Rédacteur

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Les mouvement sociaux en démocratie
[jeudi 08 décembre 2011 - 10:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
La démocratie protestataire
Lilian Mathieu
Éditeur : Presses de Sciences Po
Résumé : Une synthèse sur les mouvements sociaux français et leurs évolutions depuis les années 1990.  
Page  1  2 

* Cet article est accompagné d'un disclaimer. Pour en prendre connaissance, veuillez cliquer sur le footer en dessous de l'article. 

 

La démocratie protestataire, parue dans la collection de poche des Presses de Sciences Po, entend faire une présentation synthétique de l’actualité des mouvements sociaux dans leurs diversités en France depuis les années 1990, en les abordant comme des phénomènes occupant une place centrale en démocratie et non comme des objets marginaux de la science politique. L’ouvrage se compose de cinq chapitres qui, tout particulièrement pour certains, entendent remettre en question des idées reçues journalistiques, et même sociologiques, sur les mouvements sociaux actuels.

Le premier chapitre situe historiquement la reprise de la conflictualité sociale. L’auteur s’accorde ici avec une lecture relativement bien établie depuis plusieurs années selon laquelle, après la relative atonie des années 1980, on assiste depuis les années 1990 à un renouveau des mouvements sociaux. Il analyse cette conflictualité comme prenant appui sur des revendications sociales et non post-matérialistes, et s’intéresse en particulier à relativiser la thèse d’une baisse de la conflictualité au sein des entreprises et à discuter la situation actuelle du syndicalisme en France.

Le second chapitre entend remettre en cause l’illusion de la nouveauté dans les modes d’action contestataires actuels. Contre la thèse d’une opposition générationnelle entre l’ancien et le nouveau militantisme, développée par Jacques Ion, il défend l’idée d’une coexistence entre ces deux formes de militantisme ainsi qu’une lecture en termes de catégories sociales économiques : " L’opposition pertinente, sous cet angle, ne serait pas tant celle entre l’ancien et le nouveau mais entre des formes populaires et cultivées de la protestation " (p.51). De même, il conteste la thèse selon laquelle les nouvelles technologies auraient induit un renouvellement massif des répertoires d’action, en montrant que les formes, parfois qualifiées de routinisées de la protestation, telles que les manifestations, restent parmi les modes d’action les plus communément utilisés. L’auteur opère également un dévoilement des formes de domination qui restent présentes dans les modes d’organisation militants qui se veulent pourtant les plus horizontaux. Il insiste également sur le fait que le caractère " pragmatique " des mouvements actuels n’est pas l’effet d’un renoncement délibéré des acteurs à toute transformation sociale radicale, mais l’effet d’un contexte social qui les conduit à restreindre leurs aspirations. Enfin, il met en valeur les effets performatifs sur les acteurs eux-mêmes de cette prophétie auto-réalisatrice que constitue, selon lui, l’idée d’un nouveau militantisme dont les formes ne seraient en réalité pas si nouvelles que cela.

Le troisième chapitre aborde la question de la légitimité des mouvements sociaux. Tout d’abord, l’auteur s’intéresse aux justifications théoriques des mouvements sociaux, tissées par les intellectuels contemporains à travers des réseaux de publications tels que des revues ou des maisons d’édition. Dans un second temps, Lilian Mathieu, se penche sur les relations ambivalentes qu’entretiennent ces mouvements sociaux avec les médias. Il bat en brèche la critique des médias d’inspiration bourdieusienne en s’appuyant sur les travaux de Philippe Corcuff qui a effectué la critique de cette " critique des médias ". La troisième partie du chapitre porte plus particulièrement sur les formes de radicalisation de la répression subie par les acteurs des mouvements sociaux actuels, de la part des autorités publiques.

Le quatrième chapitre aborde la question des relations, complexes et ambivalentes, entre mouvements sociaux et politique. Il commence par critiquer les lectures trop simplistes qui établissent un lien de causalité entre baisse de la conflictualité sociale et arrivée des partis de gauche au pouvoir. Il insiste en particulier plus spécifiquement sur la notion de " clôture " apparue en 1995 : " La séquence ouverte en 1995 est ainsi marquée par une défiance, voire une hostilité, des mouvements sociaux à l’égard de la politique des partis " (p.125). La fin du chapitre à l’aide des notions de " carrière militante " et " d’opportunités ", analyse comment les partis politiques ont pu constituer, pour des leaders militants issus des mouvements sociaux, un "débouché". Plutôt que d’expliquer ce phénomène comme un choix uniquement individuel, l’auteur s’attache à montrer que ces conduites sont également induites par le fonctionnement du champ politique.

Titre du livre : La démocratie protestataire
Auteur : Lilian Mathieu
Éditeur : Presses de Sciences Po
Collection : Nouveaux Débats
Date de publication : 06/12/11
N° ISBN : 2724612299
Page  1  2 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici