Actuel Moyen Âge - La femme, le prêtre et le sextoy
[lundi 20 mai 2019]


Des sextoy au Moyen ge ? Certaines femmes auraient coutume d'en utiliser et certains prtres nous en parlent...

Que ceux qui ont ouvert cet article pour entendre parler de sextoy médiévaux ne se fassent pas d’illusion : on va surtout parler des femmes et des prêtres. Pas par pudibonderie, mais surtout par manque de source : il n’existe pas d’étude approfondie sur les sextoys pour le Moyen Âge. Même l'archéologie expérimentale ne s’est pas encore lancée sur ce terrain. D’ailleurs, l’illustration de cet article représente juste une femme avec son rouet.

 

Parce que certaines rouées en auraient quand même eu…

Pourtant il y a bien quelques textes qui nous parlent de ces objets. On les voit apparaître sous la plume des prédicateurs ou des confesseurs qui, forcément, pressent les femmes de s’en débarrasser. Burchard de Worms, un évêque du XIe siècle, se lance ainsi dans un manuel destiné aux confesseurs, où il fait la liste des questions à poser aux fidèles. Et parmi ces questions, il met à part une série à poser exclusivement aux femmes.

« As-tu fait ce que certaines femmes ont coutume de faire, as-tu fabriqué une certaine machine de la taille qui te convient, l’as-tu lié à l’emplacement de ton sexe ou de celui d’une compagne et as-tu forniqué avec d’autres mauvaises femmes ou d’autres avec toi, avec cet instrument ou un autre ? »

Vous noterez que c’est assez maigre en information. Le terme latin est machinamentum : un terme qui désigne un outil, une machine, un stratagème.

 

Le prêtre et le sextoy… sans la femme ?

Burchard de Worms écrit dans un contexte de renforcement du pouvoir de l’Église sur la société, la famille, et donc, du même coup, la sexualité. On est à peine quelques décennies avant le début de la réforme grégorienne, qui va chercher à séparer les clercs, voués à la chasteté, des laïcs, voués au mariage. La bonne sexualité se définit donc selon les règles du bon mariage : elle est hétérosexuelle, ne peut unir deux consanguins (des personnes de la même famille), devrait être consensuelle (on a le droit de dire non), et elle a pour but la procréation. Le manuel de Burchard de Worms fait partie de l’outillage mental des clercs qui fixent ces normes : dans la liste des interdits apparait donc, en creux, l’idée qu’un ecclésiastique se fait de la sexualité licite.

D’ailleurs l’interdiction des sextoys est suivie d’une foule d’autres interdits : machine à forniquer, masturbation et homosexualité sont mises dans le même sac que la pédophilie, la zoophilie, la prostitution de soi ou d’une autre. Enfin, les potions aphrodisiaques, contraceptives, ou encore le simple fait d’enseigner comment avorter à une autre femme est tout à fait illicite.

 

Des livres dans nos lits

Alors, sextoys ou pas sextoys ? On le voit : le texte de Burchard de Worms ne nous apprend pas grand chose sur les pratiques réelles des femmes. Il nous en dit bien plus, en revanche, sur l’évolution des normes sexuelles. Nous avons décidé (très récemment) que le consentement servait à tracer la ligne entre interdit et autorisé. Du coup l’homosexualité, la masturbation ou encore l’usage de sextoys passent dans la catégorie autorisée. Par contre la pédophilie est interdite, et on devient de plus en plus attentifs à faire disparaître la zone grise qui entoure encore souvent les relations non consenties. Les médiévaux, eux, traçaient leur ligne de démarcation entre interdit et autorisé avec la procréation. Pas toujours de façon très stricte, mais les sextoys sortent du champ du possible, surtout entre femmes.

Impossible de savoir si les femmes avaient souvent des sextoys dans leur lit il y a mille ans. Par contre on voit bien que nous continuons à avoir toujours en tête beaucoup de normes et de représentations sur ce qui est bien ou mal, interdit ou autorisé, et qui se décale lentement de siècle en siècle. Qu’on les ait lus ou qu’on en ait entendu parler, tous ces livres qui expliquent ce qu’il faut ou ne faut pas faire finissent par se glisser dans nos vies et dans nos lits.

 

Pour en savoir plus :

- Georges Duby, Dames du XIIe siècle, t. III, Eve et les prêtres, Paris, Gallimard, 1996, citation p. 26.

- Georges Duby, Le chevalier, la femme et le prêtre, Paris, Hachette, 1981.

Vous pouvez retrouver tous les articles de cette série sur le site Actuel Moyen Âge.

 

 

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