Dans un récit fondé sur de nombreux témoignages, Myriam Anissimov revient sur le destin tragique de l’actrice de la Nouvelle Vague, Jean Seberg.

Myriam Anissimov est l’auteure de la biographie de référence sur Romain Gary (Romain Gary, le caméléon, 2004). Lors de sa rédaction, elle a mené de nombreux entretiens avec des témoins de la vie du romancier et a enquêté sur la mort de son épouse, Jean Seberg. C’est à l’aune des archives qu’elle a produites qu’elle reprend le fil de son investigation. Avec Jean & Romain, elle offre ainsi un portrait original de l’actrice iconique d’À bout de souffle, retraçant son destin improbable jusqu’à sa fin tragique. Le livre est dédié à son mari, le chef d’orchestre Gérard Wilgowicz, décédé fin 2025.

Symbole de la Nouvelle Vague

La jeune Américaine, issue d’un milieu puritain de l’Iowa, est révélée à 17 ans dans Jeanne d’Arc du réalisateur Otto Preminger – elle y incarne l’héroïne éponyme. Le cinéaste l’a choisie pour sa personnalité plus que pour ses talents de comédienne, et le film est assez mal reçu par la critique. Sa carrière débute donc sur un malentendu originel qui la suivra tout le reste de sa vie. Comme l’écrit Myriam Anissimov, « Jean Seberg était en quelque sorte née et morte en même temps ».

Elle gravite alors dans un nouveau milieu. C’est ainsi qu’elle rencontre son premier mari, François Moreuil, un avocat français tenté par le cinéma. Elle joue ensuite dans l’adaptation du roman de Françoise Sagan, Bonjour Tristesse. Les critiques sont là encore mitigées, sauf celle de François Truffaut, qui encense la jeune actrice. Mais c’est une autre figure de la Nouvelle Vague qui apporte le succès à Seberg : Jean-Luc Godard, avec qui elle tourne dans À bout de souffle. Seberg, avec Jean-Paul Belmondo, devient l’une des incarnations du renouveau du cinéma français.

En couple avec Romain Gary

De retour à Hollywood, elle rencontre le consul de France à Los Angeles, Romain Gary, lors d’un dîner. Elle tombe amoureuse de l’écrivain, bien plus âgé qu’elle, et souhaite rapidement l’épouser. Celui-ci, qui multiplie les aventures, devient son amant, mais il est encore marié à l’auteure Lesley Blanch et ne nourrit pas le même projet que l’actrice. La sexualité très active de Seberg est vue comme une menace par Gary, qui craint pour son travail de romancier. Seberg a également une tendance à l’alcoolisme et plus généralement à l’autodestruction. De son côté, Gary est bipolaire.

Les deux forment un couple étonnant aux centres d’intérêt assez divergents. Ils finissent néanmoins par se marier après une tentative de suicide de Jean Seberg. Ils ont un enfant, Diego, qui est élevé par sa gouvernante espagnole, qu’il considère comme sa mère de facto. Enfant, il ne parle pas la même langue que ses deux parents. Présentés par les médias comme un couple iconique, Seberg et Gary entretiennent des relations tumultueuses. En dépit de cela, Gary réalise deux (mauvais) films afin de procurer des rôles à son épouse, qui connaît une phase de creux dans sa carrière. En 1968, le couple décide de divorcer.

La décennie de la déchéance

En cette année d’agitation sociale, Jean Seberg soutient en particulier le mouvement noir états-unien. Dans Chien Blanc, Romain Gary raconte sans fard ces événements, et notamment l’instrumentalisation de son épouse. En effet, tout au long de sa vie, Jean Seberg défend la cause des opprimés, quitte à se faire dévorer, ou du moins manipuler, par ceux qu’elle défend, des Black Panther aux Algériens. La fin des années 1960 marque le début de la déchéance de Seberg. À compter de cette période, Gary, d’ex-époux, en vient à endosser le rôle de père pour elle, s’efforçant de la protéger ainsi que leur enfant.

Jean Seberg entre peu à peu dans la folie, entendant par exemple des voix depuis son frigo. En 1972, elle se remarie avec Dennis Berry, qui la maltraite. Son appartement parisien se transforme en cour des Miracles, alors que sa carrière bat de l’aile. Elle dit d’elle-même qu’elle a été « has been à 20 ans », et se définit comme la « Jane Fonda du pauvre ».

En 1979, elle rencontre Ahmed Hasni, son dernier compagnon. Hasni a sûrement joué un rôle dans sa disparition sordide, considérée comme un suicide, la même année. Myriam Anissimov rouvre ainsi l’enquête, sans aboutir à des conclusions fermes. Un an après, en 1980, Romain Gary se donne la mort, expliquant dans sa lettre d’adieu que son choix n’a aucun rapport avec Jean Seberg. Les deux artistes laissent derrière eux leur fils unique, Diego, élevé par une autre.

Le récit de Myriam Anissimov se lit comme le roman tragique d’une femme abusée à qui la célébrité n’aura pas réussi. La biographe de Romain Gary prouve à nouveau sa capacité à aller au-delà des mythes et à jeter une lumière crue sur la réalité.