Suivez-nous

FacebookRSS

Olivier Duhamel : "Nos concitoyens adorent élire César, ce qui rend très difficile sinon impossible le passage au primo-ministérialisme"
[vendredi 03 octobre 2008]



nonfiction.fr : Les évolutions qu'a connues la Ve République tout au long de son histoire, notamment le quinquennat ou la pratique hyper présidentialiste de l'actuel président, constituent-elles des ruptures fondamentales ou de simples adaptations conjoncturelles ? Doit-on parler de la ou des Ve Républiques ?

Olivier Duhamel : Par rapport aux intentions d'une partie des fondateurs de la Ve République, le présidentialisme marque une rupture considérable, mais qui s'est produite d'emblée, puisque le général de Gaulle a imposé l'hégémonie du président et que le contexte de la guerre d'Algérie l'y a aidé. La révision constitutionnelle d'octobre 1962, adoptée contre tous les partis hors le gaulliste, a institutionnalisé cette rupture, la pratique mitterrandienne lors de l'alternance de 1986 l'a entérinée et enracinée, les trois cohabitations l'ont suspendue, le quinquennat et la synchronisation des élections présidentielle et législative rendent de telles parenthèses rarissimes.

 

nonfiction.fr : La Ve République fait figure de régime sui generis. Sa singularité en fait-elle un régime plus efficace et plus légitime que celui des autres démocraties occidentales ?

Olivier Duhamel : Les opinions ne divergent guère sur la spécificité du présidentialisme français, sauf à le comparer avec la Russie poutinienne d'avant Medvedef ou le Venezuela de Chavez, ce qui serait excessif et désobligeant. Disons pour l'efficacité qu'elle est plus grande que dans le parlementarisme de type IVe République, mais pas que dans les autres démocraties majoritaires dirigées par le Premier ministre. Un exemple pour l'attester : une crise du type de celle que nous avons connue avec le CPE n'est guère concevable au Royaume-Uni ou en Allemagne. Quant à la légitimité, force est de constater que les citoyens adhèrent au présidentialisme même s'ils en raillent les excès et se révoltent occasionnellement contre ses bévues.

 

nonfiction.fr : On qualifie généralement la Ve république de régime semi-présidentiel, voire présidentialiste. En ce sens, la réforme constitutionnelle de 2008 était-elle utile ? Souhaitez-vous l'instauration d'une VIe République ? Le cas échéant, que signifierait-elle pour vous ?

Olivier Duhamel : La révision de 2008 était indispensable pour tenter un rééquilibrage des pouvoirs favorable au Parlement, et, sur quelques points, aux citoyens. Elle ne change pas la prédominance du président au sein de l'exécutif. Idéalement, je préfère une démocratie parlementaire dirigée par le Premier ministre, parce qu'il ne peut se targuer d'une investiture personnelle, parce qu'il rend compte en permanence devant le Parlement, bref parce qu'un tel système rompt avec le césarisme français. Mais nos concitoyens adorent élire César, ce qui rend très difficile sinon impossible le passage au primo-ministérialisme.

 

nonfiction.fr : Quel est l'impact de la construction européenne sur la Constitution de la Ve République, mais aussi sur la théorie du droit constitutionnel, notamment sur les concepts d'État et de Constitution ?

Olivier Duhamel : Impossible de répondre à une question aussi complexe en quelques lignes. Disons simplement que si la construction européenne a obligé et obligera à réviser fréquemment notre constitution, elle n'invalide pas les concepts d'État et de Constitution. Disons surtout qu'un accord assez large existe maintenant sur la nécessité et la possibilité de faire coexister des États (nations ou plurinationaux) avec une communauté politique supranationale, que l'on pourrait qualifier de fédération, à condition de bien marquer la différence entre une fédération et un État fédéral, ce que j'ai esquissé and mon ouvrage Pour l'Europe (Seuil, 2004) et que d'autres, tels Olivier Beaud et Thierry Chopin ont approfondi. Il serait bon que les politiques et les citoyens actifs participent à ces réflexions prometteuses.

 

* Entretien par email du 30 septembre 2008.
 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- "Parler aujourd'hui encore de ''la Ve République'' est pure convention de langage'', entretien avec Dominique Rousseau.

- la revue Pouvoirs, n°126, "La Ve République" (Seuil) consacré à la Ve République, par Nicolas Leron.

- Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier, Les partis et la République. La recomposition du système partisan 1956-1967.  (Presses universitaires de Rennes), par David Valence.

Commenter Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

2 commentaires

Avatar

Tucroy

03/10/08 17:22
Et sil ne sagissait que dune byzantine querelle de constitutionnalistes ?
Tout évolue, en permanence et de ce seul fait se complexifie.
Pourquoi chaque évolution marquante devrait-elle être soumise à numérotation ? Ne sagit-il pas là dun signe de résistance au changement, combiné avec un cartésianisme qui veut que tout soit rangé et étiqueté.
Lorsque des mutations de régime nient lexistence même de la République, comme lexercice du pouvoir par lenvahisseur, ce à quoi conduisirent les pouvoirs napoléoniens et la défaite de 1940, sa restauration doit être hautement proclamée, en même temps quune nouvelle constitution cherche à la garantir des excès ou des insuffisances dont elle vient dêtre victime. Mais il ne semble pas indispensable daller au-delà du toilettage et de lactualisation, lorsque le changement ne fait que traduire une évolution justement permise par la constitution en vigueur et qui démontre ainsi sa validité.

Quant à « la situation de François Fillon toujours aussi compliquée que celle de ses prédécesseurs ! » il serait intéressant dentendre lintéressé sexprimer à ce sujet, plutôt quun tiers, fut-il constitutionnaliste
Avatar

mediapol

30/04/09 12:32
bienheureux les eleves de sciences po
A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr