Histoire

Enseigner la Grande Guerre. Actes du colloque, abbaye-école de Sorèze, 21-22 octobre 2017

Couverture ouvrage

Caroline Barrera Rmy Cazals
Editions midi-pyrénéennes , 144 pages

La Guerre en classes
[samedi 11 mai 2019]


Comment la Grande Guerre a-t-elle t enseigne des annes 1920 aujourd'hui ?

Avec la fin du Centenaire de la Grande Guerre et la dissolution de la Mission en juillet 2019 (créée pour orchestrer les commémorations en 2012), les ouvrages qui tirent à la fois un bilan sur celui-ci et développent des perspectives d'avenir au sujet des recherches sur la Première Guerre mondiale fleurissent. L'heure des comptes a en effet sonné, à l'image du travail d’Alexandre Lafon avec Le Centenaire à l'école, publié par Canopé en 2019.

Enseigner la Grande Guerre fait donc partie de ces ouvrages publiés à la fin du Centenaire. Il s'agit de l'édition, sous la direction de Rémy Cazals et de Caroline Barrera, d'un colloque très important sur la thématique de l'enseignement de 14-18 organisé à Sorèze dans le Tarn les 21 et 22 octobre 2017. Durant deux jours, de nombreux spécialistes français et européens de 14-18 ont discuté de la façon d'enseigner le conflit des lendemains de la guerre à aujourd'hui. Cette évolution mémorielle est très importante et se répercute sur la façon d'enseigner cette guerre. Plusieurs spécialistes analysent cela à travers divers exemples en Europe (Italie, Allemagne, Irlande). La façon d'enseigner le conflit a aussi évolué : d'une histoire militaire, on est passé à une histoire des hommes qui ont fait la guerre, comme le démontre Nicolas Offenstadt. Plusieurs enseignants-chercheurs font aussi part de leur expérience dans l'enseignement de cette guerre dans le primaire (Bouloc), le secondaire (Marty, Hardier) ou dans l'organisation de stages sur 14-18 pour les enseignants (Pappola).

 

L’évolution de l’enseignement du conflit

L'un des premiers aspects marquants de cet ouvrage est la volonté des auteurs de dresser un bilan de la façon dont a été enseigné ce conflit liminaire du XXe siècle depuis les années 1920. Que ce soit dans les « Malet-Isaac » (Cazals) ou dans les « Lavisse » (Loubes), une réelle évolution de la façon de transmettre l'histoire, mais aussi la mémoire de ce conflit, est notée par les deux auteurs, tous les deux spécialistes de la question de l'enseignement. Ces deux manuels majeurs de l'enseignement de l'histoire dans le primaire, mais aussi le secondaire sous la IIIe République sont des objets d'étude primordiaux et parfaitement analysés par Cazals et Loubes qui montrent ici l'évolution de la façon d'écrire l'histoire dans les manuels, en fonction des préoccupations sociétales. Nicolas Offenstadt, dans l'article intitulé « Enseigner les batailles de la Grande Guerre, quelques remarques » montre parfaitement l'évolution de la façon de percevoir le conflit dans les manuels, à l'image de ce que Laurence de Cock a aussi analysé dans ses ouvrages sur la façon d'enseigner l'histoire en France. À noter le passionnant article de Guy Marival sur la chanson de Craonne, une des œuvres les plus étudiées actuellement au collège et au lycée sur le premier conflit mondial dans le cadre notamment de l'histoire des arts.

Plusieurs articles développent des aspects actuels sur l'enseignement de la Grande Guerre à l'école primaire (Bouloc), dans un collège situé en ZEP (Hardier). Yohann Chanoir fait pour sa part une réflexion tout à fait pertinente sur la place de ce conflit dans les programmes actuels de collège et de lycée. Quant à Remi Cazals, il sonde la vivacité de la recherche sur 14-18 à l'université en étudiant les mémoires de recherches sur le sujet.

 

Une vision européenne

L'un des aspects les plus novateurs d'Enseigner la Grande Guerre est la vision européenne voulue par les auteurs, en proposant bien sûr la nécessaire mise au point chez « l'ennemi allemand » (Bendick) ou chez « l'ami italien » (Prezioso). Ces deux mises au point permettent d'étudier la vision du conflit dans les manuels chez un pays vainqueur (l'Italie) et dans un pays vaincu en 1918 (l'Allemagne). La lecture de ces articles montre ainsi des divergences sur les points de vue sur le conflit et sur la mémoire de celui-ci dans les manuels, même si l'Italie est un cas à part chez les vainqueurs car la « victoire mutilée » a laissé des traces.

L'article de Karin Fischer sur la façon de percevoir le conflit en Irlande est tout à fait intéressant car il montre une différence de perspective entre les deux parties du pays qui connaît, dès Pâques 1916, en plein conflit, une accélération de l'histoire vers l'autonomie, puis l'indépendance de l'Eire alors que l'Ulster décide de rester fidèle à la couronne britannique et perçoit les indépendantistes qui ont lancé leurs actions en pleine Grande Guerre comme des traîtres.

Raphaël Georges, en présentant l'enseignement de la Première Guerre mondiale en Alsace, souligne combien dans ce territoire, ballotté entre France et Allemagne entre 1870 et 1945, est complexé. Que ce soit entre 1914 et 1918 ou entre 1940 et 1944, les Alsaciens et Mosellans ont vécu deux conflits majeurs sous l'uniforme ennemi puis sont retournés à chaque fois dans le giron d'un pays vainqueur. Cela pose des problématiques majeures que les enseignants doivent expliquer à leurs élèves.

 

Une contribution au bilan du Centenaire

Enseigner la Grande Guerre fait donc partie de ces ouvrages qui participent directement au bilan du Centenaire de la Première Guerre mondiale. L'ouvrage est d'ailleurs labellisé par la mission, ce qui est gage de qualité sur le sujet. Avec le travail d'Alexandre Lafon, on peut effectivement se poser la question de savoir si « le Centenaire à l'école est à l'origine d'un nouveau paradigme commémoratif » ? Joseph Zimet, directeur de la Mission du Centenaire, explique que le Centenaire a apporté de nombreux bénéfices au élèves, aux enseignants et surtout à l’École de façon plus générale. Cédric Marty, chercheur sur 14-18 mais surtout IPR  d'histoire-géographie dans l'Académie de Toulouse, insiste sur les nombreux travaux et projets novateurs dans son académie. Son collège François Icher développe, dans un article très didactique, les enjeux de l'enseignement de cette période. Enfin, un article précieux de Jean-Yves Le Naour sur 14-18 et la bande dessinée montre combien ce média est aujourd'hui fondamental chez les élèves et les enseignants pour étudier ce conflit. Le Naour est bien placé pour traiter ce thème, puisqu'il a participé à des bandes dessinées sur la Grande Guerre .

 

Enseigner la Grande Guerre est donc un ouvrage majeur sur l'enseigmenet de 14-18. Tout d'abord par sa présentation colorée et aérée qui donne envie de le lire. Par son fond ensuite : un panel des meilleurs spécialistes de la Grande Guerre traite ici, dans des articles brefs et bien documentés, de nombreux aspects sur l'enseignement de la Grande Guerre que l'on ne retrouve pas ailleurs. La lecture d'Enseigner la Grande Guerre est donc à recommander dans une période où les polémiques sur l'enseignement de l'histoire de ce conflit sont encore très présentes, à l'image de celle qui, en mars 2019, a secoué le pays sur la soi-disant disparition de la bataille de Verdun des manuels de lycée. Après avoir lu cet ouvrage, on ne peut qu'être rassuré par la vitalité et la multiplicité des enseignements sur le conflit à l'heure actuelle dans le pays.

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