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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Pourquoi se soucier du Care ?
[vendredi 28 mai 2010 - 09:30]
Philosophie
Couverture ouvrage
Care, justice, dépendance. Introduction aux théories du Care
Marie Garrau, Alice Le Goff
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
170 pages / 11,40 € sur
Résumé : Cet ouvrage d'introduction présente toute la diversité des théories du care . Ce concept y apparaît plus intéressant appliqué à la critique sociale que dans ses dimensions philosophiques et normatives.
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L’ouvrage de Marie Garrau et Alice Le Goff se présente comme une "introduction aux théories du Care". C’est donc l’occasion de tenter de cerner ce qui se cache sous ce terme quelque peu énigmatique. Dès l’introduction, le care est défini comme "une attitude envers autrui"  . Mais, quelques lignes plus tard, il nous est dit que le terme oscille en fait entre "l’attitude" ("l’attention", le "souci" ou encore la "sollicitude") et un certain type d’action ("le soin") – ce qui montre que le concept de care admet donc un certain jeu  .

Au-delà du concept même de care, les théories du care (non pas les théories qui cherchent à définir le concept de care, mais celles qui en font usage) se présentent comme une "conception alternative du sujet"   qui s’oppose à une vision traditionnelle selon laquelle les champs de la morale et de la politique sont constitués par des interactions entre des individus autonomes et autosuffisants et ont pour norme fondamentale la norme de réciprocité. Plus précisément, les auteurs identifient deux thèses communes à toutes les théories du care. Premièrement, "nous sommes tous fondamentalement vulnérables"   car "le développement de nos subjectivités de même que leur maintien dépendent d’autres qui prennent soin de nous, de leur présence attentive, des efforts qu’ils déploient pour répondre à nos besoins – de leur care". Deuxièmement, "cette condition partagée est obscurcie par un certain nombre de pratiques et de relations sociales"  .

Care et analyse sociologique I : la question de la dépendance

Ces deux thèses se trouvent précisées dans le premier chapitre de l’ouvrage, qui traite de la question de la dépendance. La notion de dépendance oscille entre deux sens, l’un potentiellement positif et l’autre connoté négativement, qui tend à identifier la dépendance au fait d’être dominé. "[Le] premier sens […] renvoie à la solidarité de fait existant entre deux ou plusieurs éléments : est dépendant ce qui ne peut se réaliser sans l’action ou l’intervention d’un autre élément. La dépendance renvoie ici à une relation nécessaire et productive unissant un élément passif et un élément actif et par le biais de laquelle le premier se réalise. [Le] second sens […] renvoie en revanche à l’idée de l’emprise exercée par un individu sur un autre et à l’état de sujétion qui en dérive : est dépendant celui qui se trouve "sous l’autorité de"  . Le paradigme de la première conception est "la dépendance de l’enfant" tandis que le paradigme de la seconde conception "serait plutôt la dépendance de l’esclave"  . Quand elles énoncent que nous sommes tous vulnérables, les théories du care signifient que nous sommes tous dépendants au premier sens : "nous ne nous suffisons pas à nous-même, et nous dépendons des autres, de leur disponibilité, de leur soin et de leur travail, pour la satisfaction de besoins aussi bien d’ordre physiologique (boire, manger, dormir), qu’émotionnel (besoin de tendresse, d’amour, de reconnaissance)"  . Ce que ces théories appellent vulnérabilité peut être ainsi considéré à la fois comme la source et comme l’effet de notre dépendance.

L’existence d’une seconde conception (négative) de la dépendance fait néanmoins "obstacle à la thèse du caractère fondamental de la dépendance". C’est "ce qu’indiquent un certain nombre de travaux sociologiques, qui partagent un diagnostic commun : dans les représentations sociales dominantes, la dépendance n’apparaîtrait pas comme une figure centrale et irréductible du lien social, mais comme l’attribut de certaines catégories de populations seulement ; dans ce contexte la dépendance serait en outre référée comme à sa cause à une incapacité ou à une déficience individuelle ; enfin, cette conception négative de la dépendance contribuerait à conforter une idéologie de l’autonomie conçue, de manière problématique, comme autosuffisance". Le premier chapitre détaille un certain nombre de ces travaux sociologiques, qui portent sur des sujets aussi divers que la prise en charge des personnes âgées ou les politiques d’assistance. Ces analyses montrent que la dévaluation de la dépendance se traduit socialement par la stigmatisation de certaines catégories comme les personnes âgées ou les bénéficiaires de l’assistance publique au profit de "la promotion de la figure du travailleur salarié comme figure dominante de l’autonomie et de l’utilité sociale"  .

Titre du livre : Care, justice, dépendance. Introduction aux théories du Care
Auteur : Marie Garrau, Alice Le Goff
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Collection : Philosophies
Date de publication : 28/05/10
N° ISBN : 2130576214
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2 commentaires

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Guillaume ze conquéror

15/06/10 11:19
Le care n'est ni la fraternité, ni la solidarité, c'est le "faire-attention" qui s'oppose aux "aller-droit-aux-buts". Après le temps de digestion de cet événement qu'est la mort des idéologies, nous voici dans une recherche à tâtons, où la notion de tact va sans doute acquérir une plus grande importance.
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Contextualisation

28/05/10 18:53
"Care" est tout simplement (comme je l'ai déjà fait remarquer), une mauvaise traduction (voir http://www.exergue.com/h/2006-08/tt/traductibilite01.html). Il s'agit tout simplement de "fraternité" ou plus simplement de "solidarité", dans un contexte français (par opposition au contexte américain individualiste).

Un autre exemple: la théorie de Kohlberg à propos de "l'infériorité morale" des femmes a une tendance essentialiste dans le contexte américain, alors que dans le contexte français, on imputerait le statut ou le conditionnement social (outre le fait que Kohlberg se fonde sur des justifications et non sur des actes, et qu'il vise à mettre au jour des stades et non à classer les groupes).

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