On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Maxime Gouache, président du Groupement Étudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées (GENEPI) et Bruno Vincent, président de l'association des Anciens du GENEPI, évoquent la politique mise en oeuvre depuis 2007 par le gouvernement en matière de justice.
Nonfiction – L'actualité récente est plutôt dense en débats sur les droits et libertés publiques : discours de Grenoble fin juillet, polémique autour de l'expulsion des Roms et des gens du voyage, adoption de la loi dite LOPPSI II par le Sénat...
Dans ce contexte, comment définir le rapport aux droits fondamentaux de Nicolas Sarkozy et de ses deux Gardes des Sceaux successifs ? Avez-vous le sentiment qu'il y a eu une "rupture" dans le domaine de la justice depuis 2007, voire un durcissement récent ?
MAXIME GOUACHE – Le personnage de Nicolas Sarkozy ne nous intéresse pas en tant que tel. Il n’est que l’épiphénomène d’un discours ambiant depuis les années 2000. Cette période correspond à un tournant dans la plupart des pays occidentaux sur les questions de sécurité. On a pu observer une escalade graduée depuis 2002, avec effectivement un changement de paradigme radical depuis 2007. L'utilisation dans les discours politiques d’une rhétorique jouant sur les peurs et les fantasmes collectifs et la mise en avant d'une vision manichéenne de la société s'est traduite par une accumulation de lois ultra répressives. On constate aussi un changement dans la façon de concevoir la peine. L’introduction en 2007 de la rétention de sûreté est significative à ce sujet : on a créé une peine après la peine (même si elle n’est pas juridiquement définie comme telle par le Conseil constitutionnel) sous des prétextes de sûreté, de protection de la société, et on a ainsi bafoué l'idée selon laquelle une peine doit nécessairement permettre la réinsertion.
Sur le rapport aux droits fondamentaux, une des évolutions est la mise en avant, en permanence, des «droits des victimes», comme s’il y avait les droits des victimes d’une part et les droits des coupables de l’autre, ce qui va à l’encontre de l’idéal universaliste des droits de l’homme. C’est là un vrai danger pour les l'équilibres démocratiques et le fonctionnement de la justice de notre pays. De même, le fait, par exemple, de présenter la sécurité comme une liberté fondamentale, alors qu’il s’agit d’une exigence de bon sens (bien sûr que personne ne souhaite être agressé en sortant de chez lui), est une façon d’agiter les peurs pour mieux adopter des lois de plus en plus répressives : création de nouvelles infractions et de nouvelles peines, allongement des peines de prison… La loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, actuellement discutée, dite LOPPSI II, est dans cette veine : c’est un texte fourre-tout qui crée une multitude de nouveaux délits et de nouvelles peines sans aucune cohérence.
BRUNO VINCENT – Le sentiment de rupture est surtout lié à la personnalité de Nicolas Sarkozy et à sa posture médiatique, à son discours assumé sur la sécurité. Mais il y a un climat général depuis 2001, en partie suscité par les attentats du 11 septembre, qui crée une forte continuité dans l’approche de ces questions. Si l’on compare par exemple la loi d'orientation et de programmation pour la justice, dite Perben I, en 2002, avec le projet présidentiel du candidat Sarkozy en 2007, on y trouve de nombreuses convergences : la réforme de la justice des mineurs, la suspension des allocations familiales pour les parents d’enfants placés en centres fermés, la création de nouvelles places de prison…
Il y a tout de même une accélération notable depuis quelques années : les gardes à vue ont triplé en dix ans, et près d’une vingtaine de lois sur la sécurité ont été édictées en neuf ans, soit presque une tous les six mois !
MAXIME GOUACHE – Cette inflation permanente est d’ailleurs la preuve flagrante que cette politique hyper-répressive ne peut être qu’un échec. La montée sur l’échelle sécuritaire ne produit aucun résultat.
Certains phénomènes, à l’instar de la récidive, sont présents de manière disproportionnée dans les médias et les discours politiques. Les chiffres de la récidive, en matière de crimes sexuels, par exemple, sont particulièrement bas, contrairement à l’image qui est souvent véhiculée. L’opinion publique s’habitue en outre, au travers de ces discours, à une rhétorique déshumanisante et n’est plus choquée d’entendre qualifier un criminel de «monstre» ou de «prédateur» alors que ces termes sont choquants et opposés aux principes fondamentaux de la justice. Le GENEPI défend l’idée que la peine doit permettre à toute personne de se réinsérer dans la société. C’est cette logique même qui est peu à peu vidée de son sens ce qui devient prétexte à des mesures de sûreté et à l’allongement des peines.
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