On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans son nouvel ouvrage, dont le titre – La société des égaux – sonne comme un ambitieux programme politique et social, Pierre Rosanvallon plaide encore et toujours pour l’achèvement de la démocratie. Par achèvement, il faut d’abord entendre, dans une perspective tocquevillienne, l’élargissement de la démocratie à l’ensemble du corps social. En effet, la démocratie ne doit pas seulement être considérée comme le régime politique de la souveraineté populaire, mais aussi comme une forme de société fondée sur la participation civique. Pour Rosanvallon, ce n’est pas la démocratie comme régime qui est en danger à l’heure actuelle, c’est plutôt la démocratie comme " société des égaux ", capable de produire du commun grâce à l’égalité fondatrice des citoyens. Ironie de l’histoire : c’est au moment même où l’idée démocratique est devenue incontestable, au tournant du XXIe siècle, que les sociétés démocratiques ont commencé à se déliter, minées par le poison de l’inégalité.
Pierre Rosanvallon n’envisage pas seulement l’inégalité dans sa dimension économique et sociale. Il la pense dans une optique plus globale car pour lui, le problème de l’égalité touche à des ressorts anthropologiques et moraux très profonds. La question première n’est pas de mesurer l’inégalité, ni même de proposer d’emblée un plan d’action pour les diminuer ; ce serait réduire le problème de l’égalité à des enjeux purement administratifs ou économiques. Certes, les inégalités ne cessent d’augmenter depuis la fin des années 1970, et on observe dans la dernière période un écart grandissant entre la part de la population la plus riche et le reste des citoyens. Mais le problème, c’est avant tout de comprendre pourquoi, au début du XXIe siècle, les sociétés démocratiques consentent à des inégalités de plus en plus fortes, alors même que le XXe siècle a été précisément le siècle de la redistribution des richesses et du triomphe de l’État social. Comment expliquer ce " grand retournement " ? Que s’est-il passé ? Comment refonder l’idée d’égalité, dans le contexte d’une société d’individus de plus en plus atomisée, qui tend irrésistiblement au séparatisme social ? Comment produire du commun avec les outils fournis par la démocratie, dans un contexte où la division sociale en classes est plus que jamais à l’ordre du jour et que la part dévolue aux "très riches " ne cesse d’augmenter ?
Telles sont les principales questions auxquelles s’attelle Pierre Rosanvallon dans ce livre, suivant une méthode éprouvée dans les précédents, au carrefour de l’histoire et de la théorie politiques. "L'histoire conceptuelle du politique " proposée par Pierre Rosanvallon s’appuie tout d’abord, dans le sillage de Reinhart Koselleck, sur la sémantique historique. Plus que jamais historien, Rosanvallon s’efforce ainsi, dans l’essentiel du livre, d’écrire l’histoire du concept d’égalité. Il remonte à l’histoire des révolutions française et américaine, qui selon lui ont fondé la conception moderne de l’égalité, laquelle irrigue encore aujourd’hui les démocraties. Dans le cas de la France, le constat de l’inégalité fondatrice des citoyens, combiné aux inégalités économiques entre la classe des " privilégiés " et celle des " sans grade ", a été pour beaucoup dans le soulèvement révolutionnaire. De là, une certaine conception de l’égalité a été " inventée ", sur la base d’une triple exigence. Exigence de similarité tout d’abord : il s’agit au moment de ces " révolutions de la liberté " de fonder une " société de semblables " par l’abolition des privilèges. Si l’aristocratie et la monarchie sont des régimes fondés sur la distinction et la hiérarchie qu’autorisent les privilèges, la démocratie est par excellence le régime de l’égalité au sens d’une similitude politique et juridique entre les citoyens. Exigence d’indépendance ensuite, qui suppose de garantir, dans une perspective " libérale ", la jouissance pleine et entière des libertés individuelles, sur le plan économique, social et politique. Exigence de citoyenneté enfin : l’épanouissement de l’individu au regard des révolutionnaires français et américains n’était pas possible sans la constitution d’une " communauté de citoyens ", à travers l’acte de vote.
4 commentaires
thierry bruno
Corsiglia
il n'y aurait plus grand monde à part le concierge à l'entrée............!
un véritable localo-cide !! mais il n'y en aura pas car les présidents et chefs de service des organismes chargés de surveiller les élus locaux ont tous plus ou moins une maison à faire construire à Florac ou à Sarlat et auront donc besoin d'un permis de construire......!
Julie
marybak