<p>Quelques semaines avant son ami Lionel Jospin, Claude All&egrave;gre lance dans <span style="font-style: italic;">La d&eacute;faite en chantant</span> l&rsquo;offensive sur &laquo; les crocodiles &raquo; du PS, &laquo; incapables et paresseux. Ce qui ne les emp&ecirc;che pas d&rsquo;&ecirc;tre ambitieux. &raquo;. Celui qui se d&eacute;finit comme &laquo; le symbole de la r&eacute;forme &raquo; s&rsquo;attache dans cet ouvrage &agrave; tenter de d&eacute;truire les ambitions de ceux qu&rsquo;il tient pour responsable des d&eacute;faites de la gauche. Pour mieux reconstruire ?</p>

Les coulisses d’une défaite, telle est la promesse de Claude Allègre et de Dominique de Montvalon, son interlocuteur dans La défaite en chantant. Un ouvrage de plus sur la défaite de Ségolène Royal ? Oui, mais pas seulement car ce livre aurait tout aussi bien pu être intitulé Les défaites en chantant. En effet, si de manière très attendue, Claude Allègre est très sévère envers Ségolène Royal, il n’hésite pas non plus à revenir sur la défaite en 2002 de son « ami de quarante ans » Lionel Jospin et à critiquer et regretter ses errements. Pour nous plonger dans « le calvaire de la gauche », l'ancien ministre use de son « droit d’inventaire » sur les campagnes de Lionel Jospin et de Ségolène Royal, mais aussi sur le bilan de François Hollande à la tête du parti socialiste, les gouvernements Jospin, sur une part des années Mitterrand et… sur la campagne de Nicolas Sarkozy.

Pour asseoir sa légitimité d’analyste de cette « crise » du Parti Socialiste, celui qui voit l’université comme sa « mère » s’appuie sur son statut de scientifique - avec insistance - et sur la distance qu’il prétend, de ce fait, avoir avec la politique : « J’ai écrit des livres parce que j’aime travailler et écrire. Alors permettez-moi d’insister, tout cela n’a vraiment que peu de rapport avec les histoires d’« éléphants » ou de « crocodiles » que vous évoquiez. Oui, j’aime la politique, mais comme citoyen. Lorsque j’ai eu l’occasion d’en faire pour construire et innover, j’en ai fait. Mais j’ai toujours gardé un regard distancié vis-à-vis d’un monde auquel je n’appartiens qu’à moitié. Aujourd’hui, plus que jamais, ce monde-là a besoin de critiques constructives. J’essaie donc d’apporter ma pierre. Quant à l’amertume, je la laisse à ceux qui ont perdu un combat qu’ils étaient « sûrs de gagner ».»

Les critiques constructives sont - c’est vrai - nombreuses, notamment dans l’analyse des « années Jospin » où le « plus proche conseiller » du Premier Ministre sait poser assez justement les échecs et les réussites du gouvernement et de la campagne de 2002. Claude Allègre puise une partie des sources de la défaite de 2007 dans le mandat de Lionel Jospin : arrivée de François Hollande à la tête du PS et remaniement ministériel ne laissant pas de place à la nouvelle génération et à la diversité ; « Ensuite, quand Jospin a décidé en 2000 de remanier son gouvernement, il a commis une faute énorme. Quelle faute énorme ? Pardonnez-moi de vous dire les choses crûment : d’abord parce que j’ai été sorti. J’étais en effet le symbole de la réforme ».

Ce retour sur l’histoire étant fait La défaite en chantant nous décrit - peut-être trop longuement - une Ségolène Royal ambitieuse, incompétente, et uniquement préoccupée par son image ; de sa « cohabitation » avec Claude Allègre à l’Education nationale et jusqu'à sa défaite de 2007 tout épisode est prétexte à ce portrait. Pour autant, Claude Allègre reconnaît « à Ségolène beaucoup de qualités » et « pense que [ses] camarades du PS ont non seulement tord de la mépriser, mais ont tord de continuer à la sous estimer ». Celui qui ne l’a jamais soutenu s’attache à nous décrire précisément les intrigues visant à l’empêcher de s’imposer hier comme candidate à la présidence de la république et demain à la tête du parti socialiste. Les désillusions d’un François Hollande, dépassé par l’ascension de sa compagne, les espoirs et tractations des « crocodiles » du PS, mais surtout - en toile de fond quasi permanente - les hésitations d’un Jospin, et une certaine admiration pour un Sarkozy que rien ne semble arrêter, fondent la trame de ces conversations.

De fait, lorsque Dominique de Montvallon invite Allègre à livrer son ressenti sur Nicolas Sarkozy ses mots se font plus tendres que pour les ténors du parti socialiste et parfois même admiratifs. « C’est vrai, j’observe avec beaucoup d’intérêt et, je le dis, d’admiration les efforts de Nicolas Sarkozy pour moderniser la France. Et je l’aide discrètement dans mon domaine de compétence lorsqu’il me le demande. »

Pour autant il ne s’agit pas de « passer de la rive gauche à la rive droite », « être de gauche c’est un humanisme, une manière de voir l’homme et la société. Etre de gauche - permettez-moi d’être très direct -, c’est d’abord être optimiste sur la nature humaine, et sur la capacité de l’homme à faire évoluer la société vers plus d’harmonie, donc plus de justice. Pour un homme de gauche, l’épanouissement d’un individu passe par celui de la société, dont il est un élément actif, un citoyen ».

La défaite en chantant est donc une série d’intrigues, de commentaires, de portraits – souvent au vitriol -, non dénués d’intérêt mais dont on peine à croire qu’ils ont pour objet de « construire et innover ». Ils semblent plutôt dessinés à détruire les ambitions de Ségolène Royal et à soutenir l’hypothétique retour de Lionel Jospin. Si Claude Allègre ne tient pas totalement sa promesse de « laisser l’amertume à ceux qui ont perdu un combat qu’ils étaient sûrs de gagner », il nous livre malgré tout un témoignage personnel et passionné d’une gauche qui se cherche –comme lui ?- un horizon.

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