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Environnement

Urgence planète Terre. L'esprit humain face à la crise écologique

Couverture ouvrage

Al Gore
Alphee , 391 pages

La croisade d'Al Gore
[mercredi 11 juin 2008]
Al Gore présente dans ce livre un état des lieux de l’environnement et des menaces majeures que nous représentons pour l’environnement. 

Al Gore couronné de son prix Nobel de la Paix en 2007 et de l’Oscar du meilleur documentaire en 2006 est devenu une figure incontournable de la lutte contre le réchauffement climatique. Il est évident que la notoriété post-politique d’Al Gore et la reconnaissance par le grand public de l’importance du réchauffement climatique sont intiment liés. La menace du réchauffement climatique sort enfin doucement de son confinement scientifique et des discussions pleines de doutes des fins de diner pour devenir une cause mondiale qui nécessite l’implication de tous. La candidature avortée de Nicolas Hulot durant la dernière élection présidentielle et le Grenelle de l’environnement à l’automne dernier ont aussi joué un rôle essentiel sur l’opinion française.

Au delà de la France, il est urgent que la croisade d’Al Gore ait un impact sur les mentalités de la population des États-Unis. C’est un travail de longue haleine auquel il s’attelle depuis plus de vingt ans. Son statut de vice-président des États-Unis lui a tout de même permis d’appliquer certaines des idées qui sont présentées dans ce livre.

Il est clair à travers cet ouvrage qu’Al Gore connaît bien le sujet du réchauffement climatique du point de vue scientifique, ce qui le place déjà au dessus de la mêlée des politiciens occidentaux. Gore met en avant la pollution atmosphérique comme la menace principale que nous exerçons sur notre environnement parce que c’est ce que nous partageons tous sans limite de diffusion, comparé à la pollution de l’eau, par exemple, qui reste un problème régional. Al Gore, pour qui la sauvegarde de notre planète est un combat, parle de trois menaces "stratégiques" sur l’atmosphère, avec un langage de général stratège devant une bataille: la diminution de la couche d’ozone, la pollution atmosphérique et le réchauffement global. Lorsque l’on réalise que la première édition de ce livre est de 1992, on peut s’inquiéter du peu d’évolution de ces problématiques à part pour la couche d’ozone qui est potentiellement en cours de reconstitution grâce à la signature du protocole de Montréal qui a instauré l’arrêt de l’utilisation des gaz CFC. Al Gore fait ensuite le tour général des risques environnementaux dans toute la première partie du livre : déchets, ressources hydrologiques, biodiversité, etc .

Autre point intéressant et surprenant qui apparaît dans la deuxième partie du livre est la place de la foi dans la conviction d’Al Gore pour sauver le monde. C’est une éthique profonde guidé par une foi construite au cours des années et des épreuves qui pousse Al Gore à mener son combat. Il nous parle de notre devoir vis à vis des générations futures et de la planète. Un devoir vis à vis de la planète requiert une conscience de notre place sur Terre comme une simple espèce de cette planète, dominante soit, mais seulement une espèce parmi d’autres. L’existence de l’être humain et sa domination sur la planète ne représentent rien à l’échelle de la Terre vieille de 4 milliards d’années. Au delà d’une éthique qui nous pousserait à vouloir préserver la Terre que nous aurait confié un Créateur, il faut que nous prenions conscience que la Terre, en tant que planète du système solaire, et l’Univers sont peu affectés par notre existence. Si nous devons modifier nos comportements pour ralentir le réchauffement global, améliorer la qualité de l’air et garantir un niveau minimum de vie à tous, c’est simplement pour nous maintenant, ici, et pour les générations futures . Al Gore semble dire que la science nous a séparés de Dieu et de la nature en même temps. La science nous a donné tous les pouvoirs que l’on attribuait à Dieu auparavant. On atteint un paroxysme, qui sans le présenter comme fanatique religieux, montre que l’inspiration de son éthique ne sera peut être pas celle de tous : "S’il n’y avait pas la séparation de la science et de la religion, nous ne rejetterions pas tant de gaz polluants dans l’atmosphère et nous ne menacerions pas de destruction l’équilibre climatique de la planète". Quelques envolées spirituelles le rapproche parfois plus du chaman que du vice-président des États-Unis, "Ce n’est sans doute pas pure coïncidence si la proportion de sel dans notre sang est à peu près la même que dans l’océan".

Le rôle d’un Al Gore, ex-vice président des États-Unis est essentiel. Même si certains peuvent lui reprocher de ne pas avoir bouleversé la mentalité pro-développement tout azimut des États-Unis, aucun politicien ne peut lui reprocher de ne pas avoir conscience de la vision globale nécessaire pour traiter le problème. Personne ne peut le traiter d’idéaliste ou d’avoir une méconnaissance des difficultés de la prise de décisions à l’ONU, que l’on pourrait parfois reprocher à certains jeunes environnementalistes. Il est peut être un des meilleurs ambassadeurs possibles. Par comparaison avec Leonardo DiCaprio qui a produit un documentaire, La 25ème heure, qui ne sortira finalement pas en salles en France mais seulement en DVD, Al Gore porte une légitimité politique que peu de personnes ont aujourd’hui dans ce combat.
 
Al Gore se réjouit de la fin du communisme qui se trompait dans sa vision de la société mais indique clairement que notre système capitaliste est myope et que nous sommes arrivés à une société dysfonctionnelle considérant seulement le court terme. Il critique la consommation et quelques valeurs essentielles du capitalisme mais ne remet jamais en cause le capitalisme en lui même. L’auteur propose une critique constructive du PNB qui ne prend pas en compte les répercutions de notre production. L’auteur suggère que l’économie devrait inclure le principe d’égalité intergénérationnelle qui implique que les générations futures doivent avoir accès aux mêmes ressources que la population actuelle.

Ses références récurrentes au plan Marshall et à la lutte contre le communisme nous rappellent qu’Al Gore est un enfant de la guerre froide. Mais au contraire du plan Marshall qui visait à reconstruire une Europe en ruines, le plan d’Al Gore doit bouleverser une société qui tourne à plein régime. Et c’est peut être ce qui rend le projet d’autant plus difficile. Nous ne sommes pas aux abois. Nous ne sortons pas d’une guerre et rien n’est détruit. Nos pays n’ont jamais été aussi riches mais il faudrait que l’on comprenne que l’on a tout faux, qu’il faut tout changer. Exemple simpliste mais révélateur : j’aime les voitures, j’ai envie d’acheter la dernière voiture sportive à la mode mais elle consomme 15 litres/100 km et émet 200g/km de CO2. Le CO2 émit par cette voiture participe au réchauffement global, donc à la montée des eaux et donc à la disparition de l’archipel des Tuavu. Est ce que je dois restreindre mes envies pour des gens habitant de l’autre côté de la planète ? C’est une question d’éthique qui nécessite de se sentir membre d’une communauté mondiale, d’avoir conscience des conséquences et de connaître sa place dans l’écosystème Terre et de manière plus pragmatique de trouver une autre solution de déplacement. Al Gore fustige le communisme mais tout son livre appelle à une intervention étatique forte qui réveillera les consciences. Les incitations vont montrer rapidement leurs limites et le temps des contraintes devra suivre rapidement. Cela restreindra surement certaines de nos libertés, mais surtout notre liberté de consommer qui n’est peut être pas une liberté fondamentale.

Al Gore compare l’hésitation des États-Unis à se lancer dans le combat pour protéger l’environnement à l’attente de Roosevelt avant de se lancer dans la Seconde Guerre Mondiale.
Bien qu’il connaisse tous les rouages d’une machine politique qui peut démotiver le plus intrépide des hommes, l’ouvrage transpire d’une passion un peu naïve nécessaire au long combat qui s’annonce. Mais cette passion ne soustrait pas à Al Gore au pragmatisme d’un programme ambitieux de sauvetage de la planète, qui tient surement en son sein les grandes lignes de ce que sera l’évolution de la planète dans les années à venir.

Al Gore présente 5 objectifs essentiels à son Initiative Stratégique pour l’Environnement.
1. Stabiliser la population mondiale
2. Création et développement de technologies respectueuses de l’environnement. L’initiative stratégique pour l’environnement défini par Al Gore visant à décourager le développement de technologies non respectueuses de l’environnement.
3. Modification des règles économiques au moyen desquelles nous évaluons l’impact sur l’environnement de nos décisions. La protection de l’environnement devrait devenir un critère de réussite pour les entreprises et pourraient être dans de nombreux cas une source d’économies.
4. Accords internationaux pour entériner ces nouveaux choix et contraintes. Garder un équilibre prenant en compte les différences entre pays riches et pays en voie de développement. La nécessité d’une autorité supranationale. Al Gore en parle comme d’une utopie alors que cela pourrait être le rôle de l’ONU.
5. Sensibilisation de la population à l’environnement.

Al Gore met clairement en avant que l’une des conditions nécessaires à l’application de ces mesures est le développement politique et social des pays les plus pauvres. On peut donc rêver qu’une société qui saura prendre en compte l’environnement et réalisera que nous faisons partie d’un tout avec la Terre atteindra une sagesse qui amènera plus d’égalité entre les populations de la Terre.


* À lire également sur nonfiction.fr :

- L'entretien que Holmes Rolston III a consacré à Hicham-Stéphane Afeissa et Thierry Hoquet.
Le patriarche de l'éthique environnementale anglo-américaine livre une réflexion stimulante sur les enjeux et les attentes d'un champ de recherche en plein développement.

- La critique de l'ouvrage collectif coordonné par Christopher J. Preston et Wayne Ouderkirk, Nature, value, duty. Life on Earth with Holmes Rolston, III (Springer), par Thierry Hoquet.
En attribuant à la nature une "valeur", Rolston pense fonder une "éthique". Une thèse que discute ce volume difficile mais passionnant.

- La critique de l'ouvrage de Lester Brown, Le plan B. Pour un pacte écologique mondial (Calmann-Lévy), par Laurene Chenevat.
Un livre se distinguant par la force et la lucidité de son analyse statistique et la volonté de proposer les solutions les plus viables à la crise environnementale.

- La critique de deux ouvrages de Dale Jamieson, Morality's Progress (Oxford University Press) et Ethics and the Environment. An Introduction (Cambridge University Press), ainsi que d'un ouvrage collectif qu'il a dirigé, A Companion to Environmental Philosophy (Wiley-Blackwell), par Catherine Larrère.
Trois ouvrages qui nous convaincront que la globalisation de la crise environnementale ne condamne pas pour autant la réflexion développée par les éthiques environnementales.

- La critique de l'ouvrage de Robert P. Weller, Discovering Nature. Globalization and Environmental Culture in China and Taïwan (Cambridge University Press), par Frédéric Keck.
En Chine et à Taïwan, Robert Weller s'interroge sur une autre forme de rapport à la nature et à l’environnement.

- La critique du l'ouvrage de Bryan G. Norton, Sustainability. A philosophy of Adaptive Ecosystem Management (University of Chicago Press), par Hicham-Stéphane Afeissa.

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