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Do you care ?
[mercredi 26 mai 2010]



Le care est sur toutes les lèvres. Soin, sollicitude, souci des autres (et de soi), compassion, dévouement… Une sorte de bruissement s’empare du langage politique et universitaire. L’ère de l’individualisme effréné, c’est fini. Place au décentrement du regard. Il est temps de prendre soin les uns des autres.

La droite britannique arrive au pouvoir en jurant de réparer une société brisée ("a broken society") en partie grâce au conservatisme compassionnel. Martine Aubry défend une société du soin mutuel : "La société prend soin de vous, mais vous devez aussi prendre soin des autres et de la société." Si Nathalie Kosciusko-Morizet y voit "un triomphe des bons sentiments", Manuel Valls considère que c’est "une erreur profonde, et même […] un recul pour la gauche et pour le pays." Jack Lang, quant à lui, préfère le "Yes, we can" d'Obama au "Yes, we care !".

Pour défricher le terrain, et prendre un peu de recul, nonfiction.fr vous propose cette semaine de revenir sur les racines de la notion de care, rejeton lointain de la philosophie morale d’Adam Smith, véritablement travaillée à l’aune de la psychologie morale américaine et théorisée dans ses aspects éthiques, politiques et sociales par les penseuses féministes américaines Carol Gilligan et Joan Tronto.



Ce dossier complet comprend :
 

- Un entretien avec Dominique Méda, sociologue du travail, sur les raisons de l’émergence de cette notion dans le débat d’idées.

- Une recension du livre de Marie Garrau et Alice Le Goff, Care, justice, dépendance. Introduction aux théories du care, par Florian Cova.
 
- Une présentation de l’ouvrage collectif coordonné par Vanessa Nurock (dir.), Carol Gilligan et l'éthique du care, par Pierre Testard.

- Une recension croisée de Claire Lévy-Vroélant sur les livres de Joan Tronto, Un monde vulnérable, et de Phillipe Chanial (dir.), La société vue du don. Manuel de sociologie anti-utilitariste appliquée et du numéro de la Revue française de socio-économie : "Entre transactions familiales et économie de services".

- Une critique du livre de Christine Clavien, Je t’aide…moi non plus. Biologique, comportemental ou psychologique : l’altruisme dans tous ses états, par Florian Cova.

- Un compte-rendu d’une étude sur le travail de care parue dans la Revue française de sociologie, par Clémence Niérat.

- Une mise en perspective du care à partir du concept japonais d’amae, par Mathieu Gaulène.
 

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13 commentaires

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Jean Chol POIVRESSELLE

27/05/10 01:02
je ne comprends pas pourquoi vous n'usez pas du beau mot "Altruisme" qui à mon avis est plus pertinent !
Enfin, l'ouvrage "Le temps de l'altruisme" de Philippe KOURILSKY éd. Odile JACOB doit avoir sa place.
Décidément vous ne jouez pas complètement votre rôle de "Passeur" et c'est regrettable car vous en restez à une vision trop dans "le guidon" de l'actu !
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James G.

27/05/10 20:14
Il y a aussi une synthèse très intéressante coordonnée notamment par Sandra Laugier : Qu'est-ce que le care ? aux éditions Payot Rivages, dont l'introduction, notamment, est très éclairante, et montre que la sollicitude, le care ne sont pas tant soin mutuel ou assistance qu'un projet politique lié en partie aux petites mains, aux mains du quotidien, auxquelles le féminisme et Geneviève Fraisse (dans Femmes toutes mains ou La muse et la raison), par exemple, se sont intéressés très vite.
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Victor Lefvre

28/05/10 17:09
@Jean Chol POIVRESSELLE

L'altruisme et le care sont deux notions polysémiques se recouvrant imparfaitement.

Le care implique une notion d'assymétrie, de "dépendance" et il est employé par les théoriciens et théoriciennes du care pour (entre autres) décrire des activités sociales comme l'aide aux personnes âgées, l'éducation des enfants,...

L'altruisme entre plus souvent dans le cadre d'une éthique de la réciprocité, et comme l'indique votre référence c'est une notion employé en biologié évolutive (reciprocal altruism de Trivers et Tilt for Talt d'Axelrod).

Par ailleurs, les mots care, careful, careless, to care for, to care about et le verbe sont d'un usage très courant en anglais et n'appartiennent pas au même registre que le mot altruisme (et sa traduction altruisme)

Les deux champs se recouvrent évidemment, mais à traduire sans prudence on perd du sens.
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AS

28/05/10 17:26
Bravo pour cette belle synthèse.
A signaler encore , outre les travaux de Sandra Laugier, "Le sexe de la sollicitude" de Fabienne Brugère, Seuil, 2008.
Et un article de Serge Guérin, "Politique du don, politique du care. Stratégie de la société accompagnante", La_Revue, n°4, juin 2010.
http://www.lrdb.fr/articles.php?lng=fr&pg=1314
AS
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JP-C

29/05/10 01:14
Excellente initiative. Il faut faire un dossier dans Le Monde.
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louis riva

05/06/10 14:38
je lutte contre le tout anglais depuis bien longtemps; emprunts de mots sans troop en modifier l'orthographe, très récent comme "care"., plus ancien comme réaliser, calque comme "dans le futur" avec la quasi de "avenir" avec "à l'avenir" o celle de "falloir" presque toujours remplacé par "je dois" dans le doublage des films. De ce genre d'emprunt à l'anglais, nous n'avons nul besoin et "altruisme" est plus riche de sens que "care", qui rappelle les discours d'évangélistes américains qui se soucient peu de solidarité, un autre mot que Madame Aubryferait bien d'adopter.(NB. Je fus prof d'anglais.)
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victoryerly

05/06/10 17:55
« im not sure caring about care cause i already care. »


prêtons attention au concept exporté dans le champ politique français de care puisque certains évoqueraient la possibilité dun projet politique nouveau lié à ce concept. Précisons demblée que nous navons pas (encore) lu les ouvrages relatant ce concept et que lobjet de la présente communication est déviter les phénomènes communicationnels de mot suppôt (« que les portes des pouvoirs et les antennes des attentions souvrent à moi, Abracadabra ») dans notre souci politique de la préservation de la pensée du politique par la lutte contre linflation et linfatuation intellectuelle. Il conviendrait alors de tenter un éclairage à rebours de ce concept : Socrate lors de ces dialogues avec Protagoras, Gorgias and co pratique til le care ? Jésus Christ prône til le care ? Marx mettant à jour la théorie de la plus value fait-il uvre de care ? Sartre vendant la cause du peuple adopte til une attitude care ? Diogène cherche til à la lanterne un humain care ? Le genre humain est-il un genre care ? « liberté, égalité, fraternité » est-il un slogan care ? ou plus prosaïquement les métiers d« assistantes et assistants de vie », de femmes et homme de ménage, les éboueurs et éboueuses ont-ils bessoin dêtre qualifiés de care pour quune société se rende compte que si une société sans traders est possible par contre une société sans balayeurs ne lest pas ? En dautres termes, est-il vraiment nécessaire de dire que sessuyer les fesses après avoir fait caca est un acte care pour reconnaître socialement que les êtres humains font aussi caca ( et que lorsquils nont pas de bras cela leur pose des problèmes pour sessuyer tout seul ) ?
blogs.myspace.com/manuelle.yerly
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sylvie

09/06/10 12:27
Étant nord-américaine francophone, je suis également très sensible aux importations linguistiques et aux glissements de sens qu'elles peuvent induire. Ici cependant, cherchant à comprendre également ce que cette tendance conceptuelle peut apporter dans la compréhension de nos rapports à la nature, à l'environnement et aux ressources j'aurais quelque difficulté à me rallier au concept d'altruisme
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Michel

17/08/10 10:42
Merci de dire à Mme Aubry que :

- "le Caire" se trouve en Egypte;
- le bavardage autour de "care" fait oublier que le concept a été exploité depuis longtemps à l'aide du terme plus judicieux de "welfare";
- que réduire le socialisme au rôle de nounou est pitoyable;
- qu'il ne suffit pas de brandir un terme anglo-saxon pour faire croire que l'on a des idées;
- que ramener le débat socialiste à ce charabia c'est avouer que le PS est bon pour le "intensive care unit".
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Oliv92

17/08/10 20:44
Je propose de préciser cette notion en parlant de RECONNAISSANCE. Ce concept de Reconnaissance est développé par Alex Honneth de l'Ecole de Francfort (croisement de sociologie et philosophie). La reconnaissance, proche du "respect" dont on entend tant parler, ne peut être donné que par les autres, et donc elle met en évidence l'importance du relationnel. CHACUN A BESOIN DE RECONNAISSANCE pour exister, pour se développer, pour avancer dans l'existence. Cette notion avait déjà été développée par Rousseau et Adam Smith (Théorie des sentiments moraux) qui parlent du nécessaire REGARD des autres.
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Oliv92

17/08/10 20:53
J'avais d'ailleurs fait un billet sur mon blog sur le thème "CARE SE TRADUIT PAR RECONNAISSANCE"
http://www.mediapart.fr/club/blog/oliv92/160510/care-se-traduit-par-reconnaissance
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Yzus

20/08/10 00:47
Si on arrêtait avec les gadgets et on revenait à la bonne vieille fraternité qui fait partie de l'inconscient collectif ? Fraternité, est-ce un gros mot ?
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jhoarau

02/10/10 06:34
Je ne crois pas que le parti socialiste ait intérêt à recourir à l'excès au "care".

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