Grands Projets - Montagne d'Or
[mardi 30 octobre 2018]


La controverse autour de Montagne d'Or en est-elle vraiment une ?

« Grands Projets » est une nouvelle chronique du pôle Espace, qui se propose d'analyser les grands projets qui façonnent le monde de demain. Qu'il s'agisse d'exploitations minières, d'autoroutes ou de barrages hydroélectriques, ces projets ont comme caractéristique commune de susciter la controverse, une controverse qui ne peut se comprendre dans le temps brûlant de l'actualité quotidienne. C'est pourquoi Nonfiction vous propose de revenir, chaque dernier mardi du mois, sur un projet en particulier. En synthétisant les arguments des partisans comme des détracteurs, et en en proposant une analyse critique, nous espérons ainsi donner des outils à nos lecteurs pour mieux comprendre des enjeux contemporains qui n'ont pas nécessairement eu le temps de donner naissance à une littérature conséquente.

Cette chronique se veut également participative : n'hésitez pas à nous faire des suggestions de grands projets à explorer en commentaire !

 

Episode 1 : Montagne d'Or

 

« La ressource minière appartient à l'Etat, c'est donc à l'Etat de prendre ses responsabilités »

Christophe Pierre, vice-président du Grand conseil coutumier de Guyane et co porte-parole de la Jeunesse Autochtone de Guyane, 30 Juin 2018

 

« Nous allons tout faire pour qu'un projet de cette envergure puisse voir le jour en Guyane »

Emmanuel Macron, 25 août 2015

 

 

Contexte

La Guyane Française évoque, pour le Français métropolitain, un imaginaire exotique, et pour cause : seconde plus grande région de France, dont 98 % du territoire est recouvert par la forêt équatorienne, elle jouit également d'une diversité linguistique et ethnique peu commune au sein de la République Française « une et indivisible ».

C'est sur ce territoire qu'un projet de mine d'or industrielle est en train de voir le jour, avec l'opérateur Compagnie Montagne d'Or (CMO), financé par les multinationales minières canadienne Columbus Gold (pour la phase d'exploration) et russo-britannique Nordgold (pour la phase d'exploitation).

Il s'agit d'un projet de mine d'or à ciel ouvert au sud de Saint-Laurent-du-Maroni, au coeur de la forêt tropicale. Ce projet, qui est supposé voir le jour en 2022, divise la population en Guyane comme en métropole, ainsi que les hommes politiques.

Source : Compagnie Montagne d'Or

Les partisans du projet ont un allié de taille : Emmanuel Macron, qui a donné son soutien au projet quand il était encore ministre, ainsi que la plupart des élus locaux. Du côté des détracteurs, l'ancien ministre de l'Environnement Nicolas Hulot et le député européen Yannick Jadot se sont officiellement positionnés contre ce projet. Un débat public a eu lieu en 2018, qui a confirmé de forts dissensus au sein de la population guyannaise, ainsi que de nombreuses interrogations. Quels sont les arguments en présence de part et d'autre?

 

Côté Pour

Les partisans du projet insistent sur l'opportunité économique que représente un projet minier en Guyane, et sur leur volonté de mettre en place un projet de mine responsable, en concertation avec la population locale.

 

Développement économique

Les partisans du projet ont pour principal argument le développement économique d'une région par ailleurs fortement touchée par le chômage, et ayant peu d'opportunités de développement économique (22 % de la population active au chômage en 2017, soit plus du double de la métropole). La CMO prévoit ainsi la création de 750 emplois directs et 3 000 emplois indirects durant la phase de production, les salaires de ces emplois constituant la principale retombée économique pour le territoire. La CMO s'est en effet engagée à employer 90% de salariés guyanais.

Le projet affiche par ailleurs une forte rentabilité économique, avec un bénéfice espéré à hauteur de 30% de la mise de départ pour les investisseurs.

Plus globalement, le projet est présenté comme étant celui d'une mine responsable : « La CMO a conçu le projet de façon à mobiliser les meilleures techniques disponibles pour sa réalisation et son exploitation, en maximisant les retombées locales tout en réduisant au maximum les impacts sur l’environnement. »

 

Un projet concerté avec la population

La CMO affiche également une volonté de dialogue et de concertation avec la population locale : deux concertations publiques ont été organisées en 2014 et 2016, une visite sur le camp d'exploration Citron a eu lieu en avril 2015 afin de présenter le projet à une quarantaine de parties prenantes, et un point d'information a été ouvert en janvier 2018 à Saint-Laurent-du-Maroni afin de recueillir les préoccupations de la population et de répondre aux questions. Enfin un débat public s'est tenu entre mars et juillet 2018, organisée par la CNDP (Commission Nationale du Débat Public), suite à une saisine de France Nature Environnement, dont le compte-rendu fait état de nombreuses questions.

 

Lutter contre l'orpaillage illégal

Source : Barge d'orpaillage clandestin (garimpeiros) sur le Fleuve Maroni, entre Maripasoula et Antecume pata, Wikimedia Commons.

Un des arguments parfois mobilisés par les partisans du projet Montagne d'Or concerne la question de l'orpaillage illégal. On retrouve d'ailleurs cet argument dans les témoignages du Débat Public: « La seule façon de faire déguerpir les garimpeiros [orpailleurs illégaux] du territoire est d'installer des compagnies minières légales » .

L'orpaillage illégal, effectivement courant en Guyane, et qui atteint des niveaux semi-industriels, est très dommageable d'un point de vue sanitaire et environnemental dans la mesure où il utilise de fortes quantités de mercure (environ 1,3kg de mercure pour séparer 1kg d'or du minerai). Un espoir affiché des partisans du projet est que l'ouverture d'une mine industrielle légale pourrait contribuer à réduire l'orpaillage illégal.

 

Un projet moyen, adapté à la population française?

Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières, l'équivalent français de l'USGS), qui travaille actuellement de façon soutenue sur le projet, tient à rappeler qu'il s'agit d'un projet de taille moyenne, de seulement 8 km², en comparaison avec les mégamines d'or dans le monde. Enfin, la production attendue correspondrait grosso modo à la consommation actuelle française en or (6 700 kg de production d'or annuelle, soit 0,1g/habitant).

 

Côté Contre

Les détracteurs du projet répondent à ces arguments point par point (impacts économiques, environnementaux, sociaux et réponse à la demande) et proposent une lecture radicalement différente de la situation.

 

Impacts Environnementaux

Commençons par la question de la taille du projet. 8 km², cela paraît relativement peu en effet, c'est comme un petit village, à peine plus que le 13ème arrondissement de Paris. Une autre façon de le présenter est de compter le nombre de Stades de France sur lesquels s'étendra la fosse : 32.

Surtout, c'est oublier que la concession s'étend, elle, sur 190 km², et que les dimensions de la fosse prévue sont de 2,5 km de long, 500 mètres de large et 400 mètres de profondeur : des chiffres qui ne sont pas confidentiels, mais pas non plus mis en avant par la CMO. De fait, Montagne d'Or serait le plus grand projet de mine d'or ayant jamais vu le jour sur le territoire français, et engendrerait une déforestation de 374 hectares de forêt primaire. Il serait également à l'origine d'une consommation d'eau et d'énergie très importante: 140 000 litres d'eau par heure, 20 MW d'électricité (8,5 % de la consommation totale d'électricité de la Guyane) et 142 millions de litres de fuel pendant les 12 ans d'exploitation.

 

Au-delà de ces questions, c'est l'enjeu de la pollution (de l'air, des sols et de l'eau) qui concentre toutes les attentions. Le procédé choisi par la CMO est en effet la cyanuration, et pas de façon négligeable, puisque, selon l'opérateur, 46 500 tonnes de cyanure seront utilisées pendant les 12 ans de l'exploitation.

Le Parlement Européen a demandé l'interdiction de la cyanuration dès 2010, en renouvellant son vote en 2017 quasi à l'unanimité (566 voix pour l'interdiction de la cyanuration, 8 voix contre). Et pour cause : au contact de l'eau, le cyanure produit de l'acide cyanhidrique, un gaz très inflammable à l'origine de nombreux accidents. Au cours des vingt-cinq dernières années, on estime ainsi qu'une trentaine d'accidents majeurs causés par un déversement accidentel de cyanure se sont produits . Or, avec les changements climatiques et les perturbations annoncées des précipitations et des évènements climatiques extrêmes, il y a peu de chances que les ruptures de barrage soient moins fréquentes à l'avenir, surtout dans une région tropicale comme la Guyane.

Comment est-il donc possible que la CMO ait obtenu l'accord du gouvernement français d'utiliser la cyanuration ? C'est que les Etats Membres ne sont pas tenus d'adopter cette réglementation au niveau national, et actuellement seuls trois pays européens ont bel et bien interdit la cyanuration (Allemagne, République Tchèque et Hongrie).

Quant au gouvernement français, il a choisi d'augmenter les normes de rejets cyanurés en sortie d'usine. Une décision directement liée au projet Montagne d'Or, qui respecte en effet les normes, et pour cause : ces normes ont été établies pour lui permettre d'exister. La Ligue des Droits de l'Homme, soutenue par une grande diversité d'organisations, a demandé à l'Etat Français en septembre 2018 un moratoire sur l'utilisation du cyanure dans l'industrie minière. Affaire à suivre...

 

Au-delà de la cyanuration, le terme « Montagne d'Or » est trompeur, qui évoque un imaginaire d'Eldorado, comme si les Guyanais étaient assis sur un trésor qu'il suffisait de déterrer. En réalité, les taux de concentration sont extrêmement faibles : moins de 2 grammes par tonne de minerai (on est donc sur une concentration inférieure à 0,0002 %).

Concrètement, cela signifie des quantités astronomiques de stériles, ces roches broyées et finement concassées qui sont ensuite prêtes à libérer dans l'environnement tous les métaux lourds qu'elles contiennent. Le principal argument déployé par les compagnies minières pour se dédouaner consiste à parler de métaux présents à l'état naturel (par opposition aux substances utilisées pour la phase de traitement du minerai, comme le cyanure). Une métaphore simple permet de bien comprendre ce processus : celle du café. Si de l'eau ruissèle sur des grains de café, il ne se passe pas grand chose. En revanche, si les grains sont concassés en poudre, cela donne du café. C'est un processus similaire qui se produit avec les stériles, libérant ainsi les différents métaux lourds (arsenic, plomb...) qu'ils contiennent. C'est ce qu'on appelle le drainage minier acide, risque d'autant plus majeur en Guyane que la roche, volcanique, est riche en sulfures, qui s'oxydent sous l'action de l'eau et de l'oxygène pour donner de l'acide sulfurique. Les métaux contenus dans la matrice minérale des sulfures sont ainsi libérés et entraînés par les eaux de ruissellement, contaminant les sols et les eaux souterraines.

 

Mettre fin à l'orpaillage illégal grâce à une mine légale : un doux rêve?

Enfin, concernant la question de l'orpaillage illégal, le géographe François-Michel Le Tourneau, directeur de recherches au CNRS, explore trois hypothèses qui permettraient d'établir un lien positif entre Montagne d'Or et une diminution de l'orpaillage illégal.

Première hypothèse : les orpailleurs se verraient privés de l'accès à la ressource : c'est faux, car ils ne s'attaquent pas aux mêmes dépots (dépots alluvionnaires et primaires, de surface).

Deuxième hypothèse : la Montagne d'Or, en fournissant des emplois, pourrait embaucher des orpailleurs, qui n'auraient plus besoin de travailler comme orpailleurs illégaux. Là encore, c'est peu probable, dans la mesure où l'entreprise a misé une bonne partie de sa stratégie sur l'emploi de Guyanais, et où l'immense majorité des orpailleurs illégaux sont des immigrés clandestins brésiliens.

Troisième hypothèse : le projet va permettre un meilleur contrôle de la région, qui permettra de mettre fin aux activités des orpailleurs illégaux. Ce n'est pas impossible, mais d'une part cela nécessiterait énormément de ressources humaines et financières pour établir des forces de sécurité dans toute la région, qui ne sont pas actuellement prévues dans le projet, et d'autre part on peut s'interroger sur la désirabilité d'une compagnie privée s'emparant ainsi d'une mission de service public.

Il apparaît donc que la réduction de l’orpaillage illégal est un problème distinct de la mise en place d’une exploitation minière légale.

 

Un mirage économique

Reste la grande question : oui mais... et si ce projet permet de faire sortir un territoire entier de la pauvreté et de la spirale du chômage ? Cela ne pourrait-il compenser les destructions environnementales et humaines ? Une forme de sacrifice à l'autel de la rationalité économique ? Mais même pas ! Un rapport du WWF dénonce plutôt un gouffre pour la dépense publique : si l'on prend en compte la défiscalisation des investissements (227 millions d'euros), une subvention sur le prix de l'électricité (129 millions d'euros), une participation de l'Etat à la construction d'une ligne à haute tension pour raccorder l'exploitation (30 millions d'euros) et au financement de la piste (34 millions d'euros), on arrive à 420 millions d'euros d'argent public. Quant aux rentrées d'argent pour la collectivité, elles représenteraient en 12 ans, selon l'hypothèse retenue, entre 406 millions (hypothèse la plus optimiste) et 166 millions d'euros (hypothèse la plus pessimiste). Chacun des 750 emplois directs coûterait donc à la collectivité entre 18 666 (hypothèse basse) et 560 000 euros (hypothèse haute).

Par ailleurs, le projet Montagne d'Or pourrait bien avoir comme conséquence secondaire de fragiliser les autres secteurs de l'économie guyanaise, déjà vulnérables.

Enfin et surtout, l'or est un métal absolument inutile ! Pas besoin de repenser l'entièreté du système économique pour se débarrasser de l'or : plus de 90 % de l'or extrait aujourd'hui se retrouve soit dans la bijouterie (à hauteur de 50 % ), soit dans les produits financiers (les lingots d'or à la banque, qu'ils appartiennent à des particuliers ou à des Etats). Les 8 % restants servent dans l'électronique, et 0,5 % en denstisterie (les fameuses couronnes en or, qui ont tendance cependant à être de plus en plus remplacées par d'autres matériaux). Autant dire que pour des besoins si faibles, le recyclage de l'or déjà extrait et les mines d'or artisanales pourraient largement suffire.

 

La révolte des peuples autochtones de Guyane

Source : Christophe Pierre, porte-parole de Jeunesse Autochtone de Guyane, et Tom Goldtooth, Président du Tribunal International des Droits de la nature, Tweet d'Alexis Tiouka du 9 novembre 2017.

 

La forêt guyanaise n'est pas qu'une réserve de biodiversité, c'est aussi un lieu habité par six peuples autochtones, représentant 5 % de la population guyanaise, et pour qui la forêt tropicale représente un moyen de subsistance autant qu'un patrimoine culturel et spirituel. Autour du projet minier se trouvent ainsi une quinzaine de « montagnes couronnées », ces vestiges précolombiens encore entourés de mystère, et qui revêtent pour les peuples autochtones une importance particulière.

Au-delà des impacts environnementaux, sanitaires et culturels mentionnés, les peuples autochtones ne peuvent donc voir dans Montagne d'Or autre chose qu'un avatar post-colonialiste, une démonstration de force de la part d'un gouvernement lointain, dont ils se sentent doublement éloignés .

 

C'est pour toutes ces raisons que les ONG et collectifs suivants se sont positionnés contre le Projet Montagne d'Or (liste non-exhaustive) :

L'association Sauvons la Forêt est également à l'origine d'une pétition ayant recueilli plus de 300 000 signatures.

 

Essence de la controverse

Il est bien des sujets sur lesquels le doute est permis, les arguments nuancés, le jugement délicat, la décision difficile à prendre : ainsi tel projet de barrage hydroélectrique qui engloutit une vallée au riche patrimoine culturel et naturel, mais qui permet d'alimenter en électricité renouvelable toute une population. Dans le cas de Montagne d'Or, en revanche, il ne s'agit pas tant d'une controverse que d'une mise en controverse : ce processus par lequel un débat donné est entouré d'une telle aura de complexité que seuls peut-être quelques rares experts pourraient avoir la légitimité d'un avis, et encore. Deuxième mode de la mise en controverse : il s'agit d'une divergence d'opinions, de valeurs peut-être, quelque chose de trop ésotérique dans tous les cas pour qu'une hiérarchie quelconque puisse être proposée. Dans le cas de Montagne d'Or, ces deux modes de la mise en controverse sont convoqués.

Troisième mode, souvent favorisé par les médias: nous assistons à l'ultime épisode de l'éternelle tragicomédie « Préservation vs Développement ». Comme s'il y avait d'un côté des réalistes, la tête bien sur les épaules, qui sont prêts à sacrifier un peu de charme bucolique pour le développement économique d'une région, et de l'autre des doux rêveurs, éblouis par le chant des oiseaux, incapables de bien saisir les enjeux du monde contemporain. En mai 2018, un article des Décodeurs du Monde proposait ainsi une liste des trois raisons principales expliquant l'opposition au projet Montagne d'Or : le risque de rejet de cyanure, la déforestation, et les dépenses en eau et en énergie. Ces éléments sont bien sûr essentiels, mais réduire l'opposition au projet Montagne d'Or à un combat de préservation écologique ne rend pas justice à la complexité et à l'étendue des arguments déployés par les opposants au projet.

Car ce qu'une analyse fine des argumentaires montre, c'est tout l'inverse, et les idéalistes ne sont pas du côté que l'on croit. Si l'idéalisme consiste à être aveuglé par une idée, une théorie, au point de ne pas être capable de percevoir ou de faire sens de la réalité sensible, alors les idéalistes sont ici ceux qui se laissent aveugler par une vision court-termiste du développement économique (rappelons que la phase d'exploitation est censée durer douze ans, mais que l'après-mine nécessitera une gestion, coûteuse, pour des dizaines d'années !), et par les mirages de ce que l'on appelle l'extractivisme, ou l'exploition des ressources poussée à son paroxysme hubristique.

En outre, ceux qui tireront les bénéfices économiques de l'exploitation (Nordgold en priorité), ne sont pas ceux qui devront en payer les conséquences : les Guyanais dont l'environnement aura été irrémédiablement dégradé, mais également l'Etat et donc tous les contribuables français, qui seront plus que probablement mis à contribution pour financer le coût de l'après-mine - comme cela est le cas dans l'immense majorité des sites miniers, y compris en France, comme le montre la gestion désastreuse de l'ancienne mine d'or de Salsigne, dans l'Aude : un site toujours pollué, qui est toujours une source de coûts pour l'Etat après que les industriels, australiens cette fois, sont partis, emportant avec eux les capitaux, mais pas l'arsenic.

Montagne d'Or se targue d'être une mine responsable. Mais une mine réellement responsable, c'est-à-dire qui internaliserait dans ses coûts les externalités négatives liées à l'utilisation des ressources, au changement d'occupation des sols et aux divers rejets, par un système de compensation ou de réhabilitation, et prévoierait une gestion adéquate de l'après-mine, aurait très peu de chances d'être rentable, et surtout pas avec un taux de concentration à deux grammes par tonne.

La question n'est donc pas de savoir si l'on préfère préserver une espèce en voie de disparition ou donner un travail à un chômeur de longue durée, et une telle vision du débat est stérile autant que tronquée - même si celle-ci continue malheureusement à prédominer dans la plupart des médias.

Une façon, plus subversive mais également plus juste, de formuler le débat, serait bien plutôt : souhaitons-nous que la dépense publique serve à financer un projet extractif, dont les principaux bénéfices seront empochés par des multinationales, avec peu de retombées pour l'économie guyanaise ou française, pour extraire un métal qui a très peu d'applications industrielles, et aura comme corrollaires le bouleversement des modes de vie de peuples autochtones déjà vulnérables, la destruction d'un écosystème unique, une consommation de ressources en eau et en énergie très importante, ainsi qu'un risque majeur de déversement de cyanure sur tout le territoire - tout ça pour, dans le meilleur des cas, pouvoir acheter une bague en or à un prix légèrement inférieur ?

Formulé comme ça, on ne voit plus très bien où est la controverse. C'est peut-être que celle-ci n'a jamais eu lieu d'être.

 

Disclaimer/Conflits d'intérêt: L'auteure de cet article est également présidente de l'association ISF SystExt, officiellement opposée au projet Montagne d'Or.

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