<p>&nbsp;Un ouvrage synth&eacute;tique et riche offrant un panorama de l&rsquo;&eacute;cologie, courant sollicit&eacute; et critiqu&eacute; de toute part car mal compris.</p>

Frédéric Dufoing, dans son ouvrage L’écologie radicale, expose avec une certaine clarté pédagogique les fondements de l’écologie, mouvement omniprésent qui tend à se disséminer dans tous les domaines, mais dont les origines, l’étendue et les conséquences sont mal connues du grand public. Cet ouvrage bref et concis explicite avec précisions les idées, les valeurs et la spécificité de l’écologie en exposant ses ancrages théoriques, ses caractéristiques, et ses influences politico-sociales. L’auteur insiste tout particulièrement sur les courants dits radicaux de l’écologie, courants qui connaissent un attrait particulier depuis quelques années en France.

 

Frédéric Dufoing insiste dès son introduction sur l’inscription idéologique des théories écologiques en examinant la vision contextuelle du monde partagée par le groupe social, ses valeurs et ses référents. Il ne se contente pas de décrire un courant mais l’inscrit dans un cadre conceptuel. Cette approche en profondeur permet de mieux appréhender l’écologisme et ses variantes.

 

Introduction à l’écologie radicale : naissance d’un mouvement

 

Si l’écologie comme science naît officiellement en 1866 avec la définition qu’en donne Ernst Haeckel, l’écologie radicale, ou la deep ecology est, elle, un courant encore mal connu en France, qui a du mal à rompre avec le cartésianisme anthropocentrique dont elle ne s’affranchit qu’avec précaution tant dans le domaine de la protection de l’environnement que dans celui plus spécifique de l’éthique animale,  .

 

L’ouvrage de Frédéric Dufoing constitue une introduction parfaite tant par sa présentation des différents courants de pensée liés à l’écologie que par sa bibliographie qui s’étoffe depuis moins d’une décennie en France, notamment sous l’impulsion de philosophes comme Catherine Larrère  , la première en France à avoir publié en 1997 un ouvrage consacré à la philosophie de l’environnement  , rejointe ensuite par Hicham-Stéphane Afeissa   qui a réuni aux Éditions Vrin des textes fondamentaux de l’éthique de l’environnement en 2007   et a ouvert la collection Dehors aux Editions MF consacrée à l’éthique environnementale et à l’écologie politique avec son ouvrage La communauté des êtres de nature en 2008.

 

Ancrage théorique de l’écologie radicale : l’éthique de l’environnement ou le renouvellement du rapport de l’homme à la nature

 

L’écologie radicale ou deep ecology est un courant étroitement lié à l’éthique environnementale. Elle implique en effet ‘‘une nouvelle manière de se rapporter à la nature, (…) une nouvelle vision du monde qui conduit à s’interroger de manière originale sur ce qu’est la nature, sur ce qu’est l’homme et sur la façon dont ce dernier devrait vivre au sein de son environnement naturel’’   changement qui n’apparaît pas dans la définition traditionnelle de l’écologie en tant que science — discours (logos) sur l’habitat (oïkos). L’éthique de l’environnement a pour finalités, entre autres, de déterminer les communautés des êtres envers lesquels l’homme a des devoirs (moraux, juridiques) et les critères conditionnant cette attention morale, comme par exemple la caractéristique d’être vivant, élargissant alors les entités concernées au biosystème dans son ensemble. Cette extension de la communauté à laquelle l’éthique accorde son attention, et l’analyse des raisons de leur valeur intrinsèque, sont initiées par Aldo Léopold dans son Sand County Almanac (cf. Aldo Lépold, Almanach d’un comté des sables, Paris, Flammarion, 2000).

Ce mouvement naît avec le philosophe norvégien Arne Naess, lorsqu’il inscrit la pensée écologique dans une ontologie réexaminant la manière dont l’homme perçoit et construit son monde afin de repenser les comportements et leurs valeurs humaines pour instaurer une nouvelle distribution des ressources. Son travail sera poursuivi aux États-Unis par Holmes Roston III, J. Baird Callicott, Aldo Leopold, Eric Katz, Tom Regan pour ne citer que les plus connus. La deep ecology est officialisée par la revue Environmental Ethics fondée en 1978 par le professeur de philosophie Eugene C. Hargrove et publiée par le Centre de philosophie environnementale de l’University of North Texas.

 

Cette éthique permet de repenser le rapport de l’homme à l’autre, et c’est cette pensée de l’altérité, au fondement de l’éthique, qui ouvre sur le caractère social de l’écologie.

 

La société écologique : la question de la communauté

 

Après avoir exposé les origines historiques de l’écologie et son développement idéologique, l’auteur introduit différents courants de l’écologisme, tous ceux qui insistent particulièrement sur les relations entre le milieu et ses éléments. Cela va de l’écoféminisme — critique de la lecture patriarcale, discriminatoire et déséquilibrée de l’utilisation de la nature — aux courants tiers-mondistes qui cherchent à développer, en critiquant les rapports Nord/Sud, des référents occidento-décentrés afin de réorganiser l’ensemble de la société dans ses rapports avec la nature — en passant par les courants agrariens — valorisant une agriculture locale dans une logique holiste selon laquelle l’homme fait partie d’un tout. Frédéric Dufoing s’attache plus particulièrement au biorégionalisme, courant intéressant parce qu’il synthétise des points de vue éco-anthropocentrés, mais aussi parce qu’il intègre l’être humain dans un territoire au même titre que les plantes et les animaux font partie de ce territoire. Cet ensemble, homme-plante-animal, forme un tout dans lequel sont inclus les éléments abiotiques de l’espace comme les minéraux. Ainsi, la logique non hiérarchique permet d’avoir une lecture culturelle et socialo-psychologique de la nature. L’homme s’adapte à son milieu et le respecte car il éprouve un sentiment d’empathie qui le réconcilie avec la nature.

 

Frédéric Dufoing insiste également sur une autre caractéristique de l’écologie : le fait qu’elle soit ancrée dans une pensée socio-économique, les conséquences de la crise écologique touchant prioritairement et plus fortement les couches de la population les plus faibles. Ainsi, l’écologie sociale met en relief le rapprochement de certains mouvements de gauche avec des idéologies écologiques plus ou moins radicales, en vue de contester toutes les formes de domination ou d’oppression, qu’elles soient inter-individuelles, inter-éthniques ou inter-générationnelles. Ces idéologies trouvent un écho dans la mondialisation et la monopolisation institutionnelle du pouvoir, mondialisation qui ‘casse’ le lien entre l’individu et son environnement, qu’il soit naturel ou social. L’écologie sociale milite ainsi pour la démocratisation de l’écologie en redonnant le pouvoir à l’ensemble de la population.

 

Ainsi, cet ouvrage sera utile à tous ceux désireux de mieux comprendre l’écologie et ses origines ainsi que ses différentes variantes ; à la fois abordable pour le grand public et riches en détails, il sera utile aux étudiants en sciences humaines, sociales et politiques, ainsi qu’à tous ceux s’intéressant au domaine  environnemental. Saluons cet ouvrage dont l’intérêt est de nous présenter l’évolution de l’écologie en nous présentant les formes les plus radicales de ce courant qui auront peut-être l’occasion de susciter le réveil d’une conscience politique en nous rappelant le vers de René Char dans Les Matinaux : ‘‘Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder ils s'habitueront.’’#nf#