sur les idées et la construction d’un projet, ont été jusqu’à présent largement sous-estimés. En creux, cette description est aussi une critique sévère du travail que la gauche n’a pas su faire sur les idées depuis 2002.

Frédéric Martel

(Cette interview a été réalisée en décembre 2007, relue et amendée fin décembre par Mme Mignon et est publiée pour la première fois ce lundi 7 janvier 2008 ; propos recueillis par Frédéric Martel et Martin Messika).


> Lire la première partie de l'interview avec Emmanuelle Mignon
> Lire la seconde partie de l'interview avec Emmanuelle Mignon
> Ecouter le podcast original de l'interview avec Emmanuelle Mignon (en cours de finalisation)


Pour aller plus loin :

> Emmanuelle Mignon : Bio-Express
> Lire la critique du nouveau livre La Téléprésidente de Philippe Guibert
> La critique du livre d'Ariane Chemin et Judith Perrignon, La Nuit au Fouquet's
> La présentation des dossiers des revues Esprit et Mouvement sur le Sarkozysme et la New Droite
> La critique du pamphlet d'Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ?
> La critique du livre de Christian Salmon, Storytelling
> La critique du livre de Yasmina Réza, L'aube le soir ou la nuit
> Tout savoir sur nonfiction.fr, son équipe et ses développements à venir : nonfiction.fr en 2008.
> A signaler : Enjeux-les-Echos, mensuel de l'économie, a publié en septembre 2007 dans le n°238 un portrait d'Emmanuelle Mignon, par Pacale-Marie Deschamps.

+ Voir aussi notre dossier sur les nouveaux think tanks en France :

Les nouveaux think tanks de gauche
- Fondation Terra Nova
- La constellation Ségoliniste
- La Forge
- Gagner en 2012
- Cercle 21, think tank de Manuel Valls
- Institut Edgar Quinet
- Sémaphore

Les nouveaux think tanks du centre

- Les Progressistes

Les think tanks de gauche

- La République des Idées
- Fondation Jean Jaurès

Les think tanks de la gauche radicale

- Fondation Copernic
- Fondation Gabriel Peri
- Mémoire des luttes
- Maintenant, à gauche !

Les think tanks du centre

- L'Institut Kervégan
- Les Gracques

Les think tanks de droite

- Fondation pour l'innovation politique
- Fondation Concorde
- L'Institut Montaigne

Autres think tanks

- En temps réel
- Bruegel
- Fondation Res Publica

Pour aller plus loin sur les think tanks et les idées

- Qu’est-ce qu’un think tank ? Définitions & Modèles
- Les principaux think tanks étrangers
- Une bibliographie sommaire d’ouvrages publiés aux Etats-Unis sur les think tanks


* Graphisme, montage home page : The Robinet (Valentine et Boris, Bordeaux).
* Photos : droits réservés (Elysées ; droits X ; DR).


 

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10 commentaires

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somni

07/01/08 19:42
L'interview est tout à fait passionnante. Enfin on prend au sérieux la victoire de Nicolas Sarkozy et de la droite. Et on comprend mieux, en contrepoint, que Ségolène Royal partie bien trop tard dans la course au sein d'un PS recroquevillé sur lui même, ne pouvait gagner.

Au delà du travail sur les idées lui-même, on a pu entendre dans l'émission "ce soir ou jamais" (Marcel Gauchet et Daniel Bensaïd notamment), que la victoire de Nicolas Sarkozy avait incarné une forme de retour au volontarisme politique après des années de paralysie de l'Etat ou la politique avait paru impuissante, correspondant à une véritable attente des électeurs. Mais ce n'est évidemment pas contradictoire avec ce qui est dit dans l'interview. Ensuite, il y a aussi une véritable attente des intellectuels et experts d'être consultés semble-t-il :-)
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hubneo

07/01/08 21:28
il va s'agir de faire des commentaires de commentaires de Platon ? non ,je me bornerai à dire que pour le péquin de base comme moi , cette interview est très novatrice dans son ton et dans sa forme , et qu 'elle permet de happer un peu de l'atmosphère qui régnait avant la campagne présidentielle ;ele permet aussi de découvrir cette personne inconnue de moi qui ne suis pas chez moi dans ce landerneau virtuel. Et puis quant à savoir si un Mr va tirer les bénéfices de cette interview , au moins en est il le promoteur inspiré au lieu de rester ronchonner dans son coin ,stérile polémique
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tonton

08/01/08 11:22
tout à fait d'accord avec le message de Somni et Hubneo.
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lion9

08/01/08 11:33
l'interview est un interessante mais fait partie d'un plan média pour relever l'image de superficialité du président de la république aprés son louxor,sa jordanie et ses cotés rolex et jet privé.
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marine

09/01/08 11:18
Interview excellente. Il n'y a certes pas de grand portrait de Mme Mignon ni d'analyse critique de son interview; mais c'est justement cela qui me plait. On est trop habitué au rabaché, aux interviews d'une heure résumé en quelques dizaines de ligne. Avec le web, et ce type d'itw, on fait sa propre analyse critique. J'aime.

Dommage que Ségolène Royal n'a pas pu faire cela; il faut dire qu'elle n'avait pas le temps... étant désigné qu'en novembre 2006!
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liberte87

10/01/08 17:00
L'interview d'Emmanuelle Mignon éclaire remarquablement le triomphe de Nicolas Sarkozy et les difficultés actuelles. En résumé, la nouvelle organisation à l'UMP a consisté à chasser quelques anciens. Ces derniers, et d'une façon générale, ont été qualifiés de "cons". Les remplaçants ont été les experts de tous horizons. Ces spécialistes sont chiffrés de 50 à 80 par Convention. Pour une dizaine de ces Conventions, c'est ainsi à peu près 500 personnes différentes qui ont apporté leur contribution. Ce très petit nombre s'appelle dictature d'une élite.

J'ai adhéré en septembre 2005 à l'UMP, avant les émeutes, pour débattre au sein du mouvement comme indiqué dans les documents qui m'on été adressés. J'ai démissionné un an après car il n'y eut débat, ni local ni national. Les Conventions n'étaient pas des confrontations internes au parti, mais des manifestations de prestige. J'écrivais le 03 octobre 2006 : " Ma démission n'est pas due à une quelconque lubie passagère mais bien aux promesses non tenues lors de mon inscription. Il m'était annoncé des débats au sein des militants. Or, pendant toute une année, aucune confrontation n'eut lieu ni sur le plan national, ni sur le plan local. Un débat n'est pas une tribune où Nicolas Sarkozy succède à François Fillon qui lui-même succède à des experts chargés de présenter les options décidées par un comité restreint. De vrais débats consistent à demander l'avis des militants, sans tabou et sur des sujets importants."

L'aréopage de grandes personnalités a bien permis le triomphe électoral mais, aujourd'hui, se trouve en panne par suite d'une confusion dans les décisions. En effet, si le malheur du peuple ne peut trouver les solutions idéales de fonctionnement de la société, à l'inverse, les nantis qui ne craignent pas l'avenir ne sont pas, non plus, les mieux placés pour définir les meilleures solutions. Trop de confiance et trop de spécialisations ne poussent pas, nécessairement, à la plus grande des pertinences. Les premières mesures économiques ont été basées sur la demande alors qu'il aurait fallu la faire porter sur l'offre. La France possède un grave déficit de production. C'est une erreur macroéconomique.

Toutefois, cette relance qui doit effacer les reculs de l'industrie française devrait rattraper 30 années de disparition d'entreprises, ce qui ne peut se réaliser avant plusieurs années. Les dernières mesures fiscales, comme les nouveaux crédits d'impôt-recherche, ne sont pas à la mesure de l'enjeu. Il y a actuellement, en France, insuffisamment de chefs d'entreprises de niveau international. Les remèdes sont assez bien connus, mais le pays s'impatiente. Quelle solution : le verbe, le spectacle, l'hypocrisie, la pédagogie, la formation ?

Comme les intellectuels sont restés dans leur sphère, je fais part de mes réflexions dans un livre qui va paraître bientôt "Quand la France s'éveillera".

Dans ce domaine il y a beaucoup à dire...
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Christophe

21/01/08 17:02
Contre les visions parfois simplistes dAlain Badiou, d'Emmanuel Todd, ou du "storytelling", qui ont tendance à le limiter à la manipulation des médias ou des histoires...
C'est quand même à peu près exactement ce qu'on retire de la lecture de cette ITV. C'est-à-dire la lutte -brute- pour le pouvoir, du point de vue de ceux qui ont "gagné". Manipulation donc, au sens premier. Cette dame est effrayante.
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Lou

24/01/08 10:29
Si je comprends bien, on voudrait maintenant nous prouver qu'il y a de la PENSEE dans le sarkozysme? Tant va la cruche à l'eau...
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bniat40

06/02/08 11:16
il faut être vraiment naïf pour croire un mot des arguments de Mme Mignon ! Sarkozy c'est parleur, un baratineur, qui se fait de la gonflette personnelle mais qui ne tient pas parole...qui n'a pas de suivi dans ses promesses...
Comment peut-on croire un type qui ment et trahit depuis 30 ans et continue de le faire à l'issue de son plein gré ? Un pas en avant, trois en arrière...Celà se voit d'ailleurs avec ses tics et ses talonnettes qui prouvent qu'il est mal dans ses grolles !
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Lea

20/02/08 16:59
Mort de rire, c'est une femme et vous l'appelez : "Ancien directeur des études de lUMP" au lieu de "Ancienne directrice des études de lUMP" etc...

Est-ce un crime d'être une femme ?

Sur le fonds par contre, c'est loin d'être un cerveau ! ENA, conseil d'état et tout ça, c'est une machine à formatage, ils fabriquent des clones bien pensants.
Son parcours et ses idées vieillotes, son attachement à un vieux truc qu'on appelle religion, comment est-ce possible de croire qu'elle est crédible à l'Elysées ? ;-)
Son conservatisme, c'est surtout 3 pas en arrière ! Elle est loin, bien loin des réalités, dans son petit bloc hlm de Neuilly-8ème-16ème...
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La rdaction

12/03/08 11:10
Chère Léa,
la première note de la première partie de l'entretien précise que : "Mme Mignon emploie lexpression "directeur des études" dans une version non féminisée ; nous conservons les mots tels quelle les prononce".
Merci de votre fidélité à nonfiction.fr.

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