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Histoire

Le travail de l'histoire

Couverture ouvrage

Etienne Anheim
Éditions de la Sorbonne , 256 pages

Plongée au cœur du quotidien d'un historien
[lundi 29 octobre 2018]


Le témoignage d’un médiéviste sur sa pratique historienne : ses travaux, ses responsabilités mais aussi ses sentiments et impressions sur les évolutions de son métier.

Le travail de l'Histoire est un livre assez atypique, presque introspectif. Il s'agit d'une réflexion de l'historien Etienne Anheim sur son métier, issue d'une habilitation à diriger les recherches (HDR) soutenue en 2015. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Saint Cloud, ancien pensionnaire de l’École Française de Rome, enseignant à l'université de Versailles-Saint Quentin puis directeur de recherches à l'EHESS, membre de la rédaction de la revue Médiévales puis directeur des Annales, Etienne Anheim nous fait partager ici son parcours, ses sentiments sur celui-ci, sa façon de percevoir l'histoire et surtout sa vision de la recherche historique actuelle et du métier d'historien. C'est parce qu'il a exercé différents rôles dans le domaine de l'histoire (enseignant-chercheur, éditeur, membre de jury) qu'il peut ici apporter son témoignage sur les différentes facettes du métier d'historien.

Le travail de l'Histoire est donc avant tout un témoignage d'un historien français sur sa perception de l'histoire et surtout sur son analyse de c'est qu'est aujourd'hui le métier d'historien. Les étudiants qui débutent des études d'histoire (ou de sciences humaines) devraient lire cet ouvrage afin de bien comprendre les différents attendus des études universitaires et de la recherche. C'est d'ailleurs rare de voir un chercheur témoigner sur son vécu, sur ses joies mais aussi ces déceptions. Sans être un journal intime, Le travail de l'Histoire d'Etienne Anheim est avant tout un livre introspectif qui permet à tous les historiens, débutants ou confirmés, de se poser des questions sur leur métier et de réfléchir sur ses finalités. Il se lit facilement, un peu à l'image des carnets de recherche que l'on retrouve de plus en plus sur les réseaux sociaux, à l’image de la plateforme hypotheses.org.

 

Le parcours universitaire classique d'un médiéviste

Khâgneux puis élève de l'ENS Saint-Cloud, Etienne Anheim fait partie des étudiants de cette grande école qui y découvrent les sciences humaines à travers les cours de professeurs comme Patrick Boucheron, aujourd'hui au Collège de France. Le questionnement du jeune historien débutant sur son choix de l'Histoire, sur ses motivations est d'ailleurs l'un des premiers attraits du livre. Anheim nous présente son raisonnement, mais aussi ses interrogations quant à son choix de carrière. Cette introspection est d'ailleurs fondamentale car elle permet de comprendre en grande partie son cursus dans les années futures et conduit le lecteur à s'interroger lui-même sur ses propres choix de carrière.

L'école française de Rome lui permet pendant quatre années de mener à bien ses recherches historiques sur la vie culturelle de la cour des Papes. Ses recherches ne sont pas présentées en tant que tel dans l'ouvrage. Elles sont simplement évoquées pour illustrer son propos sur la façon dont il a mené son travail ou ses expériences dans les différents fonds d'archives. Il montre comment ce type de détachement à l'école française Rome permet au chercheur, sans contrainte administrative, de produire un travail de qualité. De retour en France, il enseigne à l'université de Versailles-Saint-Quentin puis devient directeur de recherches à l'EHESS.

Un aspect intéressant de sa démonstration réside dans la présentation de sa participation aux revues, que ce soit Médiévales et surtout les Annales. Il s'agit ici de montrer le rôle d'un historien membre, puis directeur d'un comité de rédaction, de celui qui donne une ligne éditoriale afin de présenter des travaux innovants faisant avancer la recherche historique. Anheim, avec son rôle dans la revue des Annales, se place donc dans la lignée de Bloch, Febvre, Braudel ou Le Roy-Ladurie au sein de cette prestigieuse revue à laquelle il fait prendre le virage nécessaire de l'ouverture internationale avec la publication en Anglais.

 

Un essai d'ego-histoire

Concept né en 1987 sous la plume de Pierre Nora, l'ego-histoire sert à « éclairer sa propre histoire comme on ferait l'histoire d'un autre, à essayer d'appliquer à soi-même, chacun dans son style et avec les méthodes qui lui sont chères, le regard froid, englobant, explicatif qu'on a si souvent porté aux autres » . Il s'agit souvent d'un exercice que l'on demande aux historiens universitaires lorsqu'ils passent leur HDR. C'est d'ailleurs ici le cas de Anheim. Pourtant, il va plus loin dans Le travail de l'Histoire.

Il n'hésite pas à livrer son point de vue sur son travail, mais aussi sur certaines épreuves qu'il a dû passer. C'est le cas de sa soutenance de thèse sur laquelle il revient en n'hésitant pas à y voir un moment très gênant de sa vie, à cause d'une partie du jury qui l'a alors sciemment mis en difficulté. Il aborde donc certaines parties intimes de sa vie, dépassant le travail d'ego-histoire pour devenir un témoignage. C'est d'ailleurs un des grands points positifs de ce livre que de donner au lecteur ces détails qui humanisent le récit pour lui donner de la consistance et du relief. Le récit historique, sous la plume d'Anheim, prend alors vie.

 

Des aspects méconnus du grand public

Dans Le travail de l'Histoire Etienne Anheim présente de nombreux aspects des engagements des universitaires méconnus du grand public. Il s'agit, en effet, d'aspects administratifs, souvent jugés annexes par rapport à la recherche, comme les responsabilités administratives ou pédagogiques au sein de l'université. Anheim montre parfaitement, en s'appuyant sur des exemples personnels, leur nécessité pour faire progresser l'enseignement de l'Histoire dans le supérieur. Il explique, avec beaucoup de pédagogie, les rouages du fonctionnement d'un UFR et les relations avec les autres sciences sociales : Anheim est d'ailleurs un des grands défenseurs de la pluridisciplinarité comme le montrent son parcours universitaire ou ses travaux à la tête des Annales. Il présente donc les choses de l'intérieur ; son témoignage est d'autant plus marquant qu'il a exercé depuis le début de sa carrière de nombreuses responsabilités administratives, pédagogiques et éditoriales.

Le travail de l'Histoire peut donc être lu comme un témoignage, souvent sans fard et sans retenue, sur le quotidien d'un historien universitaire. Ses descriptions sont justes et précises, souvent sans tabou : elles pointent du doigt les aspects aussi bien positifs que négatifs de la recherche universitaire en Histoire. Ce travail d'introspection est à saluer car il n'hésite pas à critiquer certains aspects tout en proposant des solutions afin d'améliorer le système qu'Anheim connaît bien pour avoir eu des responsabilités dans plusieurs domaines académiques. Le travail de l'Histoire est donc un livre intime, parfois même intimiste, sur la vie d'un historien qui réussit à transmettre au lecteur la passion de son métier et de sa matière. Un livre vrai, un beau témoignage dont il faut saluer la parution.

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