On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Quelles sont les raisons pour lesquelles des femmes et des hommes se sont mobilisés par le passé, et se mobilisent encore aujourd’hui, pour la protection des animaux ? Quels sont les ressorts des protestations morales en matière de défense des animaux ? Telle est la question majeure que pose Christophe Traïni dans cet intéressant essai de sociologie historique, où il étudie les évolutions successives de la cause animale entre le début du XIXe siècle et la fin du XXe siècle, en s’appuyant principalement sur une comparaison entre les sociétés et les divers mouvements de protection des animaux en Angleterre et en France.
La tentative n’est pas tout à fait inédite, dira-t-on. Le public cultivé disposait déjà sur cette question de nombreux ouvrages, notamment ceux de Keith Thomas et de James Turner , ainsi que de quelques articles qui ont fait date , au reste abondamment cités dans cette étude.
L’une des principales originalités du travail de Christophe Traïni, de ce point de vue, tient au cadre théorique dans lequel il inscrit son enquête, pour l’élaboration duquel il mobilise l’œuvre du sociologue Norbert Elias, celle de l’économiste Albert Hirschman, celle du philosophe et sociologue Max Weber, ainsi que certaines thèses de philosophie politique avancées par Alexis de Tocqueville.
L’ambition de l’auteur est de proposer une sociogenèse de la protection animale se présentant sous la forme d’une analyse de l’évolution des émotions et conduites d’abord valorisées au sein des couches supérieures, dans le contexte général de la civilisation des mœurs, puis diffusées au sein de couches de plus en plus larges de la société par le moyen de ce qu’il appelle des dispositifs de sensibilisation, en entendant par là "l’ensemble des supports matériels, des agencements d’objets, des mises en scène, que les militants déploient afin de susciter des réactions affectives qui prédisposent ceux qui les éprouvent à s’engager ou à soutenir la cause défendue" .
L’histoire de la protection animale que Christophe Traïni détaille mérite essentiellement d’être lue et saluée comme une contribution intéressante à la philosophie animale, nous semble-t-il, en raison de l’appareil conceptuel qu’elle déploie. Plus significatifs que les faits, événements, dits et écrits des militants de la cause animale dont il est question dans cet ouvrage nous paraissent la distinction de différentes figures de militantisme qui se sont succédées historiquement et partiellement engendrées l’une l’autre, et la distinction des différents registres émotionnels de la protection animale .
4 commentaires
arthurdeg
je vous ecris du Canada ou ces debats ont de vraies proportions continentales et pourtant si fragiles...
s interroger par exemplesur cette m/taphore/clairante utilis/eoutre-Atlantique : 'down the food chain' se rapportant a l ordre de grandeur,malthusien peut-etre, qui depasse les parametres de l humanisme europeen (...)
Manola Antonioli
Afeissa Hicham-Stéphane
spinoza