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Histoire

L'iconographie médiévale

Couverture ouvrage

Jrme Baschet
Gallimard , 480 pages

Un aggiornamento pour l'iconographie
[lundi 23 juin 2008]


Jérôme Baschet publie un nouvel ouvrage passionnant dans lequel il refonde et réhabilite le terme d’iconographie et sa pratique.

Le nouvel opus de Jérôme Baschet se présente un peu comme une somme de son premier quart de siècle de recherche. En effet, après avoir publié des ouvrages d’analyse iconographique "à thème" , il nous propose aujourd’hui un ouvrage qu’on pourrait dire "de synthèse" : L’iconographie médiévale. Le titre général dit bien la volonté de mener une réflexion d’ordre global sur les images médiévales, qui tire les leçons des différentes études précédentes et qui propose des pistes de réflexion amples.

Nombre des chapitres de ce passionnant petit livre (petit parce qu’il sort directement en format poche) sont des réécritures, des refontes d’articles, de contributions que Jérôme Baschet a publiées au cours des années 1990 et 2000. Comme il le dit lui-même et comme on le constate avec plaisir en lisant, tous ces textes sont très retravaillés et profondément renouvelés par rapport à leur première version. L’iconographie médiévale apparaît à la fois comme un point d’aboutissement et comme un nouveau point de départ : aboutissement parce qu’on sent que Jérôme Baschet y tire les conséquences des différentes enquêtes qu’il a menées jusqu’ici. Il dessine leur cohérence en traçant aujourd’hui avec clarté dans ce livre la ligne méthodologique qui les guide toutes. Si l’impulsion première du livre est donc une mise en forme dans un seul et unique volume de ses propres travaux, l’auteur y aboutit avant tout à la formulation d’une définition renouvelée de l’iconographie et à la définition d’une méthodologie raisonnée et ordonnée, entièrement tournée vers des recherches iconographiques à venir.


Un parcours méthodologique

    Il le dit lui-même dès les premières pages, ce livre "n’est pas un manuel" mais "un essai qui dessine un parcours méthodologique" . Le livre a une structure très claire, un chapitre théorique pour deux chapitres d’exemples appliqués, et cela trois fois de suite. La clarté du propos est telle que l’on a volontiers suivi le conseil de l’auteur qui invite à ne pas commencer par le début (chapitre théorique) mais par celui des chapitres-exemples qui nous attirera le plus pour ensuite, "si le cœur [nous] en dit" , revenir au chapitre qui explicite la méthode. Dans notre cas, ç’aura été pour commencer le très beau chapitre sur les fresques de la Collégiale de San Gimignano, où l’analyse de l’œuvre est menée méticuleusement à plusieurs niveaux : l’image elle-même, l’image par rapport aux images voisines, l’image dans l’espace ecclésial. Les trois relations ont leur cohérence et, à San Gimignano en particulier, le lecteur découvrira le sens qu’il y a à placer Jésus entrant dans Jérusalem au-dessus de la porte réelle de l’Église par laquelle les fidèles entrent, afin que Jésus salue et accueille ses fidèles dans l’église.

La suite de l’analyse déploie délicatement les possibilités de sens que révèle l’image, et l’on ne peut qu’inviter le lecteur à se lancer dans cette découverte car, au-delà de la rigueur avec laquelle l’analyse est menée, c’est l’indéniable enthousiasme de l’auteur que l’on sent dans ses descriptions analytiques, sa confiance dans la capacité des images médiévales à être si "inventives". Pour allécher le lecteur curieux de se plonger dans l’iconographie médiévale, on lui promet de découvrir ou redécouvrir, entre autres, la voûte peinte de Saint-Savin, le portail de Bourg-Argental ou encore une étonnante série d’images représentant les variations de la création d’Ève à partir de la côte d’Adam.
   

Pour l’iconographie

Au fil des pages de L’iconographie médiévale, Jérôme Baschet pose les bases d’une véritable réhabilitation du terme et de l’usage de l’iconographie. Il affirme la pertinence et l’utilité des recherches en iconographie médiévale. La quantité immense d’images (enluminures au premier chef, mais pas seulement bien sûr) numérisées ces dernières années et en cours de numérisation aujourd’hui en France et à l’étranger rend la réalisation d’un type de recherche cher à Jérôme Baschet de plus en plus aisée : l’enquête d’iconographie relationnelle et sérielle, c’est-à-dire la recherche menée sur des corpus amples – favorisée désormais par les bases de données informatiques – aussi exhaustifs que possible, qui prennent en compte toutes les images repérables d’un même thème pour en explorer ensuite la richesse, les variations intrinsèques, les exemplaires les plus spécifiques mais aussi les plus banals. L’auteur insiste sur le fait qu’il ne faut pas chercher l’homogénéité entre les images d’une série, une série de Crucifixions par exemple, car même dans les images a priori les moins inventives, "le banal lui-même est actif et la régularité n’est jamais une pure identité" .

Jérôme Baschet travaille notamment la définition de termes qui accompagnent et constituent l’armature de ce qu’il propose. Ce travail précis d’établissement des mots les plus pertinents forme sans doute la colonne vertébrale de son livre et lui donne toute sa force et sa cohérence scientifique. Filons notre exemple de la série sur la Crucifixion : il faut distinguer entre le thème, une image cohérente dans son ensemble et indépendante du point de vue du sens, et le motif, qui est un segment constitutif et dépendant du thème, les soldats qui jouent la tunique de Jésus aux dés dans le coin inférieur droit d’une Crucifixion forment ainsi, par exemple, un motif  . L’auteur invite à franchir ensuite un pas supplémentaire et à étudier les hyperthèmes , c’est-à-dire plusieurs thèmes ou motifs liés par des renvois de sens, et il propose l’exemple des représentations du sein d’Abraham comparées à celles de la Paternité divine, qui "vont parfois jusqu’au décalque formel" . Les images médiévales sont souvent représentées non pas de façon isolée mais dans des cycles et les contaminations s’en trouvent favorisées. Jérôme Baschet parle du "caractère associationniste"  des images et démontre que le travail sériel permet également de découvrir les images-limites , celles qui poussent le plus loin la figuration des paradoxes doctrinaux de la religion catholique.

C’est un véritable travail d’aggiornamento de l’iconographie qui est mené dans ce livre, qui nous introduit à la richesse et à la vitalité recelées par les images médiévales et qui nous invite, pour y mieux accéder, à nous libérer d’idées et de concepts qui entravent nos capacités d’analyse : éviter d’essentialiser les thèmes des images, et les historiciser plutôt, pour être toujours réceptifs à ce que chaque image peut introduire d’inédit  ; oublier le modèle et lui préférer la citation dont l’éventail des possibles est vaste, "copie stricte ou partielle ; citation légitimante ; rapport de révérence/appropriation ; amplification et dépassement ; combinatoire des références et hybridation ; micro-déplacement, écart affiché ou volonté de différenciation, etc." . Avec une telle finesse de discernement, on imagine aisément comment reconstituer les réseaux de rapports entre les images, et derrière elles, entre les peintres eux-mêmes, l’historicisation se fait très concrète, les images retrouvent le contexte de leur création, à tous points de vue.

Jérôme Baschet dialogue avec tous les grands penseurs de l’iconographie (de Mâle à Wirth, de Panofsky à Pächt). Qu’il remette profondément en question leur pensée ou qu’il propose d’en infléchir légèrement les affirmations, il nous incite aujourd’hui, au fur et à mesure de son discours, à revenir sur l’ensemble du parcours de l’iconographie au XXe siècle. L’iconographie médiévale est bienvenue dans le champ de la réflexion sur l’image. Un tel renouvellement, qui tienne compte des outils de recherche du temps présent, s’avère tout à fait stimulant et d’autant plus légitime qu’il s’appuie sur une profonde connaissance des œuvres qui ont marqué l’iconographie. Pour l’amateur d’images médiévales, ce livre permet d’ouvrir de nouvelles perspectives d’observation et de compréhension ; pour le spécialiste, il est une invitation à la recherche et certainement le moteur d’une nouvelle impulsion.


* À lire également sur nonfiction.fr : un entretien avec Jérôme Baschet, auteur de L'iconographie médiévale (Gallimard).
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