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Monde

Paroles armées

Couverture ouvrage

Philippe-Joseph Salazar
Lemieux Éditeur , 264 pages

Repenser la stratégie contre le Califat
[lundi 16 novembre 2015]


Contre la propagande redoutablement efficace de l'EI, en appeler au peuple et lui redonner la parole pour lui permettre de prendre parti.  

Pour mieux comprendre ce qui motive et explique la propagande et les actions terroristes, lire Philippe-Joseph Salazar qui a écrit en 2015 Paroles armées, comprendre et combattre le terrorisme s’impose. Il établit tout au long de son analyse l’origine d’un impossible dialogue avec le Califat du fait d’une conception du pouvoir politique et d’une argumentation logique et rhétorique radicalement opposées à tout système politique fondé sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

C’est en 2014 qu’à la Mosquée de Mossoul, l’imam Ibrahim remet au goût du jour le Califat. A partir du prêche et d’une évocation du sacré, sans grand renfort de gestes, mais à l’aide d’une diction claire et éloquente, il fait advenir le Califat. La parole se fait performative, c’est-à-dire qu’elle institue non seulement l’imam dans son rôle de calife, de Commandeur des croyants, mais qu’elle fait aussi passer à l’existence le Califat. Notons au passage, comme l’écrit Philippe-Joseph Salazar, qu'une assemblée nationale  constituante a été elle-aussi proclamée selon le même mode performatif au Jeu de Paume en 1789. La proclamation n’est donc pas propre au Califat.

Force des mots

Cela montre la force des mots. Les actes terroristes vont très vite apparaître au cours de la lecture du livre de Philippe-Joseph Salazar comme dépendant d’une guerre de mots. En d’autres termes, il explique en quoi ce sont les mots qui poussent à l’action et pourquoi il est temps que la France prenne une décision face à ce qu’il appelle une « langue parasitaire » dont le but est de brouiller les codes sociaux d’appartenance et la réflexion. Ainsi laisser
s’implanter les mots du Coran, c’est renoncer aux codes de la République.

Cela commence avec le mot
« terrorisme ». Si Ben Laden prônait le terrorisme afin de faire ouvrir les yeux, le terrorisme du califat a le souci de la conquête des territoires des incroyants afin de les ramener vers Dieu. Les ennemis, ce sont ceux qu’il qualifie de non-croyants, c’est-à-dire ceux qui sont extérieurs à la Mosquée où il se tient. Ce sont tous ceux qui idolâtrent la culture consumériste occidentale, et plus profondément, ce sont les régimes politiques qui ont pour fondement la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Pour le calife, les Droits de l'homme ne sont en fait qu’idolâtrie de l’homme. Le fait de « dire » institue l’existence de la chose nommée, or si le Califat est un appel à l’obéissance des sujets, il contredit symétriquement le droit à la désobéissance civile inscrit dans les constitutions républicaines - comme contrepartie nécessaire pour éviter la dérive despotique, comme l’ont souligné à maintes reprises les philosophies des Lumières. Alors ne pas opposer cette norme démocratique de désobéissance, c'est donner libre cours au principe théologique d'obéissance qui légitime l'action terroriste. C’est pourquoi l’auteur en appelle à une réinscription des codes du Califat dans la norme de nos codes afin de se réapproprier le pouvoir.

En effet le territoire du Califat, c’est d’abord un territoire de mots. Dès lors la notion de martyr n’a pas le même sens que dans le christianisme. Pour les chrétiens, le martyr est une victime de la persécution, alors que le « djihadiste », agissant pour la propagation de la foi, ne craint pas de rechercher positivement la mort - la sienne, et celle des autres. Les récentes opérations kamikazes montrent une totale indifférence à la mort, le martyr étant récompensé dans l’au-delà.

Pouvoir de l’analogie

Comment en arrive-t-on là ?  L’explication tient à un usage différent de la logique. L’opposition aristotélicienne reprise par Thomas d’Aquin entre la lettre et l’esprit de la loi - qui rend pensable l’idée d’interprétation d’un texte - a pêu à voir avec l’usage  de la tradition coranique ou de la tradition des hadiths des compagnons de Mahomet : la logique juridique de l’islam se déploie autour du principe central de tradition. Cette tradition explique alors l’institution du raisonnement par analogie dans l’argumentation musulmane pour distinguer entre le licite et l’illicite. Une analogie a un pouvoir imagé, et dans ce cas précis, elle établit un rapport entre une parabole du Coran et une question présente d’ordre juridique. Toute analogie ramène l’inconnu au connu, ce qui implique sa dimension concrète, libérée de toute expression de soi.

Le Dieu numérique

Il y a aussi de la part de l’Etat des contresens fâcheux. Ainsi s’égare-t-on à propos du numérique. Il n'y a aucune neutralité de la technique, engagée qu'elle est au côtés d'une conception matérialiste de la vie, privée de Dieu. cela implique un faible engagement du Califat de ce côté de la propagande. Proclamer la mort de dieu aurait pu engager le combat contre les terroristes sur d’autres axes. On préfère au contraire s’appuyer sur Internet. A ce propos la campagne « Stop djihadisme », sur Internet, est un complet fiasco : d’abord et surtout parce que les codes de langage et les images qui sont adressés aux jeunes ne sont pas clairs. On parle une « langue déglinguée » explique  Philippe-Joseph Salazar, alors qu’il faudrait tenir un discours noble comme celui du calife. Autre erreur, il est écrit interdit aux moins de 12 ans. Mais le moins de 12 ans va-t-il vraiment s’abstenir de regarder ?  Et s’il regarde, il va se trouver face à une image d’égorgement déjà insupportable pour les adultes. Qui est égorgé ? Là encore l’image est imprécise. Une chose est sûre, ce n’est pas un syrien, alors qu’on ne cesse de dire pendant tout le clip que la vraie victime c’est le peuple syrien. Ambiguïté que le jeune ressaisira sans nécessairement la nommer.  L’esthétisation de l’image est une autre erreur. Comme l’écrit Philippe-Joseph Salazar « un tel clip est la guerre poursuivie par d’autres moyens, pas un nominé pour un César  ».

L’erreur principale est de croire au pouvoir du virtuel. Pendant ce temps les recrutements ont lieu réellement. On sait que ces derniers ont lieu en-dehors des réseaux sociaux. Les vidéos ne sont rien d’autres que de la propagande à des fins d’égarement. Il faut reconnaître dès lors une totale erreur de communication. Nous jouons sur la prévention alors que le Califat joue sur l’héroïsme. Nous en restons aux moyens, ces « mécaniques victoires » aurait dit Montaigne , le Califat se donne des fins.

Le mythe du dialogue

Nos gouvernants, à être
trop formés « techniquement » et éloignés des humanités, ont perdu de vue le pouvoir de la persuasion, si bien définie par les Athéniens. Depuis bientôt un siècle, ils prônent le dialogue, alors qu’ils bombardent à tout va et se justifient ensuite moralement auprès des victimes. « En politique intérieure le dialogue est devenu la quatrième valeur de la République » , cherchant ainsi à justifier liberté, égalité et fraternité. Il faut retrouver au contraire le sens de l’Appel écrit l’auteur. La dernière fois qu’il y eut un appel, ce fut celui du 18 juin 1940. Depuis, rien. Or l’appel est un appel à prendre ses responsabilités, à suivre le chemin annoncé. Seul le Califat a fait un Appel. Seul le Califat a fait une proclamation au peuple, une harangue militaire et un grand sermon sur le destin supérieur de l’homme. Pendant ce temps, la France qui a tout oublié de Bossuet en restait à bricoler « des dialogues ».

C’est quoi la terreur ?

Le droit français a une étrange définition de la terreur : « Constituent des actes de terrorisme, lorsqu’elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur, les infractions suivantes  ». La terreur est définie par des actes de terrorisme…ce qui est insuffisant compte-tenu de la circularité de la définition. Il y a alors nécessité de retourner aux sources romaines du droit pour mieux comprendre. Et ce qu’on y lit est stupéfiant : la terreur est ce qui permet à un magistrat de tenir un criminel en respect en lui inspirant une peur salutaire. Au départ, c’est donc le droit qui est terroriste, explique Philippe-Joseph Salazar . Ne faut-il pas changer de mot ?

Cesser de croire que les djihadistes sont des idiots

Le Califat sait très bien que les vidéos envoyées sur le net sont censurées. C’est par des recherches personnelles et studieuses que l’on devient bien souvent djihadiste. Cependant si ces vidéos sont mises sur le net, c’est à des fins esthétiques. Bien souvent l’arabe de ces vidéos n’est pas compris. Il joue alors sur les sensations du public, pour le conduire simultabément à « entendre, percevoir » et à « obéir » : sans comprendre l’arabe, l'esthétique peut conduire à obéir. C’est tout le pouvoir de l’image et du son : arrêt sur image et stupéfaction devant l’exotisme des arabesques et de la calligraphie, oreille prêtée au chant choral de la légion califale, au lyrisme certain. La seule arme qui nous reste est de commenter dans les classes cette séduction esthétique, pour la désamorcer, conclut Philippe-Joseph Salazar.

Une autre anthropologie

Que ce soit par l’uniforme noir et sable, qui virilise le corps du soldat du Califat, ou par le visage masqué, laissant juste apparaître un regard jouant sur la séduction, la mise en valeur du corps est une réponse aux stratégies militaires occidentales d’évitement du face-à-face avec les corps des adversaires, au moyen des tirs aériens, des drones, de la guerre « hygiéniste ». Mais ce n’est pas que cela. Il y a une dimension sacrificielle dans les actes d’égorgement ou de décapitation qui mettent en scène une véritable liturgie, renvoyant à une pensée pré-logique.

Il y a deux visions du corps opposées, de la même façon qu’il y a deux conceptions de la libre volonté des femmes qui n’ont rien à voir. La question ne se limite pas au voile, loin de là. La femme qui émigre pour revenir en terre d’Islam n’a aucun compte à rendre à la parentèle, de la même façon qu’elle peut perdre son enfant qui, appartenant à la communauté, sera enterré selon les rites. Cette décision d’être esclave de Dieu étant la sienne, elle est présentée comme acte libre de sa volonté. Une idée de la liberté des femmes qui ne relève par conséquent d’aucun modèle féministe occidental.

De mauvaises réponses

Discours médicalisé visant à établir une pathologie, analyse des cursus de radicalisation, sociologisme concentré sur la pauvreté : aucune de ces explications ne permet de comprendre et d’agir sur la situation. Il faut d’abord admettre qu’il s’agit de conversion, du fait de classes sociales instruites et nullement une radicalisation des classes pauvres.
Les vidéos montrées abruptement par les médias suppriment toute discussion. Argument d’autorité qui nous réduit au silence. Le Califat est mis à résidence sur une carte de la folie par notre communauté de discours. On pense ainsi le contrôler. Les médias commentent les images comme une police de vérité. Ainsi ne cessent-elles d’alimenter le désir du Califat de nous servir en images.

Qui doit dire non ?

Les réponses politiques sont insuffisantes et manipulables. Il faut admettre que le Califat est une forme nouvelle du politique. C’est pourquoi la conclusion du livre de Philippe-Joseph Salazar est de redonner la parole au peuple, car le Califat, on l’a vu, le fait. Un peuple qui doit prendre parti, un peuple partisan qui ne doit pas être exclu du politique. Pourquoi ? « Le Califat est une forme d’hostilité radicale parce qu’il ne joue ni le jeu conventionnel des formes politiques, ni le jeu formel de la guerre, ni le jeu des droits humains » . Il a institué une distance entre nous et lui : au tort radical qu’il voit institué par ses ennemis contre lui, il oppose une logique radicalement différente.

Rappelons-nous du chant du Partisan. Faisons entendre notre voix….

 

A lire également sur nonfiction.fr :

Notre dossier Djihadisme à la française : comprendre la radicalisation

Philippe-Joseph Salazar a obtenu le Prix Bristol des Lumières 2015

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10 commentaires

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Heliodore

16/11/15 15:51
"Notons au passage, comme lécrit Philippe-Joseph Salazar, que la République de 1789 a été elle-aussi proclamée selon le même mode performatif au Jeu de Paume"
Je serai bien tenté d'écrire "no comment" mais en réalité cela en appelle un petit, assez rapide : premièrement la république française est née en 1792 suite à l'abolition de la monarchie à peu près un mois après la prise des Tuileries ; deuxièmement, la république en question n'a jamais été réellement proclamée (pour le mode performatif vous repasserez...).
C'est vrai que le programme d'histoire a été allégé ces dernières années mais un peu de sérieux, cela ne peut pas nuire.
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Maryse Emel

16/11/15 16:03

Présentation

L'Assemblée nationale naît avec la Révolution de 1789 et celle-ci commence à l'Assemblée nationale. L'événement est inséparable de l'institution. Animée par l'esprit du siècle des Lumières, l'Assemblée adopte, en août, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, jetant ainsi les fondements actuels de la République et de la démocratie.
1792 c'est la Terreur.
quant au performatif le voici:
Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée Nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'Homme et du Citoyen.

le verbe "déclarer" est un performatif répété 3fois
merci de signer aussi au lieu de tenir un discours de dissuasion...
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Franois Carmignola

16/11/15 22:13
A propos de la polémique sur la "déclaration". Il semblerait bien qu'il y ait une différence, le califat étant "rétabli". Il s'agit donc d'une restauration et non pas d'une révolution.
Il faut bien comprendre le drame que fut l'abolition du Califat en 1924: tous les islamismes, y compris celui des frères musulmans, ont pour but de le rétablir.

La comparaison est piquante toutefois, et bien trouvée, comme un petit coup de griffe, pour mieux promouvoir les déclarations vraiment fondées
La comparaison avec l'appel du 10 Juin est tout aussi piquante: on peut le comparer avec l'appel de Pétain, tout cela se valant. Ou pas?


Sinon, les aspects les plus surprenants des vidéos de l'Etat Islamique sont qu'elles sont des manipulations de l'image et de la narrativité qui sont bien connues des amateurs de films d'horreur et de violence occidentaux.
Elles SONT occidentales, de ce fait.
Bien sur leur force fascinante est que cela semble "pour de vrai". Je dis bien que cela semble. Rien ne le prouve absolument, et si ça se trouve, les amateurs d'images léchées furent obligés de tourner plusieurs fois les scènes ratées, et avec les mêmes acteurs.

Sinon, Philippe-Joseph Salazar, explique très bien la manipulation des mots en vigueur. "Califat" ou "Etat Islamique" sont les mots à employer et certainement pas "Daesh" ou "Dache" (comme dit Hollande). Par ailleurs il recommande d'entrer en pourparlers avec le "Califat". C'est le fond de l'affaire.

On pourrait penser à une autre solution: vaincre militairement cet Etat, organiser une cour de justice internationale et faire pendre le calife, ainsi que tous les vizirs qui voulaient sa place.
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Heliodore

17/11/15 09:27
Personnellement je ne discute pas la pertinence de la comparaison entre la déclaration qui restaure le califat et celle qui instaure les droits de l'homme. Ce n'est pas mon propos.

Je me contente d'attirer l'attention sur ce fait : dans la phrase que j'ai extraite de la recension de Maryse Emel ("Notons au passage, comme lécrit Philippe-Joseph Salazar, que la République de 1789 a été elle-aussi proclamée selon le même mode performatif au Jeu de Paume"), ce qui est proclamé en 1789 c'est la république française. Or rien n'est plus faux : la 1ère République naît en septembre 1792 et à aucun moment elle n'est officiellement proclamée. Elle s'installe de fait dans le vide laissé par la chute de la monarchie. Donc pas du tout selon un schéma performatif.

De surcroît, je me permets d'ajouter que la Terreur naît précisément, d'après la plupart des historiens, avec les Journées de septembre 1792 c'est-à-dire exactement en même temps que la 1ère République en question. Donc opposer la "gentille" République à la "vilaine" Terreur, comme le fait Maryse Emel dans sa réponse à mon commentaire, révèle une fois encore sa parfaite ignorance du déroulement des événements révolutionnaires. Il se trouve qu'en réalité on peut affirmer que, d'une certaine manière, la république française est née sous le signe de la Terreur.

Mon propos est simplement le suivant : lorsque l'on veut se livrer à des comparaisons historiques - et je ne conteste pas que ce puisse être légitime et très éclairant - encore faut-il maîtriser un minimum l'histoire en question. D'abord établir des faits : la bonne vieille école méthodique.

Ensuite, on peut bien sûr les commenter - en se gardant toutefois si possible d'en avoir une lecture téléologique : la Déclaration des droits de l'homme sert sans doute de fondement à nos institutions actuelles mais c'est assez contingent. Rien ne permet d'affirmer qu'il y ait un sens de l'histoire. Il n'existe par exemple aucun lien nécessaire entre les droits de l'homme et la république : les droits de l'homme ont été proclamés dans un contexte monarchique qui n'a pas été aboli par cette déclaration. Et nous avons de nombreux exemples en Europe de monarchies qui reconnaissent les droits de l'homme.

Je me répète donc : un peu de rigueur...
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PH Ortiz

17/11/15 13:20
Le texte a été actualisé le 17 juin à 13h.
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Heliodore

17/11/15 13:54
"Notons au passage, comme lécrit Philippe-Joseph Salazar, qu'une assemblée nationale constituante a été elle-aussi proclamée selon le même mode performatif au Jeu de Paume en 1789."
Tentative de raccommodage un peu rapide : maintenant c'est le parallélisme qui ne tient plus guère. On imagine bien que l'on puisse comparer la proclamation d'un califat avec celle d'une république - on a là, si l'on veut bien, deux formes de régimes "politiques" - mais peut-on mettre sur le même plan la proclamation d'un califat et celle d'une assemblée nationale, à supposer que cela signifie quelque chose en français : "proclamer une assemblée".
Une assemblée n'est pas un régime mais un rouage possible de régimes politiques très divers.

Décidément c'est pas facile, hein ?
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PH Ortiz

17/11/15 14:25
@Héliodore : merci pour votre sagacité.
La modification du texte est à mon initiative, et provisoire. Nos activités professionnelles ne nous permettent malheureusement pas de réagir plus rapidement sur le fond.
Merci pour votre compréhension.
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Heliodore

17/11/15 14:55
@PH Ortiz : croyez bien que j'apprécie votre initiative. Je n'aime guère jouer les grincheux mais j'aime encore moins qu'on raconte n'importe quoi.
Encore merci à vous aussi.
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Franois Carmignola

17/11/15 21:40
Pardon d'en rajouter une couche, mais il est tout simplement drôle que celui qui, favorable à des pourparlers avec l'Etat Islamique, qu'il préfère appeler "le Califat", soit couronné d'un prix le Jeudi qui précéda des événements pénibles.
Il s'agissait du prix Bristol des lumières.
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LiquidTensionExperiment

29/12/15 11:05
Bon livre qui analyse en profondeur le discours rhétorique du Califat, et les failles du contre discours de l'Etat Français, pour ne prendre que lui en exemple. Toutefois le gros écueil du livre est qu'il ne donne aucune proposition concrète pour contrer le discours du Califat. Ce qui devrait être de mon point de vue le sujet principal du livre, tout du moins en deuxième partie. Mais hélas elle n'existe pas !

La dernière partie du livre est plus qu'audacieuse, à présenter les thèses du Califat comme une expression de populisme. Tout du moins l'affirmation d'un populisme qui pourrait agréger des aspirations dans les pays européens. Je ne dénie pas l'affirmation d'une rhétorique populiste religieuse, ce qui est tout à fait juste, mais elle n'a aucune chance de recevoir une quelconque adhésion dans les pays européens. Deux faits le contredisent : la poussée des populismes de droite en Europe, d'inspiration plutôt chrétienne, ce qui se vérifie dans les urnes, et le large exode des populations musulmanes du moyen-orient en guerre devant la menace totalitaire du Califat. Aucune chance que la voie, et la voix du populisme califal fasse beaucoup d'émules en Europe. Il ne faut pas prendre les quelques milliers de combattants partant pour le Jihad pour des généralités. Toutefois cela n'en diminue pas moins le risque énorme que fait courir à nos démocraties le Califat totalitaire, notamment du désagrégation du corps social dans les communautés musulmanes des pays européens, prise entre deux feux et passant celui de la guerre civile. D'ailleurs appelé de tous ses voeux par le Califat.

C'est donc tout à la fois une admonestation, une lamentation, une auto-critique sur nos propres failles rhétoriques. Mais que tout cela est aisé. Il y a même parfois comme de l'admiration dans l'analyse quant à l'efficacité du discours rhétorique. Mais bon, derrière le discours il y a toujours la réalité. C'est peut-être là que le contre discours doit s'organiser, sans tabou, sans entrave, montrer la réalité !

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