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La Shoah par balles : les historiens oubliés
[jeudi 05 juin 2008]



"Shoah par balles – l'histoire oubliée", tel est le titre percutant de l'émission Pièces à conviction diffusée sur France 3 le 12 mars 2008 à 20 h 50. L'enjeu était de sensibiliser le grand public à cette dimension de l'extermination des juifs d'Europe qu'ont été les fusillades massives de juifs soviétiques par les nazis à partir de l'été 1941. C'est avec le plus grand malaise que nous, historiens, avons suivi ce programme en deux parties, fait d'abord d'un documentaire de Romain Icard relatant l'entreprise d'exhumation de charniers menée en Ukraine par le père Desbois et son équipe, puis d'une discussion de la journaliste Élise Lucet avec le père Desbois et Simone Veil. La première minute de l'émission donne en effet le vertige. Des faits avérés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont présentés comme une découverte récente, due au "travail d'enquête méticuleux et acharné" du père Desbois. D'une voix forte, la journaliste Élise Lucet assène : "On croyait tout savoir, et pourtant" avant de lâcher ce qui se veut un scoop, "60 ans après, un homme, un prêtre catholique, nous révèle une autre réalité du massacre, un génocide sans camp, sans chambre à gaz". Un holocauste dont personne n'aurait parlé, tel est bien le message retenu par nombre de journalistes ayant visionné l'émission. Dans Télérama, Erwan Desplanques salue un prêtre catholique qui a découvert "presque par hasard" la Shoah par balles, réparé un "oubli historique majeur" et rendu "enfin hommage à ces morts de l'ombre". Dans le supplément télé du Monde, Olivier Zilbertin évoque un "holocauste longtemps tu", qui "aurait pu se perdre dans l'oubli, enseveli pour toujours". 

Nous n'épiloguerons pas sur la totale absence de recul critique de certains journalistes. Plus préoccupante est l'attitude du Père Desbois qui n'a, nolens  volens, fait aucun effort durant la discussion pour dissiper l'effet déplorable de la soi disant révélation. À une question d'Élise Lucet s'enquérant de ce qu'avaient écrit les historiens, il se contente d'évoquer le mur de Berlin, l'impossibilité pour les historiens allemands d'accéder aux archives soviétiques, et l'isolement d'un unique historien ukrainien. À l'entendre, ce n'est qu'en 2007, lors d'un colloque à la Sorbonne, que les choses sérieuses ont commencé, les historiens des deux côtés ayant enfin pu dialoguer. Le message délivré par les organisateurs de l'émission, le documentaire et les propos du Père Desbois est donc clair : la mise à jour de l'holocauste supposé oublié est à porter au crédit du seul Père Desbois. N'est-ce pas d'ailleurs ce que suggère fortement la couverture de son livre paru fin 2007, intitulé Porteur du mémoires, sur laquelle on peut lire "Un prêtre révèle la Shoah par balles"? Puisque le Père Desbois ne l'a pas fait à l'antenne et qu'il n'y avait sur le plateau aucun historien pour nuancer ses propos, rappelons quelques évidences connues non seulement des historiens, mais de quiconque un peu au fait de l'histoire de la Shoah. Les fusillades massives perpétrées en URSS occupée, notamment par les Einsatzgruppen, ont été abondamment évoquées à Nuremberg, où plusieurs dirigeants de ces unités ont été condamnés à mort lors de procès à la fin des années 40. Holocauste, le feuilleton américain de la fin des années 70 vu lors de sa première diffusion par plus de 100 millions de téléspectateurs, évoque par ailleurs longuement les fusillades massives. Le nom de Babi Jar, lieu du massacre de 33 771 juifs de Kiev en septembre 1941, est resté tristement célèbre, emblématique de ces crimes terrifiants, sur lesquels les historiens travaillent depuis les débuts de la recherche sur le nazisme. Dans La Destruction des Juifs d'Europe publié en 1961, Raul Hilberg consacre de très nombreuses pages aux "opérations mobiles de tueries". Les meilleurs historiens de la Shoah - Philippe Burrin, Christopher Browning, Peter Longerich, Saul Friedländer, et ce sans même parler des jeunes historiens allemands ayant fait un usage massif des archives est-européennes dès les années 1990… - ont longuement analysé la signification des fusillades massives. Doit-on vraiment répéter que la Shoah est un objet d'étude investi par de très nombreux historiens depuis plusieurs décennies ?

Certes, tout n'a pas été dit sur les fusillades massives. Le travail des chercheurs s'est effectivement intensifié depuis la chute du mur et l'accès aux archives soviétiques. Bien que sa finalité soit plus religieuse et mémorielle que scientifique, ce qui en limite la portée - l'enjeu étant de repérer les fosses des crimes commis en Ukraine afin qu'il soit possible d'ériger des mémoriaux -, le travail du Père Desbois constitue un apport appréciable, les témoignages collectés venant enrichir l'éventail des sources à la disposition des historiens. Mais laisser entendre, dans le cadre d'une émission grand public, que la "Shoah par balles" serait la découverte d'un homme quasiment seul, véritable justicier mémoriel auquel on "rend hommage", est proprement stupéfiant : les fusillades massives sont largement documentées dans les archives - occidentales comme est-européennes - et par les travaux des historiens.

Très problématique apparaît donc la manière dont le documentaire présente le travail du Père Desbois comme une entreprise d'administration de la preuve des crimes commis par les nazis. Au tout début, la voix off d'Anouk Grinberg s'interroge : "Comment prouver l'existence de la Shoah par balles ?". S'ensuit une présentation du travail du Père Desbois comme une enquête policière, des témoins indiquant les lieux du crime, un expert en balistique ramassant les douilles, la caméra pointant les ossements mis à jour. Mais taire le fait - fondamental -  que la matérialité des fusillades massives est établie depuis très longtemps, suggérer, - ce qui est plus grave encore -, que la démonstration de la réalité de la Shoah par balles, dont personne ou presque n'aurait parlé jusqu'au Père Desbois, ne tiendrait qu'à des douilles et des ossements retrouvés il y a peu dans des taillis ou des bosquets, n'est-ce pas faire un cadeau aux derniers négationnistes ? Tel n'était pas, bien sûr, l'intention des organisateurs de l'émission ni celle du Père Desbois ou de Simone Veil, qui affirme elle aussi avoir découvert un autre aspect de la Shoah grâce au Père Desbois. L'effet n'en est pas moins désastreux.

Faute de temps et d'espace, nous passerons sur bien d'autres aspects de cette navrante soirée, marquée au sceau du tabou et du compassionnel ; une soirée qui fut non pas une leçon de mémoire, mais un pseudo scoop dont on peut légitimement se demander ce qu'il doit à la nonchalance, à l'ignorance, voire à l'imposture ; une soirée qui représente un exemple inquiétant de vulgarisation sensationnaliste et mal maîtrisée, contre lequel il est de notre devoir de nous élever, loin de toute crispation corporatiste. Car s'il devient possible d'affirmer, en "prime time", que des crimes ont été occultés soixante années durant alors qu'ils sont avérés et documentés depuis la fin de la guerre, la porte est ouverte à toutes les dérives. Et nous avons la candeur de croire que tel ne devrait pas être le cas.


* À lire également sur nonfiction.fr :

- la critique du livre de Saul Friedländer, Les années d'extermination. L'Allemagne nazie et les Juifs (1939-1945) (Seuil), par Jérôme Segal.
Le second volume du travail de S. Friedländer consacré à la persécution des Juifs en Europe. Une somme incontournable.

- la critique du livre de Peter Longerich, Nous ne savions pas. Les Allemands et la Solution finale (Héloïse d'Ormesson), par Anne Pédron.
Un livre majeur sur la question complexe de savoir ce que les Allemands percevaient de l’extermination des Juifs. Une belle réussite.

- la critique du Journal d'Hélène Berr (Tallandier), par François Quinton.

Ce journal poignant d’une demoiselle juive sous l’Occupation, publié pour la première fois, est, incontestablement, l’événement de cette rentrée.



- la critique du livre de Gerhard Botz, Nationalsozialismus in Wien. Machtübernahme, Herrschaftssicherung, Radikalisierung – 1938/39 (Mandelbaum), par Jérôme Segal.
Un livre clé sur la prise du pouvoir, l'installation et la radicalisation du national-socialisme à Vienne.

- la critique du livre dirigé par Michel Cullin et Primavera Driessen-Gruber, Douce France? Musik-Exil in Frankreich / Musiciens en Exil en France 1933-1945 (Böhlau), par Jérôme Segal.
Un livre qui défriche de façon intéressante (et bilingue !) un champ de recherche.

- la critique du livre de Jean-Yves Dormagen, Les logiques du fascisme italien (Fayard), par Antoine Aubert.
L'Italie fasciste fut-elle totalitaire ? Oui, répond l'auteur, de façon peu convaincante.

- la critique du livre d'Emilio Gentile, Fascismo di pietra (Laterza), par Antoine Aubert.
E. Gentile, spécialiste du fascisme, évoque les projets architecturaux entrepris par Mussolini à Rome pour asseoir son pouvoir.

- la critique croisée de deux livres d'Emilio Gentile, Il fascino del persecutore. George L. Mosse e la catastrofe dell'uomo moderno (Carocci), et Renzo De Felice. L'Historien dans la cité (Le Rocher), par Antoine Aubert.
Emilio Gentile décortique, dans deux biographies parallèles, les vies de deux historiens spécialistes du fascisme - Mosse et De Felice.

- la critique du livre de Daphné Bolz, Les Arènes totalitaires. Hitler, Mussolini et les jeux du stade (CNRS), par Emmanuelle Loyer.
Une étude sur le rapport ambigu entre sport et politique à la lumière des instrumentalisations du premier par le second dans l'Allemagne et l'Italie des années 1930.


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Crédit photo: Flickr.com/ ghedo

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29 commentaires

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Michel

05/06/08 21:43
Bravo et merci de cet excellent article. Heureusement les historiens veillent au grain !
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J&B

06/06/08 10:22
Cet article est tout simplement génial ; en même temps, il est symptomatique de notre époque où l'émotion et la mémoire ont remplacé l'analyse et l'histoire. Donc merci de publier un tel texte.
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Michelle

06/06/08 10:43
Effectivement, ce n'était pas un scoop pour moi, mais j'ai quand même acheté son livre et je l'ai lu
Poignant
http://michelle-goldstein.blogspot.com
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l'amateur

06/06/08 11:25
Il est vrai que la démarche de Desbois est (assez) originale mais que les faits sont déjà connus. Ceux qui ont lu les ouvrages de Browning, de Friedländer et des autres historiens cités dans l'article le savaient. Ce qui m'a le plus étonné dans cette émission, au delà de la présentation "publicitaire", c'est la caution morale donnée par Simone Veil. L'article n'évoque pas cet aspect curieusement. Il est vrai que Simone Veil est devenue la figure tutélaire intouchable devant laquelle la prosternation béate est obligée.
Personnellement, je préfère d'autres figures moins médiatiques qui évoquent leur expérience avec modestie, dignité et force. Et je renvoie à un livre que Delfeil de Ton évoque dans son émission sur Bibliobs (Les jeudis de Delfeil).

http://bibliobs.nouvelobs.com/2008/05/19/en-video-sam-braun-lhomme-qui-sest-tu-pendant-40-ans
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e-jacques

06/06/08 22:08
Je comprends parfaitement qu'un historien puisse rappeler que des faits révéllés comme une découverte étaient déjà connus. Mais que leeu seule réaction porte là-dessus, voilà qui ressemble fort à de la mesquinerie. C'est pourtant un fait qu'une énorme majorité du public l'a oublié ou ne l'a pas su et que cette émission était donc fort utile même si elle blesse l'amour propre de certains historiens. Que n'en avaient-ils pris l'initiative eux-mêmes au lieu de chercher des poux dans la tête de ceux qui le font
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J&B

06/06/08 22:34
Excusez-moi e-jacques, mais je crois que vous n'avez rien compris aux enjeux de cette affaire. Il n'est nullement question d'amour propre d'historiens, ni de réticence envers une entreprise de vulgarisation. Quel est le problème ?
1) on fait croire au gens que la découverte de la "Shoah par balles" revient à ce brave père ; qu'il ait fait un travail utile : ok. Mais il faut rétablir d'abord les faits, c'est-à-dire la vérité. N'est-elle pas importante la vérité, sur un tel sujet ? Et elle commence par dire que les historiens font leur boulot.
2) Or les journalistes en sont - pour beaucoup - incapables. Pourquoi ? parce qu'ils manquent cruellement de culture historique (eh oui...), et qu'ils sont dans une logique dans laquelle l'analyse ne pèse pas lourd face à la charge émotionnelle qu'il faut communiquer au public.
3) A votre vis, pourquoi aucun historien n'était présent sur le plateau ? parce qu'aucun n'aurait souhaité présenter le résultats des recherches passées et en cours ? Voila une crédulité navrante. La réalité est simple : qui veut d'un savant qui s'adresse au cerveau des gens ? qui a besoin de plus de 20 secondes pour donner aux téléspectateurs des éléments de compréhension ? qui se refuse à donner des réponses simplistes à des questions mal posées ?
4) Donc en fin de compte, on en arrive à passer en "prime time" quelque chose qui n'est pas loin de l'imposture... Qu'on en parle, mais qu'on en parle bien ! Lisez-bien le passage sur les dangers d'une telle présentation dont peuvent faire leur miel les négationnistes, et vous comprendrez que l'enjeu n'est pas mince.

Donc bravo à nonfiction de publier un tel texte. C'est courageux par les temps qui courrent...
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Le ralisateur en question

07/06/08 09:52
Bonjour,
Je lis, non sans un certain malaise, ce papier non signé. Etant le réalisateur de ce documentaire "désastreux", je dois dire qu'il me faudrait plus que ces quelques lignes répondre aux absurdités et raccourcis quasi "grand public" qu'il contient.
Aussi, serais-je ravi de pouvoir deviser avec son auteur de manière plus privée : r_icard(at)hotmail.com.
Car si vous estimez mon travail propice au négationnisme et au sensationnalisme, c'est que vous êtes, soit de mauvaise foi, soit "malcomprenant", soit stupide. J'aimerais éclaircir la question en vous parlant.
Bien cordialement,
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Initiative

07/06/08 14:16
L'article est signé, pour info! Je crois qu'il est bon que France 3 organise des "prime-time" sur des sujets historiques importants. Ce qui n'est pas correct, c'est de faire comme-ci l'ensemble du travail des historiens depuis la seconde guerre mondiale sur cette question n'a jamais existé...
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claireobscure

07/06/08 19:24
Mesquinerie en effet de cette critique anonyme. Réduire ce film à une question de préséance -on le savait déjà - et omettre de signaler que le père Desbois fait parler les témoins ukrainiens et donne une sépulture à ce qui reste de ces morts eux aussi anonymes me paraît relever d'une grande vulgarité d'esprit.
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MartinK

07/06/08 19:35
La critique est signée (voir le cartouche "Rédacteur" dans la colonne droite), par les historiens Christian Ingrao et Jean Solchany, respectivement chercheur à l'IHTP et Maître de Conf à l'IEP de Lyon.
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Anne

08/06/08 13:31
Je ne suis pas habituée à "poster" des commentaires, mais je tenais juste à dire que je trouve cet article intéressant pour la modeste téléspectatrice que je suis. Je ne pense pas du tout qu'il réduise cette émission à une "question de préséance".
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Franck

08/06/08 17:16
Bravo !
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Franois Delpla

02/07/08 18:03
Le papier d'Ingrao et Solchany sombre volontiers dans les défauts qu'il dénonce, et en particulier celui du simplisme. Pour avoir participé au colloque mentionné, je peux dire que les historiens ne sont pas niés, et pas davantage ignorés, par Patrick Desbois et ses collaborateurs. Mais il est vrai que, si les téléspectateurs n'ont retenu que les formules, exactes, citées par Ingrao et Solchany, ils peuvent être induits à regarder les découvertes de cette équipe comme un commencement absolu. Ce n'est donc pas le colloque qui est à incriminer, et moins encore la rigueur des recherches, mais bien la télévision, son trop fréquent sensationnalisme et le fait qu'elle n'ait pas invité d'historien.
Je sais gré également aux auteurs de l'article de souligner que le judéocide est connu et étudié depuis le lendemain de la guerre et que la place, à cet égard, des procès de Nuremberg est centrale : le commun des mortels a trop tendance à penser que tout commence avec le procès Eichmann (1961).
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tavar

03/07/08 09:17
Emotion et compassion sont aujourd'hui devenues les fléaux de l'Histoire (et de l'actualité). Merci aux deux auteurs de l'article d'avoir sainement resitué la vérité historique.
Le père Desbois n'a rien inventé, avec sa bonne volonté et sa hiérarchie, il surfe sur un sensationnel qui ne l'est plus déjà depuis les révélations des procès de Nuremberg.
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Rivka

04/07/08 20:22
Les faits étaient connus? Par qui? Certainement pas par le grand public!
Et bien moi j'ai découvert les faits grâce au Père Desbois. Je ne vois nulle imposture de sa part, ni frime, ni "je tire à moi, la couverture"!
Je suis une simple française qui lit depuis les années 8O des ouvrages sur la Shoah, qui participe à de nombreuses conférences, qui se rend régulièrement au Mémorial de la Shoah, qui est allée à Auschwitz avec la Marche des Vivants, et bien je ne connaissais pas les détails de la Shoah par balles. Juste une vague idée de massacres au bord de fosses
quelque part en Europe centrale. Que le Père Desbois soit remercié pour sa retenue, son humilité et pour son courage. Ce n'est pas un historien selon les normes universitaires? Et alors? Presque seul il a rendu peu à peu leur dignité à toutes ces victimes oubliées par le cartel des historiens officiels!
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Franois Delpla

05/07/08 21:28
***Presque seul il a rendu peu à peu leur dignité à toutes ces victimes oubliées par le cartel des historiens officiels!***

cela aussi est excessif

halte à cet affrontement manichéen, il y a de la place pour tout le monde, vous dis-je !

Il n'y a pas de cartel, ni, dans nos démocraties même imparfaites ô combien, d'historiens officiels. Les victimes n'étaient pas oubliées. Mais tout un pan du réel était dans le brouillard, et l'inventaire des fosses doublé de la prise de parole des témoins représente une avancée considérable.

A ce stade d'ailleurs il serait normal et sain que Solchany et Ingrao reprennent la parole, pour nous informer que le débat les a amenés à nuancer leur pensée.
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Franois Delpla

11/07/08 09:26
La critique est aisée mais l'art est difficile, disait Boileau au Grand siècle.

Au prix du sacrifice de l'alexandrin, on peut adapter la phrase à notre temps, et à la conjoncture de cet échange, en remplaçant "l'art" par "le débat".
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Franois Delpla

23/08/08 11:06
Je rentre de vacances et je suis sidéré.
On voit souvent sur les blogs des tenanciers paresseux, qui lancent des débats et ensuite laissent leurs visiteurs en découdre sans jamais intervenir. On en prend son parti. C'est un genre et si on n'aime pas on peut passer son chemin. Mais ici ! Ce n'est pas un blog personnel, c'est un site de discussion, et cela la fiche vraiment très, très mal qu'on se mette à deux pour pondre un texte polémique, visant nommément des personnes puis qu'on disparaisse, avec un souverain mépris pour les arguments fouillés et nuancés qu'on s'est vu opposer.

Jean, Christian, est-ce vraiment l'image que vous voulez donner au quidam de passage des historiens universitaires ? Pour vous aussi il y a eu l'été, les vacances, et sans doute des tâches urgentes... Mais ressaisissez-vous, il n'est que temps !
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Franois Delpla

12/09/08 10:20
Il semble que certaines gens utilisent l'outil "Internet" sans avoir pris l'exacte mesure de ses servitudes comme de ses potentialités :

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=353

http://www.mediapart.fr/club/blog/francois-delpla/130708/internet-et-l-universite
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Franois Delpla

15/09/08 14:13
à présent les médiateurs sont saisis de la carence de ceux qui ont lancé le débat (intéressant d'ailleurs) mais font la grève de la participation.

Patience et longueur de temps...
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hlkhsg

30/12/08 15:01
dommage que les auteurs ne repondent pas a leur collegue, ca ferait un echange interessant.

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Franois Delpla

07/05/09 07:54
J'ai fini par m'en expliquer avec l'un d'eux.
Le texte aurait dû paraître sur papier et n'était ici que par défaut.
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Franois Delpla

04/06/09 01:22
Le débat a rebondi ici : http://www.nonfiction.fr/articlecomment-2537-_meme_le_nouveau_ne_au_berceau_doit_etre_ecrase_comme_un_gros_rat_.htm#newcomment
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Franois Delpla

11/06/09 13:34
Une relance de l'affaire a été effectuée par le truchement de la revue Vingtième siècle en son numéro de mai 2009. Un nouvel article de Solchany et Ingrao a donné lieu à l'organisation d'un débat par Emmanuel Laurentin sur France-Culture le 27 mai. Ce dernier s'est plaint sur le site "idées@jour" http://www.idee-jour.fr/Peut-on-encore-debattre-des-sujets.html que le Père Desbois ait décliné l'invitation et a même théorisé la chose, de la manière la plus partiale, en prétendant que les débats historiques se durcissaient et qu'il n'arrivait plus à inviter ensemble les protagonistes, l'un des camps se dérobant régulièrement. Cela au prix d'une dissimulation de ce qui s'était passé depuis un an ici même ! Puisque selon Laurentin "Lorigine même de cette émission est un article de la revue XXe siècle, co-signé par Christian Ingrao (Institut de lHistoire du Temps présent) et Jean Solchany (maître de conférences à lIEP Lyon)." Nul doute que la direction de nonfiction.fr attirera son attention sur cette préhistoire passée sous silence, et obtiendra un rectificatif...

On notera aussi que Laurentin s'exprime sur un site interactif et laisse les contestations sans réponse : de ce point de vue nos Dupont-Dupond ont fait école !
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maharal

23/06/09 10:11
« Querelle » autour du Père Desbois, par Alix Brijatoff, descendante dune famille exterminée à Riga en 1941

Je ne suis que peu étonnée de cette controverse. Dun côté les historiens qui refusent que des non-historiens se piquent de faire des « trouvailles inédites » sur un sujet largement traité par « les universitaires » de Hilberg à Friedländer, Poliakov, A.Wivorka, etc. de lautre, le père Desbois, lhomme de foi - directeur du service national pour les relations avec le judaïsme auprès de la conférence des évêques de France. Il est « en service commandé » : parmi ces uvres, celle de « permettre denterrer dignement les juifs tués en Ukraine en 1940/1941 (par les einsatzgruppen). Réconcilier les Chrétiens et les juifs, les faire dialoguer Louverture des charniers est lune des actions qui en sont issues.

Là où la polémique enfle depuis quelques mois, cest lorsque les « vrais historiens » sinterrogent sur ses méthodes et en particulier sur 3 points qui posent problème :
- Les « témoins », la façon dont ils sont interrogés (librement, sous la contrainte), la nature de ces témoins (ne seraient-ils pas plutôt des anciens « acteurs » des tueries ce qui amène au second point
- La sous-estimation, voire la dénégation du rôle des ukrainiens dans les massacres et bien sûr dans les pillages (pendant et après)
- Lantisémitisme latent et toujours vif dans tous les pays concernés, peu ou pas évoqué.

Il faut souligner que les nazis (einsatzgruppen à peine 3 000 hommes, Waffen SS et autres unités militaires issues de la Werhmacht) ont eu non seulement des « supplétifs » dans les populations locales (ukrainiens, polonais, estoniens, lithuaniens, lettons), mais aussi des agents très actifs, voire jubilatoires !

Le père Desbois se trouve dans le collimateur des historiens qui travaillent depuis longtemps sur ce sujet. Leur colère se cristallise sur le fait « la révélation », la médiatisation, la renommée, les honneurs et reconnaissance qui est faite « au découvreur . Création et personnage médiatique, synthétisés par le groupe de mots qui qualifie ces horreurs « la Shoah par balles ». « So what » pour le péquin moyen ? Y a-t-il tromperies, mensonges, médiatisation hors de proportions ?

À cette querelle de « corporatismes » concurrents, je réponds par le récit Tombes Lointaines », chez Robert Laffont que je viens décrire , descendante dune famille exterminée à Riga que je suis. Jai répondu à une « mission sacrée », non un devoir de mémoire mais un « devoir de vie ». Jai rendu la vie à mes héroïnes (Ita, Brocha, Bluma) et à tous les autres. La torah dit que l «on est mort quand votre nom nest plus énoncé». Je lai fait par une voix littéraire que je prête à Brocha - ma grand mère. Je me suis « ressouvenu» ce que nous racontait notre mère - Bluma. Jai suivi le souhait de Simon Doubnov, assassiné le 8 Décembre 1941 à Riga , dont le journal na jamais été retrouvé : « Schreibt und ferschreibt », « écrivez et consignez ». Tout en respectant lindispensable contextualisation du récit que jai brossé sur la partie de droite du livre.
Je résume mon propos par cette citation du talmud: « Il ne faut pas avoir peur du bonheur. Cest seulement un bon moment à passer ! ». Cest le ton de ce livre que jespère vous lirez.

Le Père Desbois redonne cette vie dune autre façon, celle chrétienne de la révérence aux morts , cest à dire en leur donnant une sépulture , « leur rendant leur dignité humaine ».
Personne nest de trop pour faire savoir et surtout mieux connaître les tenants et aboutissants de ces massacres de vies, de cultures, de passés , de futurs. Pour ma modeste part , je les ai fait revivre dans leur vie quotidienne. par mon cur, par ma bouche, par ma main, par mes larmes .


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Franois Delpla

23/06/09 11:46
Eh bien vous avez tort, Alix !
Non point dans votre empathie pour le travail de Desbois, mais dans votre adhésion à la thèse d'un conflit entre lui et "les historiens".

En un an, et malgré le support d'une revue professionnelle de bon aloi (Vingtième siècle), nos présents duettistes ("présents" étant d'ailleurs une façon de parler) n'ont recruté qu'un disciple qu'on peut qualifier d'universitaire : Alexandra Laignel-Lavastine... qui d'ailleurs les a laissés sur place, en matière de culot et de contre-vérités !

cf. http://www.idee-jour.fr/Alexandra-Laignel-Lavastine-vs.html
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Franois Delpla

09/07/09 17:50
Une excellente intervention de Serge Klarsfeld : http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=49&t=20958&st=0&sk=t&sd=a&start=180
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Franois Delpla

14/10/09 10:50
Derniers développements : à ce jour, AUCUN historien n'a rejoint dans ses critiques les auteurs ici mentionnés. Cependant quelques journalistes ont pris le relais : Emmanuel Laurentin, Thomas Wieder, Alexandra Laignel-Lavastine, Emmanuel Lemieux... le pire, car exilant les commentaires défavorables bien loin de ses saints articles ! Cf. http://www.idee-jour.fr/Francois-Delpla-parle-a-Francois.html

Patrick Desbois continue son bonhomme de chemin poussiéreux soviétique. Ne ratez pas ce jeudi l'inauguration du dépôt d'archives annoncé. Il a fait cependant l'objet d'une attaque d'un autre type : une fausse lettre de 28 mages de lui signée, négationniste, adressée à des personnalités catholiques depuis le 1er juillet 2009 !
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julienne

02/02/12 17:47
j'invite les lecteurs du site à lire la remarquable et originale étude de l'historienne Limore Yagil sur les modalités du sauvetage des juifs en France pendant les années 1940-1944. Pour la première fois il ne s'agit pas de se limiter à une sociologie des Justes parmi les nations, mais d'une étude globale de toutes les modalités du sauvetage des juifs - environ 230.000 juifs, sauvés en France. C'est la capacité de désobéir aux lois qui est le point commun à tous ceux qui ont pris des initiatives en faveur des juifs - enfants ou adultes. On n'y trouve des préfets, des maires, des gendarmes, des politiciers, des artistes, des enseignants, des assistantes sociales, des universitaires, des scientifiques, des évêques, des pasteurs, des prêtres et des religieuses, des concierges et des paysans , bref toutes les classes sociales y figurent. Une tentative exemplaire et courageuse pour comprendre le sauvetage des juifs en France, en dépit de la politique antisémite de Vichy et en dépit d'un climat antisémite ayant précédé VIchy.
A lire: "La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944: l'exemple du sauvetage des juifs", Edit du Cerf, 3 tomes, 1200p.

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