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Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale. 
André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.

Qu’est-ce que le care, ce mot anglais traduit ici par soin, là par sollicitude, ailleurs par souci ? C’est d’abord un concept de psychologie sociale, inventé et pensé par Carol Gilligan. L’ouvrage collectif coordonné par Vanessa Nurock , Carol Gilligan et l’éthique du care, offre une présentation complète des travaux pionniers de cette psychologue féministe américaine.
Une voix différente
Professeure à la School of Law de New York University (NYU) et actuellement Visiting Professor au ‘Centre for Gender Studies’ de l’Université de Cambridge, Carol Gilligan a introduit la notion de care dans les sciences sociales dès 1982 avec In a Different Voice (Harvard University Press, publié en France en 1986, sous le titre Une si grande différence). Ce livre projetait de revoir les prémisses du schéma de développement moral élaboré par Lawrence Kohlberg , psychologue du développement cognitif avec qui Gilligan a collaboré de près. Kohlberg y décrivait la progression d’une attitude pré-conventionnelle où l’individu se rapporte d’abord à ses intérêts propres à une attitude post-conventionnelle où il agit selon des principes universels potentiellement valables pour tous. Les résultats issus de l’application de ce modèle de développement se montraient plus favorables aux garçons qu’aux filles. Carol Gilligan a donc cherché à construire une théorie qui fasse entendre la "voix différente" des femmes et donne à comprendre leur conception de la moralité.
Une telle approche a nourri la "seconde vague du féminisme" extrêmement critique du patriarcat, ainsi que nombre de disciplines des sciences sociales, de la philosophie politique et éthique à la médecine. "Le care est féministe en ce qu’il remet en cause la dévalorisation, héritée du patriarcat, de l’attention portée à la texture éthique des relations ainsi qu’au rôle des émotions dans ces réflexions et pratiques." . Il cherche à transférer le paradigme éthique traditionnel de la justice conçue comme respect abstrait de lois universelles aux relations concrètes et à leurs délimitations morales. Soucieuse d’éviter le piège d’une approche binaire qui renverserait les valeurs masculines dominantes en valeurs féminines essentialisées, cette hypothèse tente de considérer le care autant comme une pratique sociale que comme une morale fondée en droit.
Un premier texte issu d’une conférence de Carol Gilligan prononcée à l’EHESS le 13 mai 2009, à l’occasion de la réédition d’In a Different Voice , offre un regard rétrospectif sur son parcours intellectuel. Carol Gilligan y revient notamment sur sa prise de conscience progressive au cours des années 1970 de l’importance du genre dans la perpétuation d’une structure sociale hiérarchisée. Elle insiste ainsi sur la nécessité de distinguer l’éthique féminine du care dans une société patriarcale, de l’éthique féministe du care dans une société démocratique fondée sur l’égalité des voix et le débat ouvert . Cette dernière rompt avec les valeurs patriarcales en refusant la dichotomie qu’elle instaure entre les genres. Si l’on s’en tenait à la méthodologie traditionnelle du développement moral, c’est alors qu’on persisterait à donner une nature genrée à l’éthique du care. Néanmoins, elle relèverait plus d’un autre type de développement moral, c’est-à-dire d’une sensibilité à "ce qui relie et non pas seulement à ce qui isole et individualise." . Là où le care devient une préoccupation morale universelle, c’est lorsqu’il se confond avec le combat pour la justice. "L’injonction morale de ne pas opprimer […] coexiste avec l’injonction morale de ne pas abandonner- ne pas agir de façon inconsidérée et négligente (carelessly), ne pas trahir, y compris vous-même."
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