<p>Les deux volumes publi&eacute;s se proposent d&rsquo;examiner l'affiche comme l'un des marqueurs de la vie politique en France.</p>

Communisme et anticommunisme sont indissociablement associés, la publication et la lecture conjointe des deux ouvrages poussent à cette première considération. Vient s’y ajouter immédiatement une deuxième : rien n’a été mieux partagé que l’anticommunisme puisqu’il va de la gauche libertaire à l’extrême droite. Enfin, une troisième surgit à la lecture des titres et à la mémoire posthume de ces phénomènes : l’anticommunisme demeure entaché d’une coloration négative, son utilisation par les régimes d’extrême droite ayant fait de ce terme un repoussoir résumé par la formule de Sartre "un anticommuniste est un chien". L’anticommunisme signifie le conservatisme, la réaction, voire la collaboration, alors qu’il aurait pu aussi être associé à la démocratie, au syndicalisme, au socialisme ou à l’anarchisme. Inversement, le communisme en général et le PCF en particulier sont marqués par une empathie générale dans la société française. In fine, le communisme incarne la défense des exploités, le Front populaire, la Résistance ou encore l’anti-américanisme, comme si les dizaines de millions de suppliciés du joug communiste s’étaient dissous dans un "bilan globalement positif".

Les deux ouvrages en sont l’illustration involontaire. Le volume consacré à l’anticommuniste est ainsi associé aux symboles de la mort "Mort aux bolchos", reprenant en couverture une affiche de la collaboration, alors que l’ouvrage consacré au PCF commence par une affirmation positive "Vive les soviets". Les deux volumes publiés se proposent d’examiner l'affiche comme l'un des marqueurs de la vie politique en France. Ils puisent dans les thématiques déjà utilisées par l’ouvrage pionnier de Philippe Buton et Laurent Gervereau publié en 1989, remarquablement préfacé par Annie Kriegel.

Le premier ouvrage est consacré à l’affiche communiste. C’est d’abord et surtout un prétexte à une histoire du PCF illustrée par des affiches. La thèse principale repose sur l’idée que le communisme, via les illustrations de Jules Grandjouan puis de quelques-uns de ses illustres successeurs, est un instrument de modernisation de la vie politique et corrélativement de ses formes d’expression. Chaque décade de l’histoire du PCF est marquée par un style et un thème que le livre analyse en sept chapitres. Les deux premières décennies sont illustrées par la greffe du communisme sur le monde ouvrier français, comme le soulignait Annie Kriegel, rendue possible par le passage des syndicalistes révolutionnaires au communisme à la faveur de la grande grève des cheminots du printemps 1920. S’il retrace correctement l’histoire du PCF, l’ouvrage procède à de nombreux va-et-vient rendant parfois la lecture et l’analyse délicates. Le choix chrono thématique laisse parfois perplexe. Que conclure en effet en comparant et en opposant le bleu blanc rouge d’une affiche du mouvement Amsterdam Pleyel en 1936 à une affiche antimilitariste de 1932 (période classe contre classe, paroxysme de l’affrontement contre les socialistes) alors que la première affiche, certes réalisée avec les couleurs nationales, reprend la majeure partie des symboles et des thématiques du communisme international ? Après l’entre-deux-guerres, l’ouvrage fait l’impasse sur les affichettes produites pendant la Seconde Guerre mondiale pour reprendre avec les affiches des années 1945 aux années 1990, chacune illustrant une thématique dominante : la libération et l’hommage aux héros ; la guerre froide prise entre pacifisme et américano et euro phobies ; l’incarnation des revendications entre anticolonialisme, antifascisme et ouvriérisme ; l’hostilité faite de complicité face au gaullisme ; la fin du PCF avec les années Mitterrand marquée par la haine vis-à-vis de la social-démocratie. L’ouvrage sur le PCF montre finalement un PCF national et nationalisé, la dimension internationaliste ou le "bilan globalement positif" sont relativement peu présents. Cet ouvrage laisse finalement transparaître une influence de l’objet d’étude sur l’auteur. Ce livre reprend en parti les éléments de la propagande du PCF. Ce parti est le parti du peuple assurant une fonction tribunicienne de défense des petits contre les gros (selon l’expression de Georges Lavau) ayant participé, au moins jusqu’au années 1970, à la modernisation de la vie politique en France, alors que les principales innovations artistiques viennent en réalité des Etats-Unis, et sont reprises d’abord par les graphistes soviétiques puis par les communistes français. La céphalophorie du PCF de la dernière période ne peut masquer son code génétique celui-ci demeure présent traduisant d’abord l’influence du soviétisme adossé à ses mythes fondateurs.

Le deuxième volume consacré à l’iconographie anticommuniste procède par un regroupement thématique. Chacune des affiches anticommunistes répond à des affiches communistes ou à un thème de propagande du Parti. En effet, les affiches publiées par les différents partis et groupes politiques se veulent des réponses à la propagande communiste émetteurs d’affiches anticommunistes. Si l’anticommunisme est partagé par tous les partis politiques, deux groupes sont les principaux producteurs d’affiches anticommunistes : le centre de propagande des républicains nationaux entre 1927 et 1939 – plutôt marqué à droite et dont la principale cible a été Léon Blum – et Paix et liberté entre 1950 et 1956, qui participait d’un arc allant de la gauche de la SFIO au RPF. L’anticommunisme de l’extrême droite et du régime de Vichy occupe dans l’ouvrage une place particulière. La juxtaposition des différentes affiches anticommunistes montre que si parfois leurs ressorts se recoupent, elles demeurent différentes les uns ls autres se revendiquant explicitement des principaux démocratiques alors que les autres représentent des miroirs totalitaires du communisme. Elles permettent de voir par la même que contrairement à ce que voulait faire croire le PCF il existait des sensibilités extrêmement variées dans les formes d’opposition au communisme Ainsi la comparaison entre fascisme et communisme comme la dénonciation de la dictature sont utilisées que par les affiches de gauche (libertaires ou socialistes), certaines affiches gaullistes et par le mouvement paix et liberté. Inversement, le thème de la trahison et la soumission à l’URSS revient surtout à la droite extrême de l’échiquier politique comme le thème du complot qui est lui utilisé comme en miroir de l’affiche communiste par l’extrême droite et par les affiches collaborationnistes. Or, le regroupement thématique gomme ces différences fondamentales, dans cet esprit il semble surprenant de voir sous le libelle défense de la République des affiches produites par le régime de Vichy ou les organismes collaborationnistes. C’est d’autant plus dommageable à l’ouvrage que les ressorts les mieux analysés sont finalement ceux de l’extrême droite et du régime de Vichy que l’auteur spécialiste reconnu du sujet connaît fort bien. A cet égard les chapitres sur le socialisme national contre le bolchevisme et la croisade contre le bolchevisme sont pertinents.

Il est également possible de regretter l’absence de la quasi totalité d’affiche texte, majoritaires dans l’entre-deux-guerres, et d’une réflexion sur l’affiche qui dans les deux ouvrages est finalement prise à titre illustratif. Cependant, ces différentes remarques ne doivent pas gâcher la qualité de la reproduction des affiches proposées, ni la finesse de certaines analyses#nf#