On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les parcours d’une femme
Dans cet ouvrage, Martine Storti propose de revisiter les années 1970 par le biais d’une sélection d’articles de sa plume, tous parus dans le journal Libération entre 1974 et 1979. Elle entremêle ses propres réflexions à des comptes rendus critiques et aux influences venues du mouvement. Elle y prend position sur les thématiques et les événements qui animent le mouvement des femmes en France, avec quelques incursions dans d’autres pays, notamment l’Italie et l’Iran. Outre son positionnement, on comprend les divergences au sein du mouvement, les questionnements en cours et leurs enjeux dans le contexte des années 1970. Cette approche est courageuse, loin d’une vision caricaturale d’un mouvement de peu d’utilité, elle donne plutôt des explications de fond sur les différences qui structurent aujourd’hui encore la pensée des féminismes. Il est d’ailleurs clair à la lecture de ces articles que la plupart des sujets sont toujours d’actualité, même si tous les sujets qui animent notre époque n’y sont pas abordés.
L’ouvrage s’ouvre par un avant-propos qui permet de saisir le parcours de l’auteure et son arrivée tant à Libération que dans le mouvement des femmes. Il est ensuite divisé en cinq parties chronologiques, de 1974-1975 à 1979. Au fur et à mesure des chroniques, on avance donc parallèlement aux événements qui ont structuré le mouvement – pour un total de 87 articles parus entre septembre 1974 et octobre 1979.
Dans une introduction fluide et vivante, Martine Storti évoque d’emblée la situation qui fut celle des femmes du MLF, repartant de zéro : "Nous étions des héritières, et nous ne le savions pas, nous étions des héritières qui ignoraient leur héritage" . Son parcours débute à la fin de l’année 1974, lors de l’entrée à Libération, créé l’année précédente. Cette date coïncide avec sa décision de se mettre en congé de son poste d’enseignante en philosophie au lycée. En accord avec le projet du journal de se faire l’écho des mouvements sociaux, elle est par contre réticente face à l’idéalisation de la parole du peuple. Martine Storti va alors assister à la plupart des manifestations, des grèves et autres événements phares de cette seconde moitié des années 1970. Elle s’efforce alors de "rendre compte de ce que faisaient ces femmes si actives, si énergiques, de tenter de dire leur vie, leurs luttes, leurs désirs, leurs refus, en France et dans le monde, dans les usines et les bureaux, les théâtres et les livres, les écoles et les hôpitaux, les villes et les villages…" . Dans le cadre de ce travail, son évocation de la situation en Iran est particulièrement intéressante au regard de la situation actuelle, et permet de mieux cerner historiquement les positions, parfois étonnantes, des femmes et des féministes iraniennes.
Sous sa rubrique "Femmes" (qu’elle occupe après être passée par la case "École"), la journaliste évoque aussi son désir de rester libre tant vis-à-vis des "copines du mouvement" que des "mecs du journal". De même, elle évoque le mouvement féministe comme "joyeux" mais aussi "dur". Ce recul est appréciable et les articles écrits dans la frénésie et l’urgence du moment sont vivants, sans vision angélique rétrospective, mais en évoquant les ambiguïtés et les difficultés dont les féministes actuelles ont héritées.
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Fabienne Dumont
http://www.martine-storti.fr/