Histoire

Nous les appelons Vikings

Couverture ouvrage

Gunnar Andersson
Presses universitaires de Rennes (PUR) , 250 pages

Accueil > >
Sur les traces des hommes du nord
[mardi 11 dcembre 2018]


Une plonge au cur des socits scandinaves du haut Moyen ge travers une approche archologique.

À l’occasion de l’exposition « Nous les appelons Vikings », qui s’est tenue du 16 juin au 18 novembre au Musée d’histoire de Nantes, les éditions du Château des ducs de Bretagne, en association avec les PUR et l’équipe du Musée historique de Suède, proposent un ouvrage reprenant les grandes lignes de l’évènement. Sous la direction du conservateur principal du Musée historique de Suède, Gunnar Andersson, et avec la collaboration de plusieurs chercheurs, Nous les appelons Vikings offre une synthèse thématisée de « l’ère viking », principalement apréhendée sous l’angle de l’archéologie.

 

L’essor des « cultures vikings »

Après avoir évoqué très brievement les sources disponibles afin d’étudier le phénomène viking, le maître d’œuvre de l’ouvrage ne manque pas de rappeler qu’il est difficile de considérer le sujet d’étude de manière monolithique. Ne formant pas un groupe ethnique homogène, les Vikings provenaient, à l’origine, de zones géographiques distinctes qui forment aujourd’hui ce nous appelons la Scandinavie (Danemark, Norvège, Suède et Finlande). Peu à peu, ces derniers essaimèrent au-delà des mers, en Russie, en Islande ou encore en Amérique du Nord. Grands voyageurs et grands commerçants, ils importèrent dans leur Scandinavie natale de nombreux objets exotiques, à l’image d’une figurine de Bouddha datée du VIe siècle et retrouvée dans l’Upland en Suède . Ainsi, des « cultures vikings », à la fois influencées par des apports exogènes et par une dissémination des hommes, prirent lentement forme. Une certaine unité peut toutefois être recherchée du côté de la religion ou encore de l’art qui constituent le dénominateur commun des Scandinaves d’alors.

 

Thrall, Karl et Jarl : une société complexe

La structure même des sociétés des hommes du nord est ensuite abordée à travers différents chapitres traitant successivement de la famille , de la femme  ou des esclaves . La cellule de base était constituée autour de la ferme, centre de la vie sociale et économique. À un niveau supérieur, les individus se regroupaient au sein d’un clan placé sous le commandement d’un chef. Le lignage et les ancêtres formaient des références essentielles. Selon le poème de la Rígsþula, la société était divisée en trois ordres : les esclaves descendant de Thrall ; les hommes libres descendant de Karl et les rois descendant de Jarl. Au sein de ce modèle tripartite tout théorique, de nombreuses situations coexistaient. Ainsi en était-il des femmes qui semblent n’avoir pas été cantonnées à un seul et même rôle. Les sources archéologiques révèlent en effet qu’elles étaient souvent de la partie lors des expéditions, qu’elles géraient les fermes en l’abscence de leurs époux ou encore, qu’à certains moments, certaines se faisaient « sorcière » - völva – comme en témoignent les bâtons de prophétesse retouvés dans diverses tombes . Il en va de même pour les esclaves – représentant près de 20 % de la population totale dans certaines régions – qui formaient un groupe complexe. Dans ce cas aussi, quelques traces archéologiques subsistent à l’image de la pierre runique de Randbøl (Jutland, Danemark) célébrant la mémoire d’un homme non-libre, ou encore des différents fers de cou exhumés par les archéologues .

Le cadre de vie, aussi bien matériel qu’économique ou culturel, est ensuite abordé au fil des chapitres suivants. Depuis leurs fermes, qui pouvaient posséder des dimenssions impréssionnantes de près de 20 mètres de long sur 7 mètres de large, les hommes et les femmes scandinaves pratiquaient avant tout des activités agricoles. Ainsi, comme le révèle l’archéologie, l’Islande connut, en l’espace de moins de trois générations après sa colonisation, un défrichement tel que les paysages furent radicalement modifiés. En parallèle, des centres proto-urbains émergèrent le long des côtes et des cours d’eau à l’image de Birka (Suède) ou de Hedeby (Danemark). Cet essor général fut propice au développement du commerce et des échanges en tout genre, tels ceux concernant la céramique qui fait l’objet d’un chapitre stimulant . De nombreuses fouilles ont révélé que près de 25 % des cruches, vases ou amphores proviennent de « l’étranger ». À Birka, par exemple, celles-ci sont importées d’Europe de l’Ouest, des régions slaves, de l’espace finno-balte ou encore d’Orient. Fait intéressant, des études chimiques ont révélé que certains pots de type russo-balte furent réalisés à partir d’argile extraite en Scandinavie. Quant à l’environnement culturel, il est le fruit d’un mélange entre les croyances anciennes et le christianisme qui gagna du terrain tout au long de la période (VIIIe – XIe siècles). Si la première attestation matéreille du terme même de « christianisme » – kristinn domr – date du début du XIe siècle (pierre runique de l’île de Kuløy), de nombreux objets témoignent d’une implantation plus ancienne. Ainsi, à Birka, une tombe féminine de la première moitié du Xe siècle a révélé un crucifix qui, aujourd’hui, passe pour être le plus ancien de la région. Les nombreuses amulettes alliant le marteau de Thor à des symboles chrétiens ont également été mis à jour.

 

En route vers l’île au trésor

Enfin, plusieurs contributions se penchent davantage sur la mise en circulation des biens destinés au commerce et sur les expéditions menées dans cette perspective. Si, au commencement, les Vikings firent irruption au sein des établissements ecclésiastiques occidentaux (sac de Lindsfanre de 793), ce n’était pas pour s’en prendre à la religion catholique comme on l’a souvent prétendu, mais plutôt pour s’emparer des richesses qu’ils renfermaient. Amasser de l’argent, tel était leur principal objectif. De retour en Scandinavie, tous ces biens précieux étaient regroupés afin de constituer des trésors par la suite enfouis. Ainsi, dans le Gotland à Spillings, un trésor – enfoui vers 875 – contenant plus de 14 000 pièces de monnaie et près de 500 bracelets fut mis à jour. Les monnaies contenues dans ces caches provenaient bien souvent de différentes parties du monde, du califat de Bagdad aux régions slaves. Dans les tombes, il était de coutume de placer des balances et des poids, ces derniers étaient d’ailleurs souvent calibrés aux pièces arabes. Ces expéditions étaient menées grâce aux navires perfectionnés qui firent par ailleurs l’objet de toutes les attentions de la part des graveurs de pierres historiées qui les reproduisirent avec précision . L’image du Viking assoiffé de sang laisse ainsi place à une conception nettement plus nuancée.

 

Au terme de la lecture de cet ouvrage, le lecteur aura abordé de nombreux aspects de l’histoire de Vikings, ou plutôt, de celle des Scandinaves. En effet, et le titre est à cet égard trompeur, ce n’est pas tant les Vikings à proprement parler qui sont au centre de Nous les appelons Vikings, mais bien les Scandinaves. L’ambiguïté n’étant jamais levée, le lecteur non averti aura vite fait de s’égarer ou d’être déçu s’il s’attendait à croiser la route d’Erik Le Rouge ! Si le Viking, comme de nombreuses autres études l’ont montré, est bien cet individu qui prend la mer en vue d’amasser des richesses et qui, au fil du temps, tend à s’installer loin de chez lui, alors de nombreuses parties de l’ouvrage sont hors-propos. En effet, lorsqu’il est question des communautés humaines des hommes du nord, de l’habitat, des runes, des cultes anciens ou encore des rites funéraires, où sont nos Vikings ? Ainsi, il s’agit bien davantage d’un panorama historique des sociétés scandinaves du haut Moyen Âge, où les Vikings ne tiennent que le second rôle de cette foisonnante histoire. Sur le plan historique, on préfèrera donc d’autres ouvrages récents, à l’image du dernier livre d’Anders Winroth, nettement plus fourni et mieux documenté. Le principal intérêt de Nous les appelons Vikings réside toutefois dans l’angle archéologique adopté et surtout dans la qualité de l’édition. Certaines contributions, comme celle de Mathias Bäck sur « La céramique » ou encore celle de Terje Gansum sur « Les forgerons, le fer et l’acier » rendent la lecture de l’ouvrage attractif. Les nombreuses reproductions d’objets, de photos, de cartes ou de dessins offrent une vision trop inhabituelle de l’histoire grâce à la place d’honneur qui est réservée au contexte matériel et aux productions artistiques. Au terme de ce voyage de papier, le lecteur aura très certainement soif d’en apprendre davantage et de se pencher sur des travaux qui privilégient une approche plus globale. Beau livre toutefois, Nous les appelons Vikings saura plaire aux amateurs du genre en quête d’aventure pour les terre du nord.

Envoyer  un ami imprimer Charte dontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo
A lire aussi dans nos archives...
A propos de Nonfiction.fr

NOTRE PROJET

NOTRE EQUIPE

NOTRE CHARTE

CREATIVE COMMONS

NOUS CONTACTER

NEWSLETTER

FLUX RSS

Nos partenaires
Slate.fr