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Entretien avec Nathalie Perrin-Gilbert : "Le droit au logement doit être une priorité de la politique de la ville"
[lundi 28 mars 2011]

Dans le cadre du New Deal urbain proposé par Martine Aubry dans lequel le logement occupe une place prioritaire, nonfiction.fr a interviewé Nathalie Perrin-Gilbert,secrétaire nationale  au logement du Parti Socialiste.

 

 

Nonfiction.fr- Le rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement sorti en février 2011, près de 3,5 millions de personnes sont mal logées en France, parallèlement, Benoît Apparu annonce en janvier un record de constructions de logements sociaux (130 509 en 2010), que pensez-vous de ces chiffres ?

 

Même en reconnaissant ce chiffre de 130 509 logements sociaux, on va droit dans le mur et on n’avance pas malgré les 37 milliards consacrés à la politique du logement, on continue à mettre de l’argent dans un système qui demande toujours plus d’argent et on continue de courir dans un marché qui est organisé à la hausse. Il faut donc remettre à plat et réorganiser la politique du logement. On a d’un côté les gens aisé, les propriétaires qui vivent dans les quartiers aisés, et de l’autre côté les gens de classes moyennes ou défavorisées, 80 % qui continueront à subir le poids de plus en plus important des dépenses consacrées au budget. Je pense que le gouvernement n’a rien compris au logement et la politique reste toujours la même, à savoir creuser les inégalités entre les concitoyens et entre les territoires.

 

Nonfiction.fr- Que pensez-vous de la politique actuelle en matière de logement ?

 

Le dispositif Scellier   n’a fait que renchérir et contribuer au renchérissement du loyer et du foncier. L’exemple type de mauvaise politique pour moi, c’est aussi la manière dont le gouvernement a une politique de très court terme, la politique de  la "terre brulée". Ils sont en train de casser tous les outils de financement de protection du logement social. On est plus sur un fonctionnement de prêt mais de ponctions faites par l’Etat. Les Bailleurs sociaux puisent sur leurs fonds propres qui ne sont pas inépuisables ; Pour 2011 le gouvernement va aussi puiser sur les fonds des HLM. En même temps que l’on observe un retrait de l’Etat, on  aussi un affaiblissement de tous les dispositifs qui s’occupent du logement  social. Il y a aussi selon moi, une méfiance entre l’Etat et les collectivités et cela ne revalorise pas le plan de remobilisation autour du logement.

Nonfiction.fr- Sentez-vous une évolution entre la politique de Christine Boutin (ministre du logement et de la ville en 2007) et celle de Benoist Apparu ?

 

Non, pour moi, c’est la même chose, l’une sous couvert d’âme charitable menait déjà la politique actuelle. J’ai le sentiment qu’il n’y a pas une réflexion globale sur la ville au sein de ce gouvernement. On a l’impression d’avancer de manière non coordonnée. C’est une des lignes fortes de notre parti, dire que l’on doit arrêter de penser les quartiers séparément de la ville. On doit arrêter de penser séparément la politique du logement, d’une politique du territoire. Elles doivent être au service d’un même projet, celui du "vivre-ensemble" et une réconciliation des français avec la ville.

L’égalité des territoires constituerait le symbole de cette égalité. Nos propositions sont sur le forum de la ville et le projet que nous proposerons après les cantonales sera dans cette ligne là.

 

Nonfiction.fr- Comment expliquez-vous le retour de la Gauche sur ces questions de la politique de la ville, sujet dont elle s’était plus ou moins désintéressée ?

 

Je pense que par rapport à ces questions il faut rester humble, on serait malhonnête de dire que quand la gauche était au gouvernement tout était bien, on a aussi fait des erreurs. Une impulsion a été donnée mais nous n’avons pas été forcément au bout de nos politiques, on a peut-être travaillé sur les quartiers et pas assez globalement sur la ville. Nous-mêmes, nous avons peut-être aussi trop scindé la politique du logement d’un côté et celle des quartiers de l’autre. Il y a aujourd’hui une nouvelle génération d’élus, de responsables. La nouvelle génération d’élus est riche de ce bilan de la loi SRU. Aujourd’hui c’est une réalité du PS de ne plus être aux responsabilités nationales mais d’être fortement dans les villes, dans les régions.

 

Nonfiction.fr- Comment est né le groupe de travail qui a rédigé les 41 propositions " une nouvelle société urbaine" autour d’une politique globale ?

 

On s'est dit que l’on s’était trop coupé du secteur associatif, de la recherche. On a retissé des habitudes de travail et d’échanges. Moi je ne voulais pas travailler séparément sur la politique du logement, de l’hébergement et de la ville en générale. Quand on interroge le logement c’est un peu toute notre politique globale que l’on interroge : le rôle de l’Etat, l’Etat et les territoires, l’aménagement des territoires. A travers le logement on interroge vraiment le projet global du PS. Il faut inclureà nouveau la politique de la ville et des quartiers dans notre réflexion sur la ville, il faut également s'interroger sur la question de la culture dans la ville, de l’accès aux services publiques. 

Assez vite on a fait la différence : Que vise-t-on : est que l’on vise à ce que tout le monde soit logé ? Où est-ce que l’on veut plutôt permettre aux gens d’habiter ? Et c’est là que repose la différence : "se loger" ou "habiter" ? Habiter c’est mettre de soi dans son logement, c’est être libre d’évoluer dans son parcours résidentiel. Cela rejoint les objectifs de la gauche. Parce que oui, il y a un  impératif de faire respecter le droit au logement et de pourvoir un abri à ceux qui en ont le plus besoin mais au-delà de loger une personne, c’est aussi le rendre acteur dans la ville et le logement pour résumer notre réflexion.

Nonfiction.fr- Comment vous êtes vous organisés pour travailler sur le projet ?

 

Début 2009, j’ai élaboré un groupe spécial logement, experts, sociologues, urbanistes, géographes, chercheurs, des membres de la Fondation Abbé Pierre, on avait un petit groupe de travail permanent, j’avais aussi quelques élus à mes côtés comme Jean-Yves le Bouillonnec, Thierry Repentin élus, parlementaires. On a travaillé avec Vincent Renard sur la question du foncier, on avait à la fois un groupe spécifique logement où on s’est coltiné les chiffres, la réalité du mal-logement, le logement social, on a essayé de voir les points de blocage, j’ai essayé de comprendre la problématique avec les experts et puis on a ensuite essayé de tout mettre à plat. J’ai rencontré aussi l’ensemble des bailleurs, la Fédération du bâtiment, les associations de copropriétaires, les syndicats. Il y a eu une année 2009-2010 très intense et très serrée au niveau auditions avec des réunions deux fois par mois.

Martine Aubry tenait vraiment à que ce soit un élu qui coordonne le projet (René Vandierendonck). On a vraiment rassemblé nos réflexions autour des politiques de la ville menées par Marianne Louis. Moi ce que j’avais fait autour de la politique du logement, et on a confronté nos points de vue. 

On s’est posé surtout la question : Pourquoi fait-on la ville et pour qui fait-on la ville ? Comment fait-on les logements au sein de la ville ? Quel est le lien entre ces logements espace privé, et les logements espaces publics ? C’est quoi le vivre-ensemble ? Comment la qualité de l’un et l’autre conditionnent la réussite ? Quels sont les échecs des politiques passées ? Comment le projet urbain peut-il faire que l’on débatte ensemble ? C’est cela qui a donné lieu aux 41 propositions. Parallèlement moi j’ai essayé d’animer le débat dans les sections.

 

nous avons ainsi essayé de rassembler au sein du PS toutes ces expériences menées par des élus, tous ces constats et tout ce que les associations avaient à nous dire et ramener de la pensée, de l’expérience dans le parti.

 

Nonfiction.fr- Comment pensez-vous l’articulation du logement avec la politique de la ville ? 

 

Le logement et la politique du logement sont les leviers essentiels pour créer la ville et la recréer. Et  toute la réflexion de ces 41 propositions a été ramenée à ce travail de pensée : Recréer la ville avec cet impératif de mixité sociale. C’est un des outils majeurs pour rendre concrètement la ville à l’ensemble des concitoyens, organiser la vie ensemble. Cela implique de réfléchir très précisément à : où construit-on ? Qu’est-ce qu’on construit ? Quels types de logements ? Quand on dit par exemple que l’on veut la loi SRU sur l’ensemble du territoire et qu’on veut se donner les moyens de l’application de cette loi, c’est avec l’objectif de la mixité sociale partout. C’est bien pour dire que l’on ne veut plus faire des quartiers où on a que du logement social. A chaque construction nouvelle, correspond le "faire la ville" et le "faire ensemble".

 

D’où l’idée de s’en tenir au fait que le logement ne doit pas dépasser 25 % du budget d’une famille. Là concrètement, si le logement est un droit fondamental, alors il faut donner les moyens à tous les concitoyens de disposer des droits fondamentaux. Un droit fondamental qui coûte la moitié du budget mensuel, ce n’est pas un droit fondamental. On s’attaque à la régulation du foncier et le PS dit "la gestion du sol doit répondre à un impératif d’intérêt général et non particulier et la politique foncière ne doit pas être au service de la spéculation". Nous portons l’idée que dès 2012, on fera passer une nouvelle loi d’orientation foncière qui fera passer une nouvelle règle de gestion du sol et du foncier. Nous allons aussi essayer d’instaurer une loi foncière assortie d’une loi fiscale qui va pénaliser les propriétaires de terrain qui sont dans la rétention.

Ensuite, la deuxième manière est de rendre le logement moins cher. Plus personne aujourd’hui au PS ne parle d’un "marché vertueux", ni "laissons faire le marché", ce qui relève d’un discours nouveau. Il y a une réelle prise de conscience. Le logement n’est pas un bien comme un autre, il faut un moyen de rendre ce droit fondamental. On voit bien que le marché à lui seul n’organise pas ce bien de façon satisfaisante donc le rôle de la puissance publique est de réguler le marché. Ce principe là est acté et il constitue un principe politique fort. Comment fait-on ? Pour ma part, je me suis inspirée des réflexions de la fondation Abbé Pierre. On réfléchit sur des problèmes techniques tels que l’indexation du loyer, l’accession à la propriété.  C’est comme ça que l’on arrivera à définir la part que les ménages donnent au logement. Nous ce que l’on veut dire aux gens c’est que l’on trouve anormal qu’ils consacrent consacrent 40 % de leur revenu au logement.

 

Nonfiction.fr- Comment allez-vous communiquer sur ce plan-là face à une réalité qui fait quand même défaut ?

 

Il n’y a aucune fatalité à ce que les gens soient obligés de mettre toujours plus d’argent de côté pour se loger. On a fait croire aux citoyens que le logement et le foncier étaient une denrée rare et chère, qu’il y a des politiques contradictoires qui sont menées, qu’il n’y a pas eu  de stratégie à moyen et long terme. Il faut enlever ces idées, on peut d’ailleurs s’appuyer sur l’échelle européenne. Il faut aller voir ce qui se passe chez nos voisions européens, quelles sont leurs modalités d’habitation ect... Et puis on peut s’appuyer aussi sur nos exemples locaux, il faut faire de notre présence dans les communes, une force. On peut montrer qu’il n’y pas de fatalité à la stigmatisation des quartiers, on peut aussi montrer que dans nos communes, on vit mieux.

 

C'est quand les gens se sentent exclus de la ville que ça explose. Au final une vie où l’on vit bien et où l’on se sent en sécurité, c’est une ville que l’on partage. Une ville sûre c’est une ville où l’on se croise, où l’on se rencontre dans l’espace publique. Le discours ce n’est pas "toujours plus", il faut dire "avec ces 37 milliards aujourd’hui consacrés à la politique du logement, on peut faire autrement pour peu une l’on réaffirme notre idéologie. Je pense qu’il faut insister sur une idéologie de gauche en matière de logement. Cette idéologie : c’est qu’il faut arrêter de courir après le marché spéculatif et qu’il n’y a pas de fatalité à payer toujours plus cher son logement, ni à ce qu’il y ai toujours de différence entre les quartiers riches et quartiers pauvres".

 

Nonfiction.fr- Est-ce que l’échec de la politique de la ville n’est pas dû au fait une trop grande hiérarchie et un système politique complexe (inter ministérialité) et que l’on ne se concentre pas assez sur les personnes ? 

 

C’est ce que l’on s’est dit : il faut redonner des marges de manœuvre aux gens. Sur les procédures de concertation, il faut arrêter de voir les gens seulement comme des "habitants "de la ville et il faut vraiment que les gens soient "acteurs" et "citoyens" de la ville. Les conseils de quartier allaient un peu dans ce sens là mais c’est un semi-échec. Cela passe aussi par les habitants qui s’en emparent. Il faut que l’on ait une politique différente, arrêter de penser que la démocratie élective, c’est ce qui a de mieux et redonner sa place au citoyen.  Il faut que le politique ait un programme global de sociétés et de valeurs mais qu’au sein de tout cela il y ait un cadre pour le citoyen et le débat participatif. Il faut vraiment rester dans une tension entre l’action et la réflexion.

*Propos recueillis par Pierre Testard et Lilia Blaise

 
A lire aussi dans le dossier de nonfiction.fr sur la politique de la ville :

-  Un décryptage du New Deal urbain du PS, par Lilia Blaise.


-    Une analyse des rapports entre politique de la ville et politique d'intégration, par Quentin Molinier.


-    Un bilan du Plan Espoir Banlieues, par Charlotte Arce.

 

-    Une interview de Luc Bronner, journaliste au Monde, par Charlotte Arce. 

 

-    Un point de vue de David Alcaud pour en finir avec le mythe de la politique de la ville.

 

-    Une interview de Grégory Busquet, par Lilia Blaise.


-    Une interview de Jacques Donzelot, directeur de la collection "La ville en débat" (aux PUF), par Xavier Desjardins.


-    Un entretien avec Didier Lapeyronnie, sociologue, par Xavier Desjardins.

 

Des critiques des livres de :



-    Christophe Guilluy, Fractures françaises, par Violette Ozoux.


-    Hugues Lagrange, Le déni des cultures, par Sophie Burdet.


-    Julien Damon, Villes à vivre, par Xavier Desjardins


-    Joy Sorman et Eric Lapierre, L’inhabitable, par Tony Côme.


-    Jean-Luc Nancy, La ville au loin, par Quentin Molinier.


-    Denis Delbaere, La fabrique de l’espace public. Ville, paysage, démocratie, par Antonin Margier.


-    Rem Koolhaas, Junkspace, par Antonin Margier.


-    Hacène Belmessous, Opération banlieues. Comment l’Etat prépare la guerre urbaine dans les banlieues, par Antonin Margier.


-    Michel Agier, Esquisses d’une anthropologie de la ville. Lieux, situations, mouvements, par Antonin Margier.

 

A lire aussi sur nonfiction.fr :

 

Le vieillissement de la population est-il un obstacle à l'alternance politique en 2012 ?, par Matthieu Jeanne.

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