La phrase

Il me semble qu’il y a aujourd’hui une confusion entre espace public et espace privé : les gens parlent des œuvres comme si elles étaient dans leur salon, chacun se croit chez soi face aux espaces de création. Or, le terrain de l’art doit permettre aux artistes de casser les choses, les démonter, les observer et les exposer autrement. L’opposition entre liberté de parole et liberté d’expression se répète un peu trop souvent, et je ne vois pas de limite à ce type d’actions.

Diane Ducruet au sujet son oeuvre censurée au Mois de la photo, Le Monde , 4 novembre 2014  

Du care au concept japonais d'amae
[mardi 25 mai 2010 - 00:00]
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Les théories du care trouvent leur origine dans un livre de la féministe Carol Gilligan qui parle à l’époque d’une "éthique du care"  . En rupture avec les théories classiques du développement moral qui voient dans l’autonomie la norme de la vie morale, l’"éthique du care" fait des notions de "vulnérabilité" et de "dépendance" la norme et le centre de toute société humaine. Le mot care lui-même a une pluralité de sens – attention, soin, souci, sollicitude – d’où le choix en français de ne pas traduire ce terme.

Une dévalution/révaluation du concept de "dépendance" a précédé la formulation des théories du care. La dépendance recouvre différentes formes et il y a ambivalence entre une définition positive et négative. Dans Care, justice et dépendance, Marie Garrau et Alice Le Goff définissent ces deux facettes de la dépendance : la définition positive de la dépendance renvoie à l’idée d’une solidarité entre deux ou plusieurs éléments : "est dépendant ce qui ne peut se réaliser sans l’action ou l’intervention d’un autre élément."   ; la définition négative renvoie elle à l’idée d’une domination d’un individu sur un autre : "est dépendant celui qui se trouve sous 'l’autorité de'."  

Généalogie de la dépendance

N. Fraser et L. Gordon ont tracé la généalogie de ce concept de dépendance  . Ils observent que la dépendance a commencé à être perçu négativement à l’ère industrielle, au moment même où l’individu salarié devient la norme. La sphère de la "dépendance" remplace alors dans cette idéologie l’ensemble des exclus du salariat : "le pauvre vivant de l’assistance, le colonisé ou encore l’esclave et la femme au foyer dépendant de son mari incarnent les diverses figures de la dépendance et constituent, comme autant de contrepoints, la facette négative de l’indépendance des travailleurs salariés."  .

A mesure que la dépendance est perçu de plus en plus négativement s’installe alors l’idéologie du "workfare" analysé par Iris Young  . Conjointement au triomphe du néolibéralisme à la fin des années 1980, apparaît l’idée que désormais l’aide sociale est conditionnée à la reprise du travail. Le travail devient ainsi le seul moyen d’émancipation laissé aux êtres humains et permettant d’être "autonome". Idéologie qui masque bien la réalité d’emplois mal payés, précaires et qui rendent, avec la montée du chômage, le travailleur très dépendant de son patron. Iris Young utilise le concept d’ "autonomie relationelle" pour insister sur le fait que les relations d’interdépendances sont constitutives de l’autonomie. Préparant le terrain aux théories du care, ces travaux ont permis de réévaluer l’idée de dépendance. Le concept japonais d’amae apporte également un éclairage intéressant sur cette question de la dépendance.

L’amae ou l’anatomie de la dépendance


Le concept d’amae a été formulé par le psychiatre Takeo Doi dans son ouvrage Amae no kôzô [Structure de l’amae] publié en 1971, puis traduit en anglais en 1973 sous le titre The Anatomy of Dependence  . L’amae est un sentiment universel mais sa conceptualisation en un mot est spécifiquement japonaise. Si ce principe d’universalité est affirmé dès le début, l’ouvrage de Takeo Doi est cependant généralement classé dans ce qu’on appelle les Nihonjinron [études sur les Japonais], catégorie qui rassemble tous les textes analysant le Japon au prisme d’une culture supposée spécifique.

Mathieu GAULÈNE
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1 commentaire

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gozillon

01/06/10 10:45
Bonjour,
la liberté d’amaeru ne pourrait-elle pas être traduite (je ne connais pas le japonais !) par "la liberté de demander de l'aide" à l'entourage du moment ou aux institutions ? Voire, par "la liberté d'exiger de l'aide" pour tenir compte de l'aspect agressif de la liberté ?

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