MUSIQUE - "Pour une esthétique du metal" : entretien avec François Oualia autour de la programmation du Hellfest 2014
[samedi 03 mai 2014]



François Oualia mène des recherches sur les musiques metal, dans une perspective d’esthétique et de philosophie de l'art. Il concentre ses réflexions sur les aspects définitoires du vaste genre "metal", et sur la nature singulière de l’expérience musicale proposée à ses auditeurs. Nous nous sommes entretenus avec lui, autour de l’annonce de la programmation du Hellfest 2014.

 

On entend souvent dire que les recherches universitaires imposent à ceux qui les mènent une position de recul sur leur objet. Quelle est ton approche dans un festival comme le Hellfest, qui est aussi pour toi une formidable occasion de travailler sur les musiques metal ? Comment vis-tu ce moment ? 

François Oualia : Si je fréquente le Hellfest, comme d’autres festivals consacrés aux musiques extrêmes, c’est avant tout parce que j'aime ces musiques. Je n’y vais pas à la manière dont un sociologue arpente son terrain d’étude, par exemple. Le moment particulier du festival est entièrement consacré à l’écoute et au plaisir. Je défends une approche expérientielle de la musique (et des arts en général) qui invite en premier lieu à "faire l’expérience", de manière pleine, authentique et sincère. Sans cela, dans ma perspective, pas de théorisation possible.

Le dispositif-festival nous y invite en lui-même, de toute façon. Pendant trois jours, on lâche prise sur le quotidien, et on baigne dans la musique. Quand on y réfléchit, c’est tout de même un sacré luxe. Je pense que beaucoup de gens vivent le Hellfest de cette manière.

Quand je parle d’"expérience", c’est donc au sens fort du terme. Il ne s’agit pas seulement d’aller à des concerts. Il s'agit-là d'une véritable expérience esthétique, qu'il est impossible de répéter en dehors du dispositif-festival.

 

Justement, en quoi le dispositif-festival conditionne-t-il l'expérience de la musique live ? Dans le cas du Hellfest en particulier ?

Le Hellfest c'est d'abord une expérience soma-esthétique puissante : pendant trois jours, on assiste, debout, à près d'une trentaine de concerts d'une musique agressive et hyperesthésique. On a chaud la journée, froid le soir. On se nourrit n’importe comment et on boit pas mal. Il y a du bruit en permanence et du monde partout. On parle et on blague tout le temps avec des inconnus. On dort très peu. Ce dispositif joue un rôle déterminant : les conditions d'écoute participent, presque autant que la musique elle-même, à l’expérience singulière que nous en faisons. On arrive parfois à des états-limites du corps et de la conscience qui débouchent sur des expériences neuves.

Je peux par exemple te décrire mon Hellfest l’an passé. Dernier concert du festival, le dimanche à minuit. J’étais complètement mort. C’était Swans, un set de deux heures d’une musique hypnotique, psychédélique, avec des boucles qui n'en finissent pas. Eh bien, j'étais sur un nuage, totalement envoûté, la fatigue, les pieds, le dos, je ne sentais plus rien. Cette expérience-là, je n'aurais pas pu la faire dans un concert plus traditionnel, sans les conditions du festival ; c'est justement parce que j'en étais à mon vingtième ou trentième concert, que j'avais assisté avant aux lives de Marduk, d'Immortal, de Morbid Angel, de Dark Funeral, etc., que j'ai pu vivre celui de Swans de cette manière.

Bref, il y a des éléments que l’on retrouve dans tous les festivals, et puis d’autres qui sont assez spécifiques au Hellfest : le niveau d’attention collective des spectateurs pour la musique, et l’ambiance saine et tranquille, notamment.

 

Les gens sont souvent surpris lorsqu’on leur raconte cette ambiance, étant donnée l’imagerie assez violente véhiculée par le Hellfest et ses artistes. Peut-on dire qu’il s’agit d’un paradoxe ?

C'est vrai que le Hellfest est étonnement bon enfant, alors qu'on pourrait a priori s'attendre à une ambiance bien plus dark. Les gens y sont respectueux, bienveillants, passionnés. On trouve très peu de personnes complètement bourrées, défoncées et agressives, contrairement aux autres festivals rock ou electro. Je crois que cela vient du fait que la plupart des gens viennent au Hellfest principalement pour la musique, qu’ils connaissent en amont et apprécient vraiment. Dans les festivals plus généralistes, tu as souvent des groupes d’amis qui viennent avant tout pour faire la fête ensemble, dans une prairie avec des stands… La musique participe à leur trip, évidemment, mais la relation entretenue avec elle est plus secondaire.

Quant au paradoxe dont on parle, je ne suis pas sûr que c'en soit un. D'abord, rappelons (c’est toujours utile) que ce n'est pas parce qu'on est amateur de musique extrême, qu'on se comporte automatiquement de façon extrême. Ensuite, je pense que le metal, un peu comme le jazz d'ailleurs, est une musique d'initiés, justement parce qu'il ne se laisse pas apprivoiser immédiatement. Tout amateur a dû, à un moment donné, rencontrer le caractère dissonant et agressif de cette musique, et l’intégrer, pour accéder à ce qu'elle a vraiment à transmettre. Contrairement à des genres musicaux plus accessibles comme le rock, le reggae ou même l'electro, le metal requiert un effort, une interrogation sur soi et sur son rapport à la musique, une sorte de droit d'entrée. Je pense donc que les gens qui assistent au Hellfest sont, dans leur grande majorité, de véritables mélomanes, des passionnés. Quand tu réunis de vrais passionnés de musique dans un endroit, il est rare que cela se passe mal.

 

Je me fais ici le propagateur d’un cliché, mais ne pourrait-on pas expliquer l’ambiance tranquille qui règne au Hellfest par une fonction cathartique du metal qui consisterait à purger l'auditeur de ses passions négatives, et qui, de fait, cantonnerait la violence à la seule musique ?

Non, je ne crois pas beaucoup au raisonnement selon lequel l'auditeur de metal serait calme et bienveillant justement parce que la musique qu'il écoute ne l'est pas. On ne peut bien sûr pas totalement ignorer la dimension cathartique, il y a sans aucun doute un effet exutoire dans l'écoute de cette musique, mais je crois qu'il y a beaucoup plus que cela, quelque chose de l'ordre d'une attirance pour la noirceur, d'un réel plaisir esthétique à recevoir une telle expression de violence, de haine, de puissance. Quand tu fais des expériences esthétiques aussi fortes et significatives, évidemment que tu es tranquille, bien posé sur Terre et dans le monde. Mais c’est une opération positive. La vie est un phénomène puissant et violent, et si tu te sens bien dans un concert de metal, c’est parce que c’est une musique qui te dit la vérité à ce sujet. Ce n’est pas parce que tu serais en train de te purger de je-ne-sais-quelles passions mauvaises accumulées pendant l’année…

 

Tu as suivi, j'imagine, l'annonce de la programmation de l'édition 2014. Quelles réflexions t'inspire-t-elle ?

D’abord, un sentiment d’excitation. Comme tous les ans, il y a un bon cocktail entre grosses têtes d'affiche (Slayer, Iron Maiden, Black Sabbath, Deep Purple, Megadeth, Emperor) et une programmation plus pointue, avec de belles découvertes.

Il y a aussi des groupes grand public qu’on peut discuter un peu sur le plan stylistique, comme Aerosmith, Trivium, Millencolin, Kvelertak, etc. Mais il y aura de très grands groupes de heavy : notamment deux groupes quasi-fondateurs du metal il y a quarante ans (Deep Purple et Black Sabbath). Il y aura aussi deux représentants du big four du trash des années 80 (Slayer et Megadeth), et puis Iron Maiden dont on peut dire qu’il a un petit peu marqué l’histoire du metal, quand même ! Voilà des groupes très populaires mais extrêmement respectés par la plupart des amateurs de metal.

Quand on s’éloigne des têtes d’affiche, je suis aussi très enthousiaste devant cette prog’ 2014, qui est très structurée thématiquement. On remarque notamment un large espace accordé à des genres musicaux dans lesquels il se passe beaucoup de choses intéressantes aujourd’hui, comme le black metal ou le stoner. A l'inverse, le post-hardcore est un genre qui paye un peu les pots cassés cette année : peu de groupes, et pas de têtes d’affiche comme Neurosis ou Cult of Luna l’année dernière.

 

Pour rester dans les tempos lourds, il y aura en effet du beau monde sur la scène stoner : Unida, House Of Broken Promises, Lowrider, Monster Magnet, Clutch, etc…

Oui, et aussi des groupes moins connus mais porteurs du renouveau stoner comme les Allemands de Kadavar, les Français de Mars Red Sky, ou les Néerlandais de Herder. Et puis il faut noter aussi le retour du grunge, illustré par la programmation de Soundgarden et du très nirvanesque Seether.

 

Tu as évoqué la scène black metal, qui t’intéresse particulièrement je crois. Peut-on revenir dessus ?

Comme pour le stoner, je pense que les programmateurs ont senti un vent porteur autour du black depuis quelques années déjà. Dans la prog’, j’ai compté une bonne vingtaine de groupes de black (et encore, sans compter les groupes dits "symphoniques"). Mis à part la mouvance très underground, toutes les tendances seront représentées. Il y a notamment un beau plateau de true norvegian black metal : Emperor, Gorgoroth, Gehenna, 1349, Tsjuder. Mais on pourra aussi voir les représentants d'un courant plus récent, qui prend ses distances avec les codes du black norvégien des années 90, et dont Shining et Watain (tous deux programmés) sont un peu les leaders autoproclamés. Un courant qui, au son lo-fi et malsain du true black, préfère la puissance et la rondeur des productions. Sinon, je conseille en particulier le black atmosphérique et vraiment méchant des Polonais de MGLA, et celui assez spécial de Dordeduh. D’habitude, je ne suis pas très client des propositions metal qui introduisent des instruments dits "traditionnels" (à part l’album Souls at Zero de Neurosis bien sûr), mais Dordeduh m'a plutôt convaincu. Sinon, dans un esprit un peu différent, il faudra absolument voir les Français d'Aluk Todolo, qui jouent un black / drone assez hypnotique...

 

Je les ai vus sur scène, leur musique m'a fait penser, à certains égards, à celle de Magma... Ou à une sorte de krautrock qui se serait assombri et endurci...

Tout à fait d’accord, dans la mesure où il s’agit d’une musique très progressive, qui prend son temps pour s'installer et qui, petit à petit s'intensifie au point d'envoûter l'auditeur, de le conduire dans une sorte de transe un peu tribale.

Pour finir sur le black, il faut noter la présence de groupes assez originaux comme Enslaved qui jouent depuis quelques années un black metal progressif assez intéressant – même si, personnellement je ne trouve pas ça très abouti. Ou comme Urfaust, qui propose un black atmosphérique accompagné d'un chant punk totalement fou. Bon voilà, on ne va pas citer tous les groupes de black présents cette année au Hellfest, mais c'est sans conteste le gros point fort du festival.

 

Voilà qui contrebalance les nombreux commentaires qui regrettent une certaine dérive mainstream du festival…

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec ces commentaires. C’est certain qu’il y a toujours de grosses têtes d’affiche mainstream, comme dans tous les festivals de cette envergure. Il y a eu Kiss l’an passé, Europe il y a deux ans… Mais il faut relativiser. Les groupes mainstream familiaux sont vraiment minoritaires dans la programmation.

 

Oui, mais le débat est souvent lié à la question du prix des tickets, qui a cette année encore bien augmenté.

Je ne connais pas la cause de l’augmentation de cette année. Mais le Hellfest a toujours été un festival cher, parce qu’il reçoit beaucoup moins de subventions publiques que les autres festivals. C’est une question d’équilibre économique. Dans cette perspective, les têtes d’affiche sont chères, c’est certain, mais elles ramènent du monde : ça doit faire deux mois que le festival est sold out. Merci Iron Maiden !

Après, si l’on cherche des festivals moins mainstream, avec une programmation plus expérimentale, ils existent ; il y a par exemple le festival Impetus à Montbéliard ou le Black Metal Is Rising à Paris, ou même le Motocultor Festival. On ne va pas reprocher au Hellfest d'être ce qu'il est, c'est-à-dire un festival qui a pour ambition de réunir l'ensemble des publics apparentés au metal. 160 groupes programmés, c’est énorme (même si au final on en voit à peine une trentaine). Mais c’est vrai que cela produit un effet d’éparpillement qui fait que l’on s’éloigne parfois de "l’esprit" metal.

 

C'est-à-dire ?

Je ne veux pas trop dire de mal, mais quand on écoute certains groupes programmés comme Against Me, Turisas, Equilibrium ou Millencolin, le moins qu'on puisse dire est qu'on est loin de l'expérience esthétique noire et puissante que j’évoquais tout à l’heure.

 

Ces groupes-là seraient-ils moins "metal" que les autres ?

C'est justement tout l'enjeu de mes travaux : essayer de saisir ce qui, d'un point de vue esthétique, fait le metal. Quel est le dénominateur commun à toutes les formes de metal ?

Quand on réfléchit un peu à la question, on se rend vite compte que, musicalement, ou plutôt acoustiquement, il n'y a pas de dénominateur commun. A part le riff et la forte distorsion, il n'y a rien qui est commun à la musique de Black Sabbath, de Napalm Death et de Sunn O))). Certes, le metal a développé des techniques musicales qui lui sont propres (le growl, le blast beat, etc.), mais elles ne peuvent constituer à elles seules l'essence du genre, notamment parce qu'elles ne sont pas employées dans tous les sous-genres. Il faut donc chercher ailleurs, moins dans des caractéristiques musicales (ou musicologiques) qu'esthétiques. Ce qui m'amène à concevoir le metal comme une expression musicale d'affects négatifs, pour le dire rapidement.

 

Dirais-tu que Skyclad, Angra ou encore Equilibrium sont des "expressions musicales d'affects négatifs" ?

Premièrement, on se situe avec ces groupes aux frontières du genre, ce qui pose de nombreux problèmes sur ce qu'est un genre, ce qui le détermine, ce qu'il détermine, etc.

Disons que les groupes que tu viens de citer empruntent des éléments d'une grammaire metal (le black pour Equilibrium, le power metal pour Angra, etc.), mais restent en marge du genre.

 

Cela pose la question du genre, et de ses critères de définition. Est-on dans une approche immanentiste (les œuvres contiennent des critères objectifs qui les affilient à un genre) ou dans une approche interprétative (les genres sont ce que les gens en perçoivent culturellement) ? J’ai l’impression que pour les critères objectifs, on repassera. Mais comment éviter l’écueil relativiste inhérent à l’approche interprétative ? Pour certains, Angra fait partie du genre metal, au même titre que Slayer ou Emperor.

Pour répondre à cette question, il faut, comme le propose notamment Morris Weitz, considérer la notion de genre comme un concept ouvert, qui inclut celui qui le pense. Ainsi, quand j'écoute un album, je suis amené à prendre une décision : cet album présente-t-il suffisamment de caractéristiques pour être intégré à tel genre artistique ? Dans le cas d'Angra par exemple, je reconnais bien entendu un certain nombre de caractéristiques musicales empruntées au metal (riffs, distorsion, une certaine "massivité" des compositions, etc.), mais dans le même temps, j'entends des choses qui s'éloignent résolument de ce que je considère comme étant du metal (les voix pseudo-lyriques, les mélodies un peu mièvres, etc.). Ainsi, si pour moi, le metal est avant tout une question de violence ou d'agressivité, j'exclus Angra. En revanche, si je considère que la violence n'est pas ce qui fait le genre, mais que c'est plutôt la massivité des riffs, la distorsion des guitares, etc., alors je peux inclure Angra dans le genre metal.

Je trouve cette approche assez intéressante, puisque, même si elle s'inscrit résolument dans une approche analytique de l'art (on cherche ici l’essence du metal), elle laisse le champ ouvert à une certaine subjectivité et à une dimension plus expérientielle. Quant à l’écueil relativiste, à mon sens on n’y tombe pas tant que les auditeurs sont amenés à préciser leurs critères d’attribution de telle œuvre à tel genre. Il peut exister plusieurs définitions concurrentes du metal, l’important ce n’est pas de dire qui a raison ou tort. De toute façon le genre n’existe pas en dehors des discours et des représentations qui le constituent ; et puis, on n’est pas chefs de rayon à la Fnac, à se demander dans quelle box on classe tel ou tel artiste ! Non, l’important, avec cette idée du genre en tant que concept ouvert, c’est qu’elle nous aide à préciser nos idées sur la musique et l’expérience qu’elle nous propose.

 

N'est-ce pas d'ailleurs de cette manière que Christian Béthune aborde le jazz, comme un champ plutôt que comme un genre ?

Oui, complètement. Je crois qu'on peut tout à fait rapprocher les deux notions : champ artistique et concept ouvert. L'idée de champ est très parlante, un champ n'a pas d'existence propre, il n'est défini que par ce qui s'y trouve. C'est l'exemple du "champ de bataille" qui n'existe comme tel que parce que s'y déroule une bataille. Et dans ce champ de bataille, il y a des entités qui sont en plein cœur de la bataille, d'autres qui sont en seconde ligne et d'autres encore qui en sont plus éloignées. Les contours du champ de bataille sont formés par l'ensemble des entités qui participent activement ou non à la bataille. Si on transpose ce raisonnement au metal, on pourrait dire que le champ metal est composé de toutes les formes musicales qui présentent plus ou moins de caractéristiques propres au metal.

 

Mais alors, est-ce qu’on n’en revient pas aux caractéristiques essentielles qui fondent le metal ?

Oui, mais l'approche est différente, elle est empirique et non-exclusive. Elle permet de dire par exemple qu'Angra, ou un autre groupe un peu limite, emprunte des éléments propres au metal (distorsion, riffs , etc.) mais qu'il s'en éloigne par d'autres aspects (les voix, la légèreté mélodique, etc.). Il fait donc partie du champ metal sans pour autant représenter l'essence du genre.

 

Je reviens sur ton expression "expression musicale d'affects négatifs". Il existe d'autres genres musicaux qui sont des expressions d'affects négatifs, le blues bien sûr, le punk dans une certaine mesure, mais aussi certains courants en electro ou en musique contemporaine…

Tu as raison, le metal n’a pas l’exclusivité de l’expression de la violence existentielle et des affects négatifs. Seulement là, c’est le médium, la musique elle-même, qui devient violente, contrairement à ce qui se passe avec le blues par exemple, où la souffrance est dans les lyrics avant tout. La musique metal, de son côté, n’exprime pas seulement ce dont elle traite, elle est ce dont elle traite. Les caractéristiques musicales courantes du metal sont issues de techniques ayant pour effet de d'accentuer le côté violent ou malsain de la musique : le triton, le growl et ses dérivés, le blast beat, l'extrême distorsion, le picking, etc.

Pour ce qui est du punk, la distinction est moins évidente, notamment parce que les passerelles avec le champ metal sont fréquentes (à travers des sous-genres comme le hardcore, le grunge, etc.). La dissonance, l’esprit de provocation, l’idée de prolonger la musique rock en la radicalisant, etc., tout cela rapproche le punk du metal. Mais le punk a aussi, souvent, quelque chose de plus positif et festif, il est dans l’ensemble moins sombre et moins technique que le metal.

 

Revenons à la programmation de cette édition 2014 du Hellfest. Quels en sont les concerts immanquables selon toi ?

Cela reste subjectif, et dépend des goûts de chacun, mais pour moi, dans les gros groupes, il serait dommage ne pas voir Iron Maiden, Slayer, Black Sabbath, Deep Purple et Status Quo. Pas pour l’effet de surprise, bien sûr, mais pour la légende. Au moins tu les as vus une fois, tu pourras le raconter à tes enfants.

Ensuite, il y a des groupes un peu plus clivants, mais qui vont, à coup sûr, proposer une grosse performance scénique, comme Emperor. Mais aussi Sepultura, qui "n’est plus ce que c’était", d’accord, mais dont le nouvel album laisse présager un son très très puissant.

Pour ceux qui voudront assister à un gros show de black metal, le live de Watain devrait être à la hauteur de celui de 2010, au risque d'en faire un peu trop dans le decorum. Comme Watain s’est un peu FM-isé dernièrement, les puristes amateurs de son black bien glacé, hostile et décharné, pourront se rabattre sur Gorgoroth.

Je ne suis pas un grand amateur de hardcore, cependant j'irai probablement faire un tour sur la Warzone pour assister à un bon live de NYHC avec Pro Pain. Dans un genre différent, il y aura aussi le punk déjanté des Misfits.

Si on aime les sons lourd, gras et planant développés sur une racine blues, il ne faudra pas manquer Acid King, ni les lives d'Electric Wizard, et Unida (fondé par John Garcia de Kyuss). A noter aussi, la participation de Spirit Caravan de l’incontournable Wino (Saint Vitus, The Obsessed) qui revient chaque année au Hellfest avec une des ses multiples formations.

Pour ceux qui aiment "le bruit et la fureur" dans son expression la plus pure, je conseille les concerts de Tsjuder et 1349 pour leur black radical, ainsi que ceux de Brutal Truth (death/grind) dont ce sera un des derniers concerts (ils se sépareront à la fin de l'été). Sans oublier Carcass évidemment…

Une de mes belles découvertes cette année, c’est le nouveau projet de Phil Anselmo (Phil Anselmo And The Illegals), dans un style bien plus trash que Down. Anselmo, qui comme Wino, s'arrange toujours pour jouer au Hellfest, quelle que soit la formation avec laquelle il tourne !

 

Puisqu’on a parlé de Carcass, on peut aussi en profiter pour mentionner un plateau death très fourni, avec notamment Unleashed, Pungent Stench, ou le tribute to Death !

Oui, tu as raison, c’est là aussi du haut niveau. Pour ma part, je citerai Nile, sacrément efficace sur scène, et Nocturnus qui joue un death "spatial" hyper technique. Il faut aussi mentionner la nouvelle participation de Behemoth qui vient de sortir un album assez impressionnant : The Satanist.

 

On a parcouru des groupes déjà très réputés. Au niveau des découvertes, aurais-tu des groupes plus confidentiels à conseiller ?

Il y a Conan et son gros doom dégueulasse (c'est un adjectif laudateur chez moi), Weekend Nachos qui propose une sorte de grind à la fois très lourd et très rythmé, Black Tusk qui joue un sludge hyper efficace, et puis du black avec MGLA et Urfaust. On aura aussi une programmation de groupes français vraiment très bons. Dans des styles très divers, je recommande Necroblood (qui joue un death magnifique) ou Mars Red Sky (du stoner plus planant) ; il faudra choisir, cependant, puisqu'ils joueront en même temps le vendredi à l'ouverture. Le dimanche, il faudra voir les punks tarés de Cobra, et bien sûr Aluk Todolo dont on a déjà parlé. Le problème avec ces groupes-ci c'est qu'ils sont programmés tôt dans la journée, et qu'ils n'auront probablement pas toute l'attention qu'ils méritent.

 

Ce qui est marquant dans l’expérience esthétique propre aux festivals, ce sont les enchaînements. Cette année, qu'est-ce qui s'augure de bon à la lecture du running order ?

C’est vrai que les enchaînements font partie intégrante de l’expérience festival. Un live ne vaut plus seulement pour lui-même, mais il prend une certaine valeur en fonction du live qui le précède et de celui qui le suit. L’an passé, je me souviens d’un enchaînement Gojira / Dark Funeral / Marduk (l’apogée du festival pour moi) / Swans. Je te cite de mémoire, il y avait peut-être une pause à un moment. Mais cet enchaînement sur des scènes différentes m’avait vraiment fait décoller.

Pour cette année, bien sûr ça dépend des goûts. Si on aime le black et rien d’autre, par exemple, on ne se pose pas de questions, on s’installe confortablement sous le chapiteau de la scène Temple, et on y reste pendant trois jours. Quand on a envie d’alterner un peu les genres et les scènes, on va surtout avoir de gros dilemmes. Par exemple, le dimanche soir, c’est un peu rageant d’avoir Black Sabbath, 1349 et Unida qui jouent en même temps sur trois scènes différentes. A d’autres moments, on a des enchaînements plus faciles, heureusement. Le début de journée du vendredi est très fort : Necroblood, Weekend Nachos, Conan, Kronos, Impiety. On peut voir cinq groupes de haut niveau à la suite entre 11h et 13h30. Le vendredi, autre enchaînement exceptionnel à la nuit tombée : Pro Pain, Iron Maiden, Watain, Electric Wizard, Slayer. Le samedi après-midi, vous pouvez aller de Shining à Deep Purple, en passant par des propositions aussi variées qu’Acid King, Status Quo et Tsjuder. Enfin, le dimanche, un dernier enchaînement pour le moins éclectique – Misfits, Emperor, Black Sabbath (le début), 1349, Opeth – ne devrait pas décevoir ceux qui le tenteront.

 

Enfin, pour ceux qui, ayant lu cet entretien, voudraient te "parler" pendant le Hellfest (je pense notamment aux fans d’Angra), comment pourront-ils te repérer dans la masse des festivaliers ? Est-ce qu’on peut leur révéler que tu as la jeune trentaine, et une dégaine de hipster-bobo-parisien ?

Je crois qu'ils l'auront compris tout seuls en lisant l'interview !

 

 

 

Compléments :

Le running-order du Hellfest 2014.

Le site officiel du festival.

 

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- Hellfest, metal et musiques extrêmes

- On était au Hellfest 2012 : metal et musiques extrêmes sous le soleil de Satan

 

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