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Entretien avec Mario Bettati : "Réaffirmer l'universalité et l'indivisibilité des droits de l'homme"
[jeudi 04 dcembre 2008]



Mario Bettati est l'un des inventeurs du "droit d'ingérence". Il a codirigé avec Olivier Duhamel et Laurent Greilsamer la réédition chez Folio de la Déclaration universelle des droits de l'homme .

 

nonfiction.fr : Vous êtes un spécialiste international des droits de l'homme et avez été l'inventeur, avec Bernard Kouchner, du "droit d'ingérence". Que vous inspire le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme le 10 décembre 2008 ?

Mario Bettati : À la fois un espoir de réaffirmation et une crainte de régression. Réaffirmation, car elle est l’objet de multiples manifestations en France et dans le monde. Elle sera de nouveau diffusée dans presque toutes les langues, sous presque toutes les formes. Le ministère français des Affaires étrangères prévoit toute une série d’événements et de célébrations qui seront l’occasion de réaffirmer l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme dont la défense au quotidien nécessite la mobilisation de chacun. Régression, car se manifeste une défiance de certains pays vis-à-vis des droits de l’homme au fur et à mesure que monte l’hostilité à l’égard des occidentaux.

Mais au-delà, c’est d’abord la notoriété de la Déclaration qui est altérée. L'écrasante majorité des individus de la planète en ignorent l'existence, la substance et l'importance. Ils n'imaginent même pas la possibilité de s'en prévaloir.

En outre, l'universalité de la Déclaration est menacée. Dès son origine et aujourd'hui encore, l'universalité des droits s'est heurtée à des particularismes – réels ou fabriqués – dont certains régimes se sont prévalus pour déroger aux normes et priver leurs ressortissants du bénéfice des droits.

De plus, l'indivisibilité de la Déclaration est contestée. Les thèses de Lee Kwan Yew, Premier ministre de Singapour, développent l’argument selon lequel pour les sociétés de l'Asie et du Sud en général, la démocratie vient après le développement économique. Les occidentaux agiraient en " impérialistes des droits de l'homme".

Enfin, l'effectivité de la Déclaration demeure encore précaire. Si la portée juridique du texte est certes aujourd'hui consacrée par la Cour internationale de justice (CIJ) et si la vigilance des ONG permet de déclencher l'alerte, la responsabilité première de l'application de la Déclaration pèse sur les États.
 

nonfiction.fr : Le "droit d'ingérence" est-il encore d'actualité ? Pour vous ? Pour Bernard Kouchner ?

Mario Bettatti : L’effectivité de ce droit a subi des alertes sérieuses en Birmanie, au Darfour, au Tibet, au Kenya... L’attaque fatale l’a frappé au Zimbabwe. L’impuissance de la communauté internationale à protéger les victimes des tyrans tient à la fois au refus d’utiliser l’arsenal thérapeutique qui fit ses preuves dans le passé et à la résistance accrue des agents pathogènes qui se déploient dans le monde.

Le désenchantement face aux impuissances récentes des Nations unies contraste avec l’euphorie de l’après guerre froide où il n’était question que du triomphe du droit et où on parlait de gouvernement mondial et de directoire universel.

Les échecs au Rwanda ou dans les Balkans, les faiblesses d’un système fondé le plus souvent sur le consensus, les soubresauts consécutifs à l’affaire irakienne, la crise de 2003 liée à l’intervention américaine ont fragilisé le système. Le relatif échec du sommet de septembre 2005 sur la réforme des Nations unies a accru la rancœur du plus grand nombre et renforcé la division Nord-Sud au point d’en généraliser le champ opposant l’Ouest et le reste.

À lire également sur nonfiction.fr :

- Joël Andriantsimbazovina, Hélène Gaudin, Jean-Pierre Marguénaud, Stéphane Rials, Frédéric Sudre, Dictionnaire des droits de l'homme (PUF), par Thomas Hallier.

Objet en devenir, polémique et parfois difficile à cerner, les droits de l'homme sont ici remarquablement mis en perspective par ce dictionnaire.

- Grand entretien avec Joël Andriantsimbazovina, co-directeur du Dictionnaire des droits de l'homme (PUF), réalisé par Thomas Hallier et Aurélie Stoflique. Cet entretien est en sept parties.

 

 - "Les droits de l'homme en débat au Grand Palais"


 

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