Monde

Jours tranquilles à Ramallah

Couverture ouvrage

Gilles Kraemer
Riveneuve , 190 pages

Vivre au milieu d'un conflit
[jeudi 18 septembre 2008]


Récit du quotidien à Ramallah : entre nonchalance et âpreté.

"Vers l’Occident compliqué, je m’envolais avec des idées simples" (général de Gaulle)

C’est avec circonspection qu’on ouvre un livre écrit par un journaliste, de surcroît sur un sujet aussi prompt aux débordements que le conflit israélo-palestinien. Paradoxalement, il n’est pas rare que d’excellents journalistes fassent de bien piètres auteurs de témoignage. Certains de ces livres sont même une violence faite  au lecteur, car ils sont moins le résultat d’un travail réfléchi et argumenté, que celui-ci est en droit d’attendre, que d’un besoin pour le journaliste de "vider son sac" et de se soulager alors qu’il achève un long et difficile travail de terrain.

Il y a un peu de cela dans Jours tranquilles à Ramallah, mais il se dégage de l’ouvrage un sentiment d’honnêteté qui le rend intéressant et agréable à lire. Les chroniques écrites entre septembre 2004 et juillet 2007 – au départ des mails pour les amis – qui constituent l’ouvrage,  dans leur nonchalance, propre aux  journaux intimes, traduisent l’âpreté, le pessimisme que la région inspire à l’auteur.
 

Un jardin et des check points

Le temps semble s’écouler lentement, et le quotidien occupe une majeure partie du livre, comme le titre le laisse penser. L’odeur des orangers et le jardin de Gilles Kraemer y ont autant de place que les check points et les démarches administratives sans fin. L’auteur semble regarder ce qui l’entoure et les difficultés extrêmes qu’il rencontre avec un air, sinon blasé, du moins de plus en plus las.

Malgré le foisonnement d’activités et les journées qui semblent s’enchaîner de façon effrénée, le livre est traversé par un rythme très particulier, un enchaînement de mesures saccadées (le trafic, le bruit, les instants d’angoisse lors des incursions de l’armée israélienne), et de longs silences (le deuil de Yasser Arafat, la file d’attente interminable pour se rendre en Israël). C’est ce rythme qui donne à l’ouvrage un charme si particulier, auquel on se laisse volontiers prendre. Ce qui n’empêche pas son auteur de tenir des propos engagés.
 

Des propos souvent durs

Les propos tenus par l’auteur à l’égard de l’armée israélienne, et de certaines décisions du gouvernement israélien, sont très durs. Parfois le langage dérape même, comme cette comparaison entre les druzes employés par l’armée israélienne et les kapos.

Plus souvent, il s’agit pour Gilles Kraemer de dépeindre sans l’affadir une réalité palestinienne qu’il supporte au quotidien. La vie de ce côté du mur n’est pas si tranquille que son titre le laisse penser, et il n’est pas question pour l’auteur de faire du politiquement correct.

On ressent là à la fois un besoin de faire exister cette partie de l’histoire, et sa volonté de faire éditer son ouvrage pour être présent sur le salon du livre, dont l’invité d’honneur cette année était Israël  . On aurait tort de condamner ce livre pour autant. Ce n’est pas un livre sur la politique israélienne en Palestine.
 

Voie sans issue

Le travail de Gilles Kraemer, directeur du centre culturel franco-allemand de Ramallah, paraît épuisant, et enrichissant. La vie ne tourne pas au ralenti, ni  n’est angoissante. Au contraire, le quotidien, contre toute attente, est bien rempli et se déroule de façon "quasi" normale.

Pourtant, il se dégage de Jours tranquilles un désespoir tenace. Ce n’est pas qu’il ne s’y passe rien. Mais tout ce qui s’y passe semble relever d’un miracle, fruit d’un déséquilibre permanent. On suit au fil des chroniques cette vie "tranquille", qui ne tient qu’à un fil, où tout peut s’écrouler au dernier moment, où les empêchements s’enchaînent, et où rien n’est jamais assuré ni rassurant.
 

Une terre sans avenir

Finalement, le quotidien semble être ici le dernier refuge pour des Palestiniens à qui l’avenir ne sourit pas. C’est une normalité  anormale qui permet de continuer chaque jour à organiser des événements, à sortir, voir des amis, passer des heures aux check points pour se rendre à Gaza, etc. Gilles Kraemer achève donc son ouvrage par un appel politique à ne pas laisser "la Terre trois fois sainte sombrer dans ce suicidaire chaos". Son témoignage, pessimiste et concerné à la fois, nous permet au moins de ne pas la laisser sombrer dans l’oubli.

 

 

À lire également sur nonfiction.fr :

- L'entretien avec Gilles Kraemer, réalisé par Laure Jouteau.
- Le dossier ''Persistant conflit israélo-palestinien"

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5 commentaires

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Natan

18/09/08 14:20
On ne peut être journaliste à Ramallah que si on se place sous la "protection" des gangs terroristes arabes. Ce journaliste n'est donc qu'un propagandiste et un complice du terrorisme islamique.

Aucune pub ne doit lui être faite. Qu'il reste là où il est, puisque c'est si tranquille.
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Florentine

18/09/08 15:24
la haine, toujours la haine.
Natan, n'avez vous pas trouvé un autre moyen d'exister?

Je lirais volontiers ce témoignage du quotidien d'un privilégié à Ramallah, pour ce qu'il est. Merci Laure Joutteau pour la recension du livre.
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Hassan

18/09/08 16:34
Nathan , ce nom n'est-il pas d'origine juive ?!?
Dois-je en conclure que vous juif sioniste , quel abruti !

Pourquoi ne faites vous pas votre aliya en Palestine puisque vous les soutenez tant .

De plus ceux que vous appelez les terroristes sont des résistants courageux , et tsahal que vous glorifiez ce sont eux les criminels sauvages !
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jonathan

18/09/08 17:02
pourquoi a chaque fois que la palestinne ou Israel est evoque dans des sujets et d'autre , c'est toujours la haine et la passion qui prend le dessus...

Je suis juif et sioniste habitant en Israel et cotayant ici et la des palestiniens ou des arabes israeliens , et la haine s'efface quand les gens raisonnes se rencontrent...

la guerre ne resoudra aucun probleme , le terrorisme palestiniens n'arrangera pas les choses , et vos messages de haine montre que meme en france des abrutis demeurent...
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Roger

28/09/08 09:23
Je ne savais pas qu'a l'époque des nazis les journalistes pouvaient circulaient aisément et écrire de même ,pour la majorité des arabes pas tous car il y a des femmes et des hommes admirables ,la shoah est une invention des sionistes bien que le sionisme existe depuis les années 1860.Critiquer Israel cela ne me dérange pas car Israel est un pays démocratique.On critique bien ,la France ,l'Espagne,l'Italie,les USA etc.et les Israeliens eux-mêmes ne se privent pas.Le problème des pays arabes c'est que depuis qu'ils ont recouvré leur indépendance ils n'ont engendré que des héros négatifs.Ils sont passés des pays colonisés a des pays d'immigrés(voir les harraghas)Il faut aux pays arabes un Mandela,un walesa ou un Vaclav Havel.Les arabes sont hypnotisés par les discours de guerre.Pourquoi les Espagnoles,les Portugais,les Grecs,l'Afrique du sud,les Argentins,les Chiliens,les Paraguayens ainsi que l'Europe de l'Est, tous ces pays se sont débarrassés de leur dictature ou régimes autoritaires sauf les pays arabes? pourquoi la Chine, l'Inde ,le Brési et l'Afrique du sud avancent pas les pays arabes?pourquoi des grandes Universités en Inde,en Chine et bientôt en Afrique du sud (j'en suis ravi) et pas dans les pays arabes? ce n'est pas une question d'argent;voyez les pétrodollars.

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