Les attentats de janvier et novembre 2015 ont, sans surprise, engendré leur lot de commentaires, d’opinions et de discussions plus ou moins étayés sur les motivations des terroristes. Les profils rencontrés sèment le doute. Certains commentateurs invoquent les préoccupations religieuses de jeunes fraîchement convertis – via internet ou par le prêche dans un lieu de culte –, en rupture avec une forme traditionnelle et familiale de la religion. D’autres insistent sur la dimension socio-économique des parcours d'individus plus ou moins éduqués, insérés ou marginaux. D’autres encore insistent sur les défaillances de l’insertion communautaire d'étrangers ou d'immigrés de la deuxième génération qui choisissent la voie du djihad. En bref, cette diversité des parcours et des motivations invite à une certaine prudence lorsque l’on cherche à comprendre le phénomène de la "radicalisation" islamiste. Les raisons sont plurielles et écartent d’emblée toute explication monocausale, qu’elle soit purement géopolitique (la réaction à l’implication militaire française en Syrie), sociale (le déficit d’intégration et de perspectives pour les jeunes dont les familles sont issues de l’immigration) ou encore religieuse (certaines branches ou lectures religieuses cautionneraient l’usage de la violence).

Partant de ce constat, Nonfiction.fr propose à ses lecteurs un dossier sur la radicalisation dans le contexte français qui s’efforce de faire dialoguer différentes approches disciplinaires (histoire, philosophie, sociologie) et points de vue d’acteurs de terrain (documentaristes, journalistes, juges). Cet aperçu à la fois large et varié s’appuie sur la richesse de la production éditoriale récente sur le sujet et est complété par plusieurs entretiens avec des spécialistes de la question. Au-delà des spécialisations, nous espérons mettre en œuvre les injonctions à une lecture complexe du phénomène afin de mieux saisir les raisons d’actes qui nous frappent comme hautement déraisonnables. Expliquer ne veut pas dire excuser, comme l’a bien rappelé dernièrement Bernard Lahire  ; espérons ici que cet effort sera synonyme d’évitement#nf#

Un nouvel article de ce dossier sera publié chaque mercredi.

 

                                                                    * Dossier coordonné par la rédaction de Nonfiction.fr.

 

SOMMAIRE

 

1) D’une radicalisation à l’autre

- Nathalie Paton, School Shooting, par Maryse Emel.

- Anne Erelle, Dans la peau d'une djihadiste, par Elen Le Mée.

- « En politique, le totalitarisme de la raison, c’est la logique des fous ». Entretien avec Nicolas Grimaldi, auteur des Nouveaux somnambules , propos recueillis par David Navaro.

- Farhad Khosrokhavar, Radicalisation, par Maryse Emel.

- Gérald Bronner, La pensée extrême, par Yoann Colin.

- Marc Trévidic, Terroristes : les sept piliers de la déraison, par Christian Ferrié.

 

2) Une radicalisation religieuse ?

- A propos de « Salafistes ». Entretien avec François Margolin, co-réalisateur du documentaire, propos recueillis par Maryse Emel

- Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées, par Maryse Emel.

- Olivier Roy, La peur de l'islam, par Benjamin Caraco.

- Gilles Kepel et Antoine Jardin, Terreur dans l'hexagone. Genèse du djihad français, par Paul Cormier.

- « Tuer pour exister, et mourir ». Entretien avec David Thomson, journaliste à RFI et auteur des Français jihadistes , propos recueillis par Pierre-Henri Ortiz.

- Malik Bezouh, France Islam. Le choc des préjugés, Alain Bertho, Les enfants du chaos. Essai sur le temps des martyrs et Paul Clavier, Anathèmes, blasphèmes et Cie. Au-delà des caricatures, par Maryse Emel.

 

3) Comment en sortir ?

- Dounia Bouzar, La vie après Daesh, par Antoine Bonnet.

- David Bénichou, Farhad Khosrokhavar et Philippe Migaux, Le jihadisme. Le comprendre pour mieux le combattre, par Maryse Emel.

- Alain Bauer, Qui est l'ennemi ?, par Christian Ferrié.