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Droit

La prison

Couverture ouvrage

Collectif d'auteurs
Seuil , 236 pages

Pourquoi et comment emprisonner
[mercredi 15 dcembre 2010]


Des réflexions clairvoyantes sur une zone d'ombre de notre société : la prison

Si le dernier numéro de la revue Pouvoirs se place sous le patronage, quasi inévitable, de Michel Foucault, l'article de Frédéric Gros qui ouvre le dossier prend d'emblée le contrepied de la référence attendue à Surveiller et punir, publié en 1975, en s'attachant plutôt à analyser un cours prononcé antérieurement par le philosophe, en 1973 au Collège de France, et intitulé "La société punitive". A la lumière de ces leçons, l'incarcération apparaît comme la composante d'une stratégie de pouvoir, l'une des tactiques pénales à disposition dans le cadre d'une guerre civile continue entre groupes sociaux. Elle est présentée comme une modalité punitive relativement récente, qui émerge au XIXe siècle pour sanctionner l'écart par rapport à une norme en lien avec la montée en puissance du capitalisme.

C'est dans cet esprit que se présentent les différents articles de la revue : ils apportent, chacun à leur manière, un regard légèrement décentré pour mieux appréhender une réalité souvent pointée du doigt, notamment via des rapports parlementaires ou sous l'influence d'organes internationaux  (en particulier la Cour européenne des droits de l'homme et le Comité européen pour la prévention de la torture), mais rarement analysée de manière aussi multidisciplinaire, en intégrant les multiples contraintes en jeu.

Différents champs du savoir sont ainsi convoqués pour dresser un diagnostic éclairé de la situation actuelle du monde carcéral : la démographie, à travers les articles de Pierre V. Tournier et de Julien Morel d'Alleux, offre un état des lieux et une mise en perspective de l'état des prisons et du constat d'une surpopulation carcérale, en France et dans les autres Etats membres du Conseil de l'Europe. L'approche sociologique, illustrée par l'argumentaire très convaincant de Bruno Milly, révèle les limites du droit à l'enseignement des personnes détenues, en permettant de détailler les obstacles de divers ordres qui s'opposent à l'effectivité de son exercice malgré sa contribution, largement reconnue, à la réinsertion de la population carcérale.

Plusieurs articles soulignent la distance entre les textes et leur mise en œuvre concrète. Serge Portelli, en s'appuyant sur l'analyse du droit en vigueur en matière d'alternatives à la prison, met ainsi l'accent sur l'application des textes dans les faits, qui conduit à une individualisation tardive de la peine, opérée par le juge d'application des peines, alors qu'elle aurait sa place en audience publique, au stade du jugement. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, évoque pour sa part les limites du contrôle des établissements pénitentiaires par l'autorité judiciaire, pourtant consacré par le législateur. Le sénateur Jean-René Lecerf rappelle à cet égard les avancées permises par la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 et la vigilance du Parlement concernant plusieurs aspects majeurs de la réforme : l'obligation d'activité des personnes détenues, le principe de l'encellulement individuel, dont l'entrée en vigueur effective a été repoussée à 2014, et le régime des fouilles, en particulier les fouilles intégrales.

Au-delà, le dossier permet de renouveler, grâce à ces multiples points de vue, la réflexion récurrente sur le sens de la peine. La vision dynamique défendue par Philippe Pottier inscrit la détention dans une logique de réinsertion et de responsabilisation, à rebours de la réalité souvent désocialisante de l'incarcération. Les développements théoriques d'Antoinette Chauvenet sur l'imaginaire des prisons et la construction d'un système organisé autour de la peur et de la prévention de l'incident rencontrent un écho dans le témoignage personnel d'Hélène Castel, inspiré de son expérience de sa détention à Fleury-Mérogis et au Mexique. La question de la protection des droits fondamentaux des personnes détenus est traitée avec un recul historique qui offre un aperçu de l'ampleur des progrès accomplis, par exemple dans le domaine de la santé (François Moreau), mais qui va de pair avec un souci constant d'identifier les champs d'améliorations encore à venir.

La route est longue, tant la violence diffuse, le non-droit et l'arbitraire paraissent encore régir pour une part le milieu carcéral. L'article de Marcel Pochard consacré au statut des surveillants donne la mesure du défi à relever pour que les personnels pénitentiaires soient les garants des droits conférés par la loi aux personnes détenues.

On aurait peut-être souhaité en apprendre davantage sur les nouvelles constructions en cours et les efforts menés pour y faciliter le maintien des liens familiaux, sur le contrôle croissant du juge administratif à l'égard des mesures prises au sein des établissements pénitentiaires, ou encore sur des exemples étrangers par exemple en matière de droit à l'expression des personnes détenues… Mais on trouvera d'ores et déjà dans ce numéro de la revue Pouvoirs matière à une réflexion de qualité sur un sujet méconnu et foisonnant..

 

Lire le dossier de Nonfiction.fr sur l’action de Nicolas Sarkozy dans les domaines de la justice et du droit :

 

- Edito : "Nicolas Sarkozy et le droit : une rupture consommée", par Daniel Mugerin.


- Un point de vue sur le populisme pénal du président de la République, par Adeline Hazan, maire de Reims et ancienne présidente du Syndicat de la magistrature.

 

- Un article sur le financement de l'aide juridictionnelle, par Daniel Mugerin. 

 

- Une critique du numéro de la revue Hommes et Liberté sur la justice pénale, par Charles-Edouard Escurat.

- Une analyse juridique de la politique d’immigration et d’asile de Nicolas Sarkozy, par Aurore Lambert.

- Une mise en perspective de l’application de la loi Hadopi et de ses implications, par Bérengère Henry.

- Une interview de Maxime Gouache, président du Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI) et Bruno Vincent, président des anciens du GENEPI, à propos de la politique du gouvernement en matière de justice depuis 2007.

- Une interview de Maître Virginie Bianchi à propos de la rétention de sûreté, par Yasmine Bouagga.

- Une brève sur le livre d'Olivier Maurel, Le Taulier. Confessions d'un directeur de prison, par Yasmine Bouagga.

- Une interview du sociologue Philippe Combessie autour de son livre Sociologie de la prison, par Baptiste Brossard et Sophie Burdet.

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2 commentaires

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JCG

18/12/10 08:28
La punition par la société résulte d'un décalage entre des systèmes de valeurs. On peut lire dans "la pensée extrême" que le système de valeurs individuel se construit progressivement, et peux aboutir à des monstruosité : secte, terrorisme (ultralibéralisme ? :)). Selon cette analyse, ces résultats aberrants n'éliminent pas la capacité rationnel des individus, et qu'il faut s'appuyer sur cette dernière pour reconstruire un autre système de valeurs. Dans cette logique, les personnes touchées doivent être remise en relation avec le "marché des idées rationnelles", pour permettre une déconstruction et reconstruction progressive, cheminement que seule la personne peut parcourir. Quand le système carcéral valide la partition de la société entre les bons et les méchants (par exemple par un enfermement brutal), il isole les "méchants" dans leur logique. Alors qu'il faudrait les intégrer encore plus à la société (tout en assurant sa sécurité).
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renato666

16/12/10 13:22
LA CRIMINALITÉ : UNE MALADIE
UN SEUL REMÈDE : LAMOUR

Face à la criminalité, considérée comme infraction très grave à la morale ou à la loi, la société répond essentiellement par un réflexe sécuritaire amenant au mieux à un internement en psychiatrie, le plus souvent à un enfermement plus ou moins long dans les prisons, voire encore aujourd'hui, dans certains pays à la peine de mort.
Force est de constater que ce ne sont pas des solutions curatives mais généralement une aggravation de la pathologie. Outre le fait quelles nont aucun effet dissuasif ou exemplaire, elles sont humainement inacceptables.

Programmer froidement la mort dun individu au nom de la justice est un acte quon peut légitimement qualifier lui-même de criminel et quun grand nombre de pays se refusent aujourdhui à commettre en abolissant la peine de mort. Ces pays montrent par là le respect quils portent à toute vie humaine et au moins en partie à l'article 3 de la déclaration universelle des droits de lhomme et du citoyen de 1948 qui affirme que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.() ».
En outre, jamais, nulle part, aucune baisse de la criminalité n'a pu être constatée à la suite d'un rétablissement de la peine de mort. Une étude menée en 1998 par l'O.N.U. le confirme.

Quant à lenfermement dans une prison, dans les conditions actuelles dincarcération et notamment de saturation des établissements pénitentiaires, il savère le plus souvent comme un facteur aggravant de délinquance suivi de nombreuses récidives. Les statistiques là aussi le prouvent : entre 2000 et 2005 en France, le nombre de condamnations en récidive a augmenté de 68,5 % (chiffre du ministère de la justice).
Sil est indispensable pour la société humaine de se protéger contre ceux qui représentent un danger pour elle en les mettant momentanément à lécart, les remèdes quelle propose aujourdhui ne sont pas la bonne réponse.

Il savère nécessaire de réfléchir à une prise en charge à la fois plus humaine et plus responsable de la criminalité, notamment en prenant en compte les nombreuses études scientifiques réalisées sur les antécédents affectifs de ceux et celles qui se rendent un jour coupables dactes de violence.
Ces études montrent de façon évidente que la violence des adultes trouve souvent ses racines dans le manque damour, de contact physique et de plaisir dont ils ont souffert dans leur enfance. James W. Prescott, neuropsychologue dans son traité « Le plaisir du corps et l'origine de la violence » déclare : « Quand les circuits du plaisir sont allumés, ceux de la violence sont éteints, et vice versa. Parmi les être humains, une personnalité orienté vers le plaisir manifeste rarement un comportement agressif tandis qu'une personnalité violente n'est guère capable d'expérimenter et de jouir d'activités sensuellement plaisantes. Si le plaisir ou la violence s'accroît, l'autre décroît ».
Ce faisant, elles pointent aussi du doigt la responsabilité des religions qui, dans leur enseignement, diabolisent le corps et condamnent le plaisir, provoquant culpabilisation et frustrations qui favorisent à leur tour la naissance de violences individuelles ou collectives dont les guerres sont lexpression la plus abominable.
Ces religions portent dans leur enseignement et les valeurs quelles prônent les germes dune violence quelles condamnent par ailleurs dans un discours qui se veut politiquement et religieusement correct.

Les Messages des Elohim nous ramènent à la raison, à la vérité scientifique sur l'origine de tout crime commis : une pure maladie qui se soigne. Il faut en effet être malade pour attenter à son prochain.
Ces Messages nous disent :
« Noublie jamais que tout criminel est malade et considère-le comme tel. On est scandalisé en pensant quà une certaine époque on étouffait entre deux matelas les gens qui avaient des crises dhystérie, on le sera un jour, lorsquon saura guérir et surtout prévenir la maladie du crime, en pensant quà une certaine époque on les exécutait. »
et précisent même :
« Ne mélange pas les grands criminels, qui sont malades dune maladie qui peut être contagieuse, avec les gens qui ont commis de petits délits, afin quils ne soient pas contaminés. »
La philosophie Raëlienne est une philosophie hédoniste au plein sens du terme qui présente lêtre humain comme un être régi par lamour et le plaisir dont dépendent son bien-être et son épanouissement. Raël explique que « tout ce que nous faisons, nous le faisons parce-que cela nous procure du plaisir soit directement, soit indirectement ».
La science contemporaine commence à lever le voile sur cette réalité par ses différentes études sur le comportement, et plus particulièrement grâce aux neurosciences qui permettent grâce à limagerie médicale de découvrir en direct le fonctionnement jusque là inconnu du cerveau humain en interaction avec son environnement.
Il est permis despérer quun jour elle puisse, par ses découvertes, apporter à la justice humaine et à tous les êtres humains un regard juste sur la criminalité et faire quon considère cette dernière comme une maladie quil est possible, non seulement de guérir, mais aussi et surtout de prévenir.
En attendant, les Messages nous donnent le conseil suivant :
« tu mettras les criminels à lécart de la société en leur donnant lamour qui leur a manqué, en essayant de faire en sorte quils comprennent la monstruosité de leur acte et en leur donnant envie de se racheter. »
Maïtreya Raël affirme que « lamour est le seul remède et lunique réponse à la violence et la criminalité ».

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