Arts et Sciences : Toute la mesure du monde
[samedi 27 avril 2013]



Evariste Richer, artiste, 40 ans. Actuellement exposé au Palais de Tokyo, le travail de cet artiste nous reconduit aux questions liées à la mesure du monde, mesure à laquelle nous devons, comme chacun sait, la notion grecque de géométrie (geo-metron). La question est d'importance, on en conviendra, et plus encore lorsqu'on s'intéresse aux rapports arts et sciences. Le regard de l'artiste ne peut que renforcer notre questionnement sur ce rapport de l'homme à la mesure des choses : néon en rayon vert, relevés de Cumul pluviométrique qui produisent des toiles abstraites, sondes d'avalanches graduées, papiers millimétrés réalisés à main levée, niveau à bulle circulaire, ...

Des œuvres de cet artiste, il existe un catalogue qui reprend pas à pas la parfaite cohérence d'un travail qui, du "Mètre agrandi" de 1994 (photographie agrandie à environ deux mètres d'une règle d'un mètre de long), à "Ecran" (2008), papier sérigraphié de petits points, s'évertue depuis une quinzaine d'années à faire mentir les instruments de mesure du monde. On le trouve chez : Co-édition La Galerie, Centre d'art contemporain de Noisy-le-Sec, 49 Nord 6 Est FRAC Lorraine, galerie schleicher+lange, Paris, Editions B42, avec le concours du CNAP.

Lors d'une exposition antérieure à l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, on écrivait de lui : Depuis le milieu des années 1990, Evariste Richer s'attache à produire une œuvre sensible aux tentatives (parfois désespérées) de compréhension du monde. Cet intérêt chaque fois réaffirmé le conduit à porter son regard, non pas directement sur les mécanismes de l'univers mais sur ceux qui président à l'exercice de sa connaissance ou de sa reconstitution. Se saisissant des outils des sciences et de la culture (météorologie, climatologie, physique...), il délimite un territoire d'intervention paradoxalement rigoureux et décalé qui s'appréhende finalement comme un lieu de recherches nouvelles.

En ce sens, on reconnaît aisément que l'artiste travaille à la charnière des arts et des sciences, pour autant qu'il y ait interrogation réciproque. Et cette interrogation vise aussi bien l'inventaire plus ou moins exhaustif d'informations scientifiques de tous types (la notion de rectification, celle de principe d'incertitude), que la reconstruction de phénomènes naturels (rayon vert, ...), ou la réactivation de techniques anciennes, notamment liées au développement photographique.

En ce qui concerne l'exposition actuelle au Palais de Tokyo, l'artiste inscrit son travail dans le programme "bibliothèque d'artiste" de ce lieu d'exposition parisien. Chaque saison - nous en avons déjà commenté plusieurs - en effet, un artiste est invité à réaliser une exposition donnant accès à un espace qui n'existe que par et dans son esprit (comme autrefois, sous un autre titre, certaines expositions exposaient au public le mode de fonctionnement de l'esprit de l'artiste). En un mot, l'artiste présente ou met en scène les connexions implicites de son univers mental. Et les organisateurs d'expliquer, concernant Evariste Richer : "Lors de la chute accidentelle d'une calcite, l'abbé René Just Haüy constate la continuité moléculaire reliant ses fragments épars à leur ensemble d'origine, point de départ de sa typologie des espèces minérales. Les progrès de l'optique entre les années 1930 et 1950 permettent de produire des photographies fidèles du ciel et une mise au carreau cartographique des nébuleuses de Magellan. Au sein de son exposition où l'atelier devient observatoire, Évariste Richer juxtapose l'enfoui minéral et le lointain céleste afin d'éprouver, en un va-et-vient permanent, le continuum qui relie ces visions fragmentées et englobantes".

C'est ainsi qu'une bobine de 8849 mètres de fil de cuivre illustre une métonymie de L'Everest et qu'un dé tournant sur lui-même à toute vitesse devient un Grêlon noir.

Mais ce qui est plus explicite encore, c'est que l'artiste renvoie la question de la mesure scientifique à celle d'un triple écart. Ecart entre le discours scientifique et le réel, lequel est constitutif de la démarche scientifique. Ecart entre l'instrument scientifique et les interprétations que l'on déduit. A quoi s'ajoute que l'artiste intervient de l'extérieur, provoquant un nouvel ou troisième écart, susceptible d'inquiéter les croyances trop peu rigoureuses en des visibilités immédiates.

 

* Plus d'informations sur le site du Palais de Tokyo

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