Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Dans cet ouvrage, Christine Clavien nous offre une brillante présentation des différentes approches scientifiques de l’altruisme. Le livre se divise en trois grandes parties, qui correspondent à trois définitions différentes de l’altruisme. L’objectif de l’auteur est, tout en faisant les distinctions qui s’imposent, de montrer comment ces trois concepts différents s’articulent pour nous permettre de parvenir à un tableau complet de ce phénomène complexe qu’est l’altruisme.
L’altruisme biologique
Les sciences biologiques abordent la question de l’altruisme en s’intéressant à ce que l’auteur appelle l’altruisme biologique. La théorie de l’évolution nous enseigne en effet que la sélection naturelle favorise la diffusion des traits portés par les individus les plus aptes, c’est-à-dire ceux dont la fitness est la plus élevée. Au sens classique, la fitness d’un individu est une mesure relative aux autres individus dans la compétition de la viabilité et de la fécondité de cet individu, c’est-à-dire de capacité à survivre le plus longtemps possible et à générer une descendance la plus grande possible. Au sens biologique, un individu "altruiste" est un individu dont le comportement augmente la fitness d’autres individus aux dépens de la sienne propre.
À première vue, il semble que la théorie de l’évolution devrait prédire que les individus altruistes sont rapidement éliminés : ils sont désavantagés face aux individus égoïstes qui ne gaspillent pas leur fitness pour le bien des autres. Et pourtant, il semble que des cas de comportements altruistes existent dans le monde animal. Les abeilles, par exemple, semblent se sacrifier pour permettre à leur seule reine de se reproduire. Cela signifie-t-il que la théorie de l’évolution est incapable de rendre compte de ces cas et est mise en difficulté par la seule existence de l’altruisme dans le monde biologique ?
Le premier chapitre du livre est consacré à apporter une réponse négative à cette question : il existe de nombreuses façons dont la théorie de l’évolution peut intégrer et expliquer l’existence de comportements altruistes. Quatre grandes façons sont présentées par l’auteur.
La première est la sélection de parentèle. Pour bien comprendre de quoi il s’agit, il convient de renoncer à l’idée selon laquelle ce sont les individus qui sont sélectionnés par l’évolution : il faut au contraire adopter ce que certains théoriciens appellent "le point de vue du gène". Un "gène" codant pour un comportement "altruiste" peut se répandre dans la population si les individus qu’il favorise sont porteurs de ce même gène. Autrement dit : dans ces cas, le gène "s’aide" lui-même. Il peut ainsi être "avantageux" à la reproduction de ses gènes qu'un individu se sacrifie pour des individus qui lui sont génétiquement apparentés, si cela permet la survie d’un plus grand nombre de copies des gènes dont il est porteur. Ces considérations ont conduit les biologistes à forger le concept de fitness inclusive qui, contrairement à la fitness classique, intègre les effets du comportement de l’individu sur la viabilité et la fécondité d’individus génétiquement apparentés.
La deuxième façon d’expliquer l’altruisme biologique fait appel à ce que l’on appelle la réciprocité directe. Il s’agit de cas dans lesquels un comportement altruiste (au sens biologique) est profitable à l’individu parce qu’il peut attendre que l’on se comporte envers lui de façon altruiste en retour (c’est du "donnant-donnant"). Mais pour que de telles interactions soient possibles, certaines conditions doivent être remplies : il faut que les individus évitent de se faire exploiter par des "tricheurs" qui reçoivent des services sans rien donner en retour. Pour cela, l’une des meilleures stratégies semble consister à être capable de se souvenir d’interactions passées et des individus qui y ont pris part afin de ne plus interagir avec lesdits "tricheurs".
15 commentaires
Florian Cova
Notez que je ne méprise pas les références philosophiques dès lors qu'elle s'accompagne de justifications. Je refuse juste l'argument d'autorité.
Enfin, dire que je refuse de commenter la question de l'altruisme sur un plan philosophique juste parce que je refuse de gober tout cru vos affirmations gratuites, c'est un peu fort de café, non ? De quel "droit" vous sentez vous autoriser à distribuer les bons et mauvais points philosophiques ?
Sylvain Reboul
Que vous ne vouliez pas les commenter sur un plan philosophique est tout à fait votre droit et donc, en droit, sinon philosophiquement, respectable. Votre mépris explicite de toute référence philosophique signifie seulement que nous n'argumentons pas sur le même plan
Merci de m'avoir permis de m'exprimer
Florian Cova
Sylvain Reboul
Toute action dont le sujet assume la responsabilité, ce qui ne vaut pas pour des actions entièrement conditionnées par des pulsions irrésistibles ou des besoins purement biologiques ou liées à des habitudes ou rituels automatisées.
Ce qui veut dire:
1) qu'une action prétendument "altruiste" qui consiste à agir pour un enfant au prix d'un autre enfant, ou pour ses proches aux dépends des droits des étrangers, n'est en rien éthique, ni altruiste. Elle peut répondre néanmoins à une impulsion biologique sélectionnée par l'évolution.
2) qu'une action qui se place dans le registre éthique de la responsabilité est nécessairement liée à des valeurs supra-biologiques qui donnent sens et valeur au sujet de l'action comme motivation de l'action (dignité ou estime de soi). Elle n'est donc n'est pas purement altruiste mais toujours en même temps auto-centrée et égo-altruiste et certainement pas, en tant que telle, purement biologique même et surtout si elle prend appui sur des émotions spontanées déjà présentes ou biologiquement possible (ex: sentiment de devoir accompli) .
Florian Cova
a) Toute action est faite en motivée par le fait de vouloir augmenter sa valeur personnelle.
Ce qui me semble douteux. Tandis que votre exemple du suicide montre que :
b) Certaines actions (dont certaines formes de tentatives de suicide) sont motivées par le faut de vouloir augmenter sa valeur personnelle.
Ce qui me semble évident et difficile à nier. Mais vous avouerez qu'entre (b) et (a), il y a un gouffre difficile à franchir, non ?