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La Barbe... du plafond de verre
[lundi 07 mars 2011]



La Barbe est un groupe d’action féministe né le 8 mars 2008, en réaction aux attaques sexistes dont avait pâti Ségolène Royal avant et pendant les élections présidentielles de 2007. Créé pour faire face au "machisme rampant" de la société, et des milieux de pouvoir en particulier, le collectif se veut très ouvert. Il accueile aussi bien de jeunes féministes que des miltantes plus expérimentées (dont d’anciennes militantes d’Act Up et de Sidaction). Concernant leurs modalités d'action, ces barbues trans-générationnelles ont opté pour le happening. Cette forme d'intervention-interpellation succincte et subversive a le mérite de marquer les esprits et peut être utilisée dans différents lieux de pouvoir. Les lieux de pouvoir sont justement les espaces d'expression privilégiés par la Barbe. Les militantes se sont spécialisées dans le squat des grandes réunions où le masculin prime - réunions politiques, économiques, médiatiques, culturelles et sportives. Sur le fond, elles dénoncent l’omniprésence des hommes aux fonctions les plus gratifiantes et les plus gratifiées par la société. Elles remettent ainsi en cause "le plafond de verre" qui cantonne les femmes, et même les plus brillantes, à des positions sociales subalternes. 

 

La méthode utilisée est simple et efficace : s’immiscer discrètement dans la réunion, attendre le signal de la "chef d’orchestre" et occuper la scène, le temps d’une lecture intempestive, marquée par le sceau de la dérision et de l’ironie. Le gros de la troupe se place ainsi en ligne et occupe silencieusement l’espace scénique, tandis qu’une lectrice choisie pour l’occasion félicite les hommes présents pour leur engagement en faveur des intérêts de la gent masculine. Le procédé est renforcé par des répétitions, des redondances, des effets de miroirs ou de superposition.

 

Ainsi les hiérarques de Télérama, de Radio France et du Nouvel Observateur (voir la vidéo), pour ne citer qu'eux, se sont vus congratulés face à un public amusé pour leur perpétuation patriarcale du pouvoir, par ces militantes embarbées et – risquons le jeu de mot – un peu barbantes. C’est du moins comme ça que l’on comprendra les réflexions du type : "Ce n’est pas un lieu pour débattre de la tolérance, des femmes…etc", proférées par certaines personnes dans l’assistance. En campant le rôle de machistes convaincu(e)s, elles ne s’attirent donc pas que des ami-e-s. Colette Coffin   raconte d’ailleurs que lors de leur intervention au Collège des Bernardins le 6 février dernier, pour la journée Portes Ouvertes du Nouvel Observateur, une dame relativement âgée et armée d’une canne a pris à partie une militante qui semblait l’indisposer du seul fait de sa présence. Le cinquième arrondissement n’est décidément plus ce qu’il était. A quand un débat national sur la violence des seniors ?

 
 

Si la Barbe salue la pluralité des formes d’expression et de lutte féministes, les militantes cherchent à cependant à se démarquer de collectifs (jugés) plus traditionnels, Osez le féminisme ! par exemple, mais aussi d’associations plus virulentes comme les TumulTueuses (voir le site de l'association et notre article) ou les Panthères Roses. Elles assument en ce sens leur apolitisme, tout en se définissant exclusivement comme un groupe d’action – et non de réflexion. Elles ne tentent pas d’apparaître dans la sphère médiatique comme des intellectuelles. Cela dit, elles cherchent et ont cherché dès le départ une visibilité dans les médias. Pour ce faire, elles publient des tracts à "l’esthétisme ringard", photographient et filment leurs actions, et sont très actives sur Facebook. Autre différence avec les TumulTueuses : si les deux groupes ont fait le choix de la non-mixité, c’est seulement pour leurs actions que les militantes de la Barbe refusent le concours des hommes – cela aurait en effet peu de sens pour un homme de se travestir avec une barbe…–, dans leur association en revanche (Les Amis de la Barbe), les hommes sont les bienvenus. A l’inverse, les hommes ne peuvent faire partie de l’association des TumulTueuses mais peuvent se joindre à leurs actions-piscine, à condition de mettre le haut, évidemment.

 

Pour aller plus loin :

A lire entre autres perles l'hommage rendu à Eric Zemmour, pour l'ensemble de son oeuvre.

 

 

A lire également sur nonfiction.fr :

 

Les lobbies féministes, par Lilia Blaise.

 

- Les associations de banlieue, Voix de Femmes et Voix d'Elles Rebelles, par Lilia Blaise. 

 

Mix-Cité, par Pierre Testard.

 

Osez le féminisme, par Lilia Blaise.

  
 

Les TumulTueuses, par Quentin Molinier.

 
 

- Une analyse des nouvelles modalités d’action des militantes féministes, par Marie-Emilie Lorenzi. 

 

- Un entretien avec la chercheuse Christelle Taraud sur la structuration actuelle du mouvement féministe, par Pierre Testard.

 

- Un entretien avec la philosophe Sandra Laugier sur l'éthique féministe du care, par Pascal Morvan et Quentin Molinier. 

 

- Un aperçu de la présence féministe sur Internet, par Pierre Testard.

 

- Une recension du livre de Valérie Ganne, Juliette Joste et Virginie Berthemet, Merci les filles, par Charlotte Arce. 

 

- Un portrait d’une "ancienne", Florence Montreynaud, par Charlotte Arce.

 

- Un entretien avec Martine Storti, sur le passé et l'avenir du féminisme, par Sylvie Duverger. 

 

- Une interview de la philosophe Geneviève Fraisse sur le féminisme et son actualité, par Sylvie Duverger. 

 

- Un entretien avec Marie-Hélène Bourcier sur la queer theory, par Sylvie Duverger. 

 

- Une chronique de l'ouvrage de Jean-Michel Carré, Travailleu(r)ses du sexe (et fières de l’être), par Justine Cocset. 

 

- Une brève de féminisme ordinaire, par Sophie Burdet. 

 
 
 

* Ce dossier a été coordonné par Charlotte Arce, Lilia Blaise, Quentin Molinier et Pierre Testard.

 
 
 

A lire aussi : 

 

- Martine Storti, Je suis une femme. Pourquoi pas vous ? 1974-1979, quand je racontais le mouvement des femmes dans Libération, par Fabienne Dumont. 

 

- Réjane Sénac-Slawinski (dir), Femmes-hommes, des inégalités à l'égalité, par Aurore Lambert. 

 

- Sylvie Schweitzer, Femmes de pouvoir. Une histoire de l'égalité professionnelle en Europe (XIXe-XXIe siècles), par Léonor Gutharc. 

 

- "L'Etat doit-il réglementer la représentation du corps féminin dans la publicité ?", par Matthieu Lahure.

 

 

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1 commentaire

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megg77

09/03/11 22:30
Je ne connaissais pas cette association.
Merci pour l'info!
Nous assistons avec Ségolène Royal au spectacle de l'arrogance masculine poussée à son paroxysme.
Les femmes conscientes des méfaits du machisme ne doivent pas rester inactives.
Félicitations pour cette initiative plutôt originale.
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