Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Souffrir de la souffrance des animaux
[dimanche 17 avril 2011 - 08:00]
Sociologie
Couverture ouvrage
La cause animale (1820-1980). Essai de sociologie historique
Christophe Traïni
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
234 pages
Résumé : Un essai stimulant sur la formation des mouvements de protection animale au cours des deux derniers siècles, qui échoue malheureusement à rendre compte de la période la plus récente.
Page  1  2  3  4  5 

Quelles sont les raisons pour lesquelles des femmes et des hommes se sont mobilisés par le passé, et se mobilisent encore aujourd’hui, pour la protection des animaux ? Quels sont les ressorts des protestations morales en matière de défense des animaux ? Telle est la question majeure que pose Christophe Traïni dans cet intéressant essai de sociologie historique, où il étudie les évolutions successives de la cause animale entre le début du XIXe siècle et la fin du XXe siècle, en s’appuyant principalement sur une comparaison entre les sociétés et les divers mouvements de protection des animaux en Angleterre et en France.

La tentative n’est pas tout à fait inédite, dira-t-on. Le public cultivé disposait déjà sur cette question de nombreux ouvrages, notamment ceux de Keith Thomas   et de James Turner  , ainsi que de quelques articles qui ont fait date  , au reste abondamment cités dans cette étude.

L’une des principales originalités du travail de Christophe Traïni, de ce point de vue, tient au cadre théorique dans lequel il inscrit son enquête, pour l’élaboration duquel il mobilise l’œuvre du sociologue Norbert Elias, celle de l’économiste Albert Hirschman, celle du philosophe et sociologue Max Weber, ainsi que certaines thèses de philosophie politique avancées par Alexis de Tocqueville.

L’ambition de l’auteur est de proposer une sociogenèse de la protection animale se présentant sous la forme d’une analyse de l’évolution des émotions et conduites d’abord valorisées au sein des couches supérieures, dans le contexte général de la civilisation des mœurs, puis diffusées au sein de couches de plus en plus larges de la société par le moyen de ce qu’il appelle des dispositifs de sensibilisation, en entendant par là "l’ensemble des supports matériels, des agencements d’objets, des mises en scène, que les militants déploient afin de susciter des réactions affectives qui prédisposent ceux qui les éprouvent à s’engager ou à soutenir la cause défendue"  .

L’histoire de la protection animale que Christophe Traïni détaille mérite essentiellement d’être lue et saluée comme une contribution intéressante à la philosophie animale, nous semble-t-il, en raison de l’appareil conceptuel qu’elle déploie. Plus significatifs que les faits, événements, dits et écrits des militants de la cause animale dont il est question dans cet ouvrage nous paraissent la distinction de différentes figures de militantisme qui se sont succédées historiquement et partiellement engendrées l’une l’autre, et la distinction des différents registres émotionnels de la protection animale  .

Titre du livre : La cause animale (1820-1980). Essai de sociologie historique
Auteur : Christophe Traïni
Éditeur : Presses universitaires de France (PUF)
Date de publication : 17/04/11
N° ISBN : 978130578086
Page  1  2  3  4  5 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

4 commentaires

Avatar

arthurdeg

25/11/11 23:27
tout a faitpassionnant --- cette initiative est d une actualite brulante...
je vous ecris du Canada ou ces debats ont de vraies proportions continentales et pourtant si fragiles...
s interroger par exemplesur cette m/taphore/clairante utilis/eoutre-Atlantique : 'down the food chain' se rapportant a l ordre de grandeur,malthusien peut-etre, qui depasse les parametres de l humanisme europeen (...)
Avatar

Manola Antonioli

21/05/11 00:26
Merci à Hicham Stéphane Afeissa pour sa réponse, qui a le mérite de souligner l'importance de la réflexion française sur l'animal et l'animalité, et pour l'initiative de ce dossier qu'on attendait depuis longtemps dans une revue de philosophie et qui trouvera certainement de nombreux lecteurs.
Avatar

Afeissa Hicham-Stéphane

28/04/11 15:41
Merci Spinoza (ce nom me dit quelque chose...) de ce commentaire élogieux! Pour pouvoir répondre à votre question, il faudrait que je sache exactement ce que vous entendez par "animal-studies". De nombreux chercheurs, depuis plusieurs décennies, développent une réflexion sur l'animal, au croisement de la philosophie, de la sociologie, de l'éthologie et du droit (de quoi remplir quelques rayonnages de ma bibliothèque, sans parler des cartons de photocopies qui encombrent mon bureau!). Je prépare d'ailleurs en ce moment un dossier consacré à la philosophie animale française, recueillant des études sur Foucault, Deleuze-Guattari, Levinas et Derrida (à paraître en 2012 dans la revue Philosophie, aux éditions de Minuit). Ce ne sont donc pas les textes et les auteurs importants qui manquent! Certes, le volume des publications est très loin d'atteindre le niveau de la production anglo-saxonne. Mais les problématiques sont, de part et d'autre de l'Atlantique, sensiblement différentes, et, après tout, ce n'est le nombre de livres et d'articles publiés qui compte. Je vous avouerai, à titre personnel, est bien plus intéressé par l'approche derridienne de la question de l'animalité que par celle de Peter Singer ou celle de Tom Regan. Sommes-nous si mal lotis, au fond?
Avatar

spinoza

25/04/11 17:42
Très beau et juste compte-rendu d'un ouvrage novateur dont l'un des mérites devrait être de susciter d'autres travaux sur la question animale. A quand ces travaux susceptibles de lancer les "animal studies" françaises qui se font tout de même attendre un peu, non ?

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici