La phrase

Le désespoir me paraît éminemment raisonnable et ennuyeux. Je n’ai aucune patience face à des artistes dont la fonction première est de formuler l’impossibilité de leur art, qui en un sens font de la mélancolie un produit de consommation – tout comme je ne m’intéresse pas aux artistes qui sont exclusivement affirmatifs et qui ont fait de la stupidité de la culture un fétiche commercial. Les ballons en forme de chiens, etc. Je crois que le plaisir sexuel, la couleur étrange du ciel après un orage, le flot des feux arrière des voitures sur un pont ou la façon dont le silence s’affine ou s’épaissit avant que la musique ne commence – le politique doit harnacher tout cela. Le politique doit poser un harnais sur le libidinal.  

Ben Lerner, The Believer, septembre 2014 (traduction de nonfiction)

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Arts et Sciences : des lieux d'échanges ?
[dimanche 17 février 2013 - 11:00]

Nous ne cessons de questionner l'articulation (réelle, possible) des sciences, non seulement entre elles, mais aussi avec les autres disciplines, notamment les arts, si la pratique artistique en est une (discipline). La perspective de recherches transdisciplinaires a non seulement une signification, mais aussi des applications tout à fait sérieuses, à côté de propositions un peu folkloriques ou simplement publicitaires. Encore, en ce nouveau domaine, les évaluations sont-elles délicates à conduire, et les critères de référence peu élaborés.

L'un des problèmes auxquels nous nous heurtons, est la constitution d'institutions favorisant l'articulation. Pour cela, en effet, il faut penser un chaînon actuellement manquant entre les disciplines et les pratiques, chaînon médiateur favorisant les expériences de co-construction de procédures transdisciplinaires.

Sur ce plan, il convient de rappeler qu'existent des tentatives intéressantes, dont la part dans la perspective que nous dressons pourrait n'être pas négligeable, dans l'avenir. Artistes et scientifiques pourraient trouver matière à rencontres et à projets dans les programmes participatifs régionaux (Partenariat Institutions-Citoyens pour la Recherche et l'Innovation, Île de France (PICRI) ; Appropriation sociale des sciences, Bretagne (ASOSC)), dans les projets du réseau REPERE (Réseau d'échange et de projets sur le pilotage de la Recherche et l'Expertise), ainsi que les jurys citoyens qui contribuent à dessiner une forme de participation de la société civile aux orientations de la recherche scientifique et technologique.

En marge de ces institutions en cours d'amplification, existent d'autres carrefours possibles de la recherche scientifique et de la pratique artistique.

Par exemple, il semble que les "boutiques de sciences" commencent à apporter une contribution spécifique à cette dimension transdisciplinaire. Rappelons que ce concept se développe dans les années 1970 aux Pays-Bas. En 1982, s'ouvrent, en France, plusieurs boutiques de ce type. Certes, ces boutiques n'ont pas perduré. Elles étaient trop proches des travaux promus par les CCSTI (Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle). une seule adresse survit que nous reproduisons ici pour les lecteurs qui désirent l'approcher : La boutique des sciences.

"Boutique" est un terme incertain pour un lieu qui n'a rien de commercial. Il s'agit plutôt d'une structure de rencontres, de conseils et de définition d'une recherche émanant d'une demande de la société qui dépasse la simple demande d'expertise. Elle analyse des usages, offre des contacts interdisciplinaires, passe aussi pour un outil de rapports, dont les résultats, produits dans ce cadre, sont publiés dans des archives ouvertes.

Chaque boutique doit évidemment être conduite par un comité de pilotage, comprenant l'ensemble des parties prenantes, et susceptible de favoriser les plans de financement des activités entreprises en commun.

Enfin, chaque boutique doit pouvoir servir d'instance de discussion et de décision, les demandes des uns et des autres, chercheurs et artistes, devant être reformulées ou retraduites à partir des échanges.

On s'apercevra alors sans doute de ceci : plus les discussions et interactions augmentent, plus émergent de nouvelles questions, de nouvelles pistes de travail pour nos sociétés, des projets de remise en œuvre de telle ou telle question ou de tel ou tel domaine. Mais cela serait sans aucun doute complété aussi par tout un dispositif de mise en relation avec le réseau international de la recherche et de l'ouverture sur l'interdisciplinaire.

De telles boutiques ouvriraient des espaces nouveaux gouvernés par les citoyennes et les citoyens. Elles ne se contenteraient pas de prôner l'interdisciplinarité, elles donneraient lieu à des dialogues, des partenariats, des usages qui se conjoindraient aux déploiements en cours de la démocratie participative, à certains niveaux de notre "développement" social et politique !.

 

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Christian RUBY
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