Michel Onfray a repris son bâton de pèlerin athée contre la civilisation judéo-chrétienne. Pour la clouer au pilori avec le sens de la mesure qu’on lui connaît, il s’est lancé le 7 juin dernier dans Le Point dans un éloge de l’œuvre du philosophe Jean Soler, auteur récent de Qui est Dieu ? (Editions de Fallois). Reprochant aux médias et à l’université leur ingratitude envers un homme aussi érudit et subtil, Michel Onfray rappelle les six idées reçues sur le judaïsme que Jean Soler discute sur le plan théologique. La dernière donne un aperçu du ton de cette tribune :

"Sixième idée reçue : Dieu a confié aux juifs une mission au service de l'humanité. Faux : Dieu a célébré la pureté de ce peuple et interdit les mélanges, d'où les interdits alimentaires, les lois et les règles, l'interdiction des mélanges de sang, donc des mariages mixtes. Ce dieu a voulu la ségrégation, il a interdit la possibilité de la conversion, l'idée de traité avec les nations étrangères, et il ne vise pas autre chose que la constitution identitaire d'un peuple. Ce dieu est ethnique, national, identitaire." Onfray rappelle également, sur un ton neutre, que Soler fait du peuple juif l’inventeur du génocide à travers le Livre de Josué "qui précise qu’une trentaine de cités ont été détruites"…

Manifestement, l’anachronisme sémantique ne semble gêner ni Soler ni Onfray, puisque le second reprend sans ciller la comparaison que le premier fait entre le nazisme et le judaïsme : "De même chez Hitler, dont Jean Soler montre qu'il n'a jamais été athée mais que, catholique d'éducation, il n'a jamais perdu la foi. Pour Jean Soler, "le nazisme selon Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu" : Hitler est le guide de son peuple, comme Moïse ; le peuple élu n'est pas le peuple juif, mais le peuple allemand ; tout est bon pour assurer la suprématie de cette élection ; la pureté assure de l'excellence du peuple élu, dès lors, il faut interdire le mélange des sangs." Il n’en fallait évidemment guère plus pour déclencher la polémique.

Malgré quelques efforts notables de part et d’autre pour s’attacher au fond des analyses de Jean Soler et de son nouveau disciple, théologiens et philosophes de tout poil s’écharpent depuis un mois à longueur de tribunes pour savoir si Onfray est antisémite, un homme du ressentiment ou au contraire un penseur "debout" comme il le revendiquait lui-même encore mardi dans Libération. Une série de points de vue utilement résumés par Le Monde des Religions.

Michel Onfray a au moins un mérite dans ce débat : faire découvrir l’œuvre de Jean Soler, inconnu du grand public. Pourquoi ne pas l’en remercier et lire Qui est Dieu ? au lieu de se fonder sur l’interprétation personnelle qu’en fait notre nietzschéen national#nf#

 

Voici les différentes contributions au débat disponibles en ligne, dans l’ordre chronologique :

- Michel Onfray, "Jean Soler, l'homme qui a déclaré la guerre aux monothéismes", Le Point, 7 juin 2012.

- Didier Long, "Onfray, Soler… dérapage en roue libre dans Le Point", Spiritualités sans frontières, 13 juin 2012.

- Yeshaya Dalsace, "Les bourdes (bibliques) de monsieur Onfray", La Règle du Jeu, 20 juin 2012.

- Michaël de Saint Chéron, "Jean Soler et Michel Onfray en guerre contre La Bible", La Règle du Jeu, 22 juin 2012.

- Haïm Korsia, "Jean Soler ou les démons de Michel Onfray", L’Express, 26 juin 2012.

- Eric Mettout, "Non, Onfray n’est pas révisionniste", L’Express, 26 juin 2012.

- Daniel Salvatore Schiffer, "Michel Onfray antisémite ? Quelle calomnie !", Le Plus, 28 juin 2012.

- Gérard Bensussan, Alain David, Michel Deguy et Jean-Luc Nancy, "Du ressentiment à l’effondrement de la pensée : le symptôme Onfray", Libération, 3 juillet 2012.

- Michel Onfray, "Sale temps pour la pensée debout !", Libération, 3 juillet 2012.