Au moment où le système démocratique ne s’est jamais décliné sous autant de formes dans le monde, les critiques à l’encontre de ses insuffisances se multiplient. Si des dictateurs tombent dans le monde arabe, le désenchantement à l’égard des institutions politiques, telles qu’elles fonctionnent, en Europe ou aux Etats-Unis, s’est rarement manifesté avec tant de force. Faudrait-il alors penser que les vieilles démocraties se meurent quand de nouvelles naissent ? A voir les taux records d’abstention, la perte d’influence des partis de masse et la défiance des électeurs envers le personnel politique traditionnel, il serait facile de conclure (trop vite) à la perte de pertinence de la chose publique dans nos sociétés et d’imaginer la modernité comme le règne univoque de l’homo economicus.

Pourtant, l’apparition de nouvelles pratiques politiques vient nuancer ce tableau. La révolution Internet a démultiplié les canaux d’expression, permettant à quiconque de faire un " usage public de sa raison " sur l’agora 2.0. Les Indignés d’Espagne et des Etats-Unis, en passant par Israël, sont descendus dans la rue pour dénoncer le fonctionnement de la finance internationale et critiquer les manques du système représentatif, au nom d’un idéal démocratique. En France, le succès de la primaire socialiste est venu démentir l’idée selon laquelle la demande politique a diminué : lorsque l’offre existe, les citoyens saisissent la chance de s’exprimer par leurs votes. Enfin, les chercheurs et les élus se sont interrogés sur les possibles réformes des institutions qui permettraient de répondre aux défis de notre époque, ceux de la mondialisation économique et de l’écologie, et de dépasser les nouvelles frontières politiques, notamment celles du décrochage des classes populaires et de l’accroissement des inégalités économiques et sociales. Contrairement aux apparences, le politique n’est donc pas mort et la démocratie reste une valeur susceptible de mobiliser les peuples.

Ainsi, la conjoncture est plus complexe qu’elle ne le semble. Il importe alors de ne pas la considérer comme relevant exclusivement d’un scénario de crise et de repérer les formes d’expérimentations démocratiques qui naissent pour tenter de dépasser les apories du système. Tel est l’enjeu de ce dossier sur les nouvelles pratiques démocratiques. Nonfiction.fr entend y relayer les premières analyses de la formation d’un nouvel espace politique, relativement indépendant des canaux politiques traditionnels, avant d’interroger les réformes susceptibles d’intégrer les demandes issues de la société civile et de répondre aux enjeux du XXIème siècle#nf# 
 

Sommaire 

Partie I : Un nouvel espace politique en formation ? 

- J'écris ton nom, démocratie, par Pierre Testard 

- La  philosophie en actes, entretien avec José-Luis Moreno Pestaña au sujet des Indignés espagnols, par Baptiste Brossard 

- Lilian Mathieu, La démocratie protestataire, par Irène Pereira 

- Jusqu’où va la démocratie sur internet ? Entretien avec Dominique Cardon, par Lilia Blaise  

- Entretien avec Wan Yanhai, dissident chinois en exil, par Joël Ruet et Pierre Testard

- Sandra Laugier, Albert Ogien , Pourquoi désobéir en démocratie, par Marc Milet 

 

Partie II : Les nouvelles pratiques démocratiques sont-elles solubles dans nos institutions ? 

- " Le changement ne devra pas être uniquement politique", Entretien avec Yves Sintomer, par Aïnhoa Jean et Allan Kaval 

- L’humanité survivra-t-elle à la démocratie (libérale) ? Entretien avec Dominique Bourg, par Clément Sénéchal 

- Pierre Rosanvallon, La société des égaux, par Jean-Vincent Holeindre 

- En France, le républicanisme est-il un obstacle à l'évolution de la démocratie? par Allan Kaval