Suivez-nous

FacebookRSS

Géographie

Grand Paris : Sortir des illusions, approfondir les ambitions

Couverture ouvrage

Marc Wiel Jean-Pierre Orfeuil
Scrineo Editions , 328 pages

Une critique caustique du Grand Paris
[mardi 13 novembre 2012]
 Une analyse caustique et rigoureuse du projet "Grand Paris", un plaidoyer pour une autre réflexion métropolitaine

Cet ouvrage s’appuie sur un parti pris : une fois qu’une décision est prise, surtout si elle apparaît contestable, rien n’empêche de continuer à penser, à proposer, bref, à peser sur le devenir d’un projet. Aussi, les auteurs nous invitent-ils à revisiter la pertinence du projet de métro autour de Paris et des prolongements "urbanistiques" que celui-ci connaît avec les contrats de développement territorial. Un prisme d’analyse est privilégié : la qualité de vie des millions d’usagers des différents réseaux de transport d’Ile-de-France. Pourquoi réinterroger ce projet ? Parce qu’un simple regard sur les expériences passées de grands projets nous apprend comment ceux-ci peuvent évoluer au gré des circonstances, notamment financières. 

Le livre est écrit à quatre mains : celles de Jean-Pierre Orfeuil, professeur d’urbanisme et spécialiste des transports, et celles de Marc Wiel, directeur de l’agence d’urbanisme de Brest pendant 20 ans, aujourd’hui consultant et chercheur. Trois parties composent l’ouvrage : un récit de la prise de décision autour du projet du Grand Paris ; une analyse des enjeux de mobilité suivie de propositions ; enfin, une réflexion sur les mécanismes de "production de la ville". La première partie est partagée par les deux auteurs qui se prennent ensuite en charge chacune des deux dernières. 

La première partie est le récit des différentes décisions qui ont conduit à une loi sur le Grand Paris, votée en juin 2010, puis en janvier 2011, suite à un accord partiel entre la Région et l’Etat sur le réseau du Grand Paris Express. Par-delà le vaudeville politique, les auteurs pointent un aspect sûrement moins connu, et peut-être plus inquiétant, de l’histoire de ce projet. Ce projet, pourtant estimé à plus de 25 milliards d’euros, s’appuie sur des études préliminaires très frustres, que ce soit pour évaluer l’économie interne du projet, la dérive potentielle des coûts et la clientèle future. Les auteurs ne tranchent pas pour déterminer si cette évaluation approximative des projets, qui était tout à fait patente dans l’ouvrage rédigé par Christian Blanc en 2011, est le résultat de l’ignorance ou de la ruse. En tout cas, les lecteurs pourront enrager de découvrir que les justificatifs à apporter à la dépense publique sont parfois inversement proportionnels à l’ampleur de son montant. 

La deuxième partie de l’ouvrage dresse un tableau des enjeux de mobilité. Elle s’arrête sur les questions oubliées, notamment la place de l’automobile dans le fonctionnement métropolitain, assez souvent passée sous silence, comme si le déni valait vertu écologique. Elle se clôt par différentes propositions. Certaines sont simples et séduisantes telles qu’instaurer une prime significative obligatoire pour les salariés qui optent pour la marche à pied ou le vélo, alors que seuls les utilisateurs des transports collectifs sont aidés par leurs employeurs. Beaucoup de propositions sont orientées vers l’amélioration du réseau existant (installation de portes palières sur les lignes de métro, instauration de lignes express en heure de pointe pour les métros, multiplication de l’offre sur le RER en abandonnant le systématisme des services "en diamétral" qui traversent Paris, etc.). Utiliser d’abord l’existant et privilégier toujours la proximité plutôt que d’inciter à un accroissement des distances: tels sont les deux principes qui traversent l’ensemble des propositions et des critiques des projets actuels. 

La troisième partie est centrée sur l’urbanisme, ou plutôt sur les interactions entre le développement urbain et les mobilités. Marc Wiel dresse une utile mise au point sur certaines " facilités " de la pensée urbanistique contemporaine : la densité autour des gares, la promotion du logement social et le développement du transport collectif ne suffiront pas, à eux seuls, à répondre aux enjeux complexes d’une ville plus durable. L’auteur pratique donc l’art du contre-pied et celui-ci est parfois acrobatique. Le lecteur aimerait que les propositions multiples de l’auteur soient davantage contextualisées pour imaginer leurs traductions concrètes, notamment sur la question foncière. Peut-être dans un livre à venir ? Parmi toutes les propositions, nous pouvons en retenir une, qui va à contre-courant de cinquante ans de planification régionale : l’unification du marché de l’emploi francilien ne devrait plus être l’objectif – parfois implicite – de l’aménagement régional. Voici de la matière à penser pour une réflexion pluridisciplinaire, notamment avec des économistes, sur le devenir des métropoles. 

Cet ouvrage fournit différentes propositions mais non un schéma global : il invite à ouvrir, pour le Grand Paris, un grand débat ou plutôt, de multiples débats sur des sujets aussi variés et conflictuels que le statut des entreprises de transport collectif, la place des deux-roues, le partage de l’espace public, la captation des plus-values foncières ou encore le financement des transports.

 

* Lire aussi sur nonfiction.fr : 
"Quel avenir pour le Grand Paris ? Entretien avec Philippe Subra", par Damien Augias

 

Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo
A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr