Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Le care est sur toutes les lèvres. Soin, sollicitude, souci des autres (et de soi), compassion, dévouement… Une sorte de bruissement s’empare du langage politique et universitaire. L’ère de l’individualisme effréné, c’est fini. Place au décentrement du regard. Il est temps de prendre soin les uns des autres.
La droite britannique arrive au pouvoir en jurant de réparer une société brisée ("a broken society") en partie grâce au conservatisme compassionnel. Martine Aubry défend une société du soin mutuel : "La société prend soin de vous, mais vous devez aussi prendre soin des autres et de la société." Si Nathalie Kosciusko-Morizet y voit "un triomphe des bons sentiments", Manuel Valls considère que c’est "une erreur profonde, et même […] un recul pour la gauche et pour le pays." Jack Lang, quant à lui, préfère le "Yes, we can" d'Obama au "Yes, we care !".
Pour défricher le terrain, et prendre un peu de recul, nonfiction.fr vous propose cette semaine de revenir sur les racines de la notion de care, rejeton lointain de la philosophie morale d’Adam Smith, véritablement travaillée à l’aune de la psychologie morale américaine et théorisée dans ses aspects éthiques, politiques et sociales par les penseuses féministes américaines Carol Gilligan et Joan Tronto.
Ce dossier complet comprend :
- Un entretien avec Dominique Méda, sociologue du travail, sur les raisons de l’émergence de cette notion dans le débat d’idées.
- Une recension du livre de Marie Garrau et Alice Le Goff, Care, justice, dépendance. Introduction aux théories du care, par Florian Cova.
- Une présentation de l’ouvrage collectif coordonné par Vanessa Nurock (dir.), Carol Gilligan et l'éthique du care, par Pierre Testard.
- Une recension croisée de Claire Lévy-Vroélant sur les livres de Joan Tronto, Un monde vulnérable, et de Phillipe Chanial (dir.), La société vue du don. Manuel de sociologie anti-utilitariste appliquée et du numéro de la Revue française de socio-économie : "Entre transactions familiales et économie de services".
- Une critique du livre de Christine Clavien, Je t’aide…moi non plus. Biologique, comportemental ou psychologique : l’altruisme dans tous ses états, par Florian Cova.
- Un compte-rendu d’une étude sur le travail de care parue dans la Revue française de sociologie, par Clémence Niérat.
- Une mise en perspective du care à partir du concept japonais d’amae, par Mathieu Gaulène![]()
13 commentaires
jhoarau
Yzus
Oliv92
http://www.mediapart.fr/club/blog/oliv92/160510/care-se-traduit-par-reconnaissance
Oliv92
Michel
- "le Caire" se trouve en Egypte;
- le bavardage autour de "care" fait oublier que le concept a été exploité depuis longtemps à l'aide du terme plus judicieux de "welfare";
- que réduire le socialisme au rôle de nounou est pitoyable;
- qu'il ne suffit pas de brandir un terme anglo-saxon pour faire croire que l'on a des idées;
- que ramener le débat socialiste à ce charabia c'est avouer que le PS est bon pour le "intensive care unit".