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Les exterminations nazies sont-elles un avatar du colonialisme ?
[vendredi 29 aot 2008]

Une importante contribution au débat sur les violences coloniales et la guerre d'extermination nazie en Europe de l'Est vient d'être récemment fournie par Robert Gerwarth et Stephan Malinowski, dans la dernière livraison de la revue Vingtième siècle. Dans un article titré "L'antichambre de l'Holocauste ?" , les deux historiens font en effet le point, de manière très argumentée et documentée, sur la thèse selon laquelle il existerait une filiation directe entre les massacres commis par les Allemands en Afrique du Sud-Ouest entre 1904 et 1907 et le génocide des Juifs. Jürgen Zimmerer, par exemple, voit dans le messacre des Hereros "un paradigme de la guerre nazie d'extermination".

Or,  Robert Gerwarth et Stephan Malinowski réfutent d'abord la singularité des violences allemandes en Afrique - qui correspondaient aux "standards de la violence" de l'époque - en les comparants à d'autres violences coloniales contemporaines (conquête américaine des Philipines, guerre de Boers...). Dès lors, la question des continuités directes entre les massacres allemands perpétrés en Afrique et le génocide juif se complique. "Pourquoi en effet les pays ayant la tradition coloniale la plus longue et la plus violente ne furent pas ceux qui cumulèrent après 1918 le plus haut degré de destruction raciste tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leurs frontières ?" Ils notent par ailleurs que cette théorie fait l'impasse sur le rôle de la Première Guerre mondiale.

S'ajoute une autre objection. Recourant à la prosopographie, ils invalident l'analyse sur les "transferts de savoirs" entre les générations de 1904 et celles de 1939-41, proposée notamment par Benjamin Madley (celui-ci avançait que Göring était devenu partisan du colonialisme par son père  ). Ainsi, les influences sont très difficiles à mesurer, malgré le repérage de "plusieurs parcours spécialisés dans la violence". Et quand bien même - hypothèse la plus improbable - l'ensemble des vétérans du Sud-Ouest africain aurait participé à l'attaque allemande à l'Est, il n'aurait représenté qu'une infime partie d'une armée de près de trois millions d'hommes au début de l'opération Barbarossa. Enfin, les auteurs achèvent leur démonstration en distinguant colonialisme européen et guerre d'extermination nazie. Il n'est donc pas encore précisé dans quelle mesure les répercussions des idées et des pratiques coloniales ont pu influencer le processus qui mena au génocide des Juifs.

Notons enfin que Robert Gerwarth et Stephan Malinowski s'interrogent dans les dernières pages sur la pertinence de l'utilisation d'un concept juridique, celui de génocide, pour l'historien. Sur ce point, le débat reste ouvert.

 

Vingtième Siècle. Revue d’histoire,  Presses de Sciences Po, n°99, juillet-septembre 2008, 320p, 20

 

* À lire également sur nonfiction.fr :

- notre dossier "Fascisme - nazisme. Histoire, interprétations, débats".

- La critique du livre de Frédéric Régent, La France et ses esclaves (Grasset), par Cécilie Champy.

- La critique du livre de Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme (Armand Colin), par Alice Billard.

- La critique du livre de Safia Belmenouar et Marc Combier, Bons baisers des colonies (Éditions Alternatives), par Antoine Aubert.

- La critique du livre dirigé par Jean-Pierre Rioux, Dictionnaire de la France coloniale (Flammarion), par François Quinton.

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