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Histoire

Les Plastiqueurs. Une histoire secrète de l'extrême droite violente

Couverture ouvrage

Frédéric Charpier
La Découverte , 376 pages

Une histoire de la violence d’extrême-droite
[jeudi 27 septembre 2018]


Les guerres de décolonisation ont constitué un terreau favorable à l’épanouissement de formes violentes d’actions de l’extrême-droite, qui perdurent encore aujourd’hui.

Alors que sont actuellement jugés les assassins de Clément Meric, Frédéric Charpier revient sur l’histoire de l’extrême droite violente avec Les Plastiqueurs. Il avait publié il y a quelques années une histoire du mouvement d’extrême droite Occident (Génération, Seuil, 2005). Il prolonge aujourd’hui cette enquête par un récit sur les militants les plus enclins à la violence, témoignant par la même qu’il est un très fin connaisseur et analyste de la droite radicale.

 

Un regroupement d’anciens nazis

Cette histoire commence aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, où quelques militants vite blanchis de leur passage dans la collaboration – ou, cas exceptionnels, passés par la Résistance – sont contactés par les services de contre-espionnage pour s’engager en Indochine ou pour aider les services de renseignements inquiets de la progression du communisme. En même temps, ces militants s’organisent dans divers rassemblements, forment des groupuscules et mini-partis qui cherchent à acquérir pignon sur rue et une existence légale, tout en continuant l’action initié pendant la Guerre.

Très vite, ces différents groupes versent dans l’action violente : attentats ou projets d’attentats contre les locaux du parti communiste, auxquels leur succèdent quasi-immédiatement les premières actions contre les populations colonisées. D’abord en Tunisie avec la Main rouge, puis au Maroc, mais c’est bien sûr l’Algérie qui devient la terre d’élection de ces militants et activistes. Les actions violentes de l’extrême-droite, jusque-là éparses et minoritaires, se structurent et deviennent importantes.

 

La matrice de l’OAS

C’est avec la guerre d’Algérie que les formes d’action violente se structurent et deviennent un modus operandi. L’extrême droite violente connaît un concours de circonstances favorables pour se renforcer.

La fin du conflit indochinois laisse un certain nombre d’anciens soldats désemparés, qui, à la faveur de ce qu’ils ont pu voir en Indochine et du discours d’une partie des militaires, passent avec armes et bagages dans le camp nationaliste.

Parallèlement, plusieurs étudiants, issus pour beaucoup de la corpos de droit de la Sorbonne qui, à cause de leur service militaire effectué en Algérie versent dans les mêmes groupes, à l’image de Jean-Marie Le Pen. Ces militants sont souvent cornaqués par d'anciens collaborateurs, comme André Dufraisse, un ex- du Parti populaire français de Doriot ayant combattu sur le front de l’est dans la Légion des volontaires français, ou encore Victor Barthelemy, un autre ancien du PPF ; tous deux servent de mentors au fondateur du Front National.

L’Organisation armée secrète devient la championne du plasticage : 218 en seize mois, toutes touchant des cibles définies. À la fin de la guerre d’Algérie et surtout après l’attentat manqué du petit Clamart contre le Général de Gaulle, plusieurs groupes évoluent aux marges du grand banditisme. Les groupes Alpha se spécialisent dans le racket, le vol et le braquage. L’ordre est valable pour les autres, mais les militants d’extrême droite considèrent qu’ils sont les seuls garants de l’ordre et s’émancipent de la loi commune. Le pouvoir gaulliste gagne vite la bataille contre les factieux. Cependant, la guerre d’Algérie a donné naissance à une nouvelle génération de nationalistes.

 

Tassement et renouveau de la violence

Depuis les années 1960, la violence d’extrême droite s’est modifiée. Les anciens de l’OAS sont recyclés dans les affaires louches du pouvoir comme les réseaux africains du pouvoir autour de Jacques Foccart. Les plus jeunes initiés à la politique dans les débuts des années 1960 font le coup de poing dans les universités contre les militants d’extrême gauche. Si dans la majorité des cas les bagarres ont lieu à coups de barre de fer, l’arme de la grenade est parfois utilisée, comme au lycée Louis Le Grand en 1969.

Les nationalistes sont alors très minoritaires et particulièrement divisés en de multiples chapelles, démultipliant les contacts avec les régimes autoritaires et les dictatures en Europe et dans le monde : Grèce des colonels, Portugal lazariste, Espagne franquiste et Syrie baasiste. Cette extrême-droite, isolée et désemparée, projette de multiples tentatives de prise de pouvoir sans suite. La majeure partie des militants se recycle dans les appareils politiques ou pour certains participent autour de François Duprat et de Jean-Marie Le Pen à la création d’un nouveau parti : le Front National.

Quelques barbouzes perpétuent la tradition violente comme le braqueur Albert Spaggiari, dont une partie du butin devait servir à financer ces groupuscules. Parallèlement, l’extrême droite française soutient ses camarades italiens mêlés aux attentats comme celui de la Gare de Bologne en 1980.

La dernière métaphore de l’extrême droite violente a été de tenter de prendre la rue, à travers des actions violentes, manifestations que Brahim Bouarram et Clément Méric, ont payé de leur vie. Si aujourd’hui l’extrême droite violente n’est pas visible, il n’en demeure pas moins que son terreau est présent et que nombre de ses sympathisants s’entraînent loin des caméras.

 

Dans cette synthèse utile et bien documentée, Frédéric Charpier montre parfaitement le continuum de l’extrême droite qui, à toutes les périodes de son histoire, a choisi de s’en prendre aux personnes, comme le révélateur d’une culture politique. La violence est pour ces formations une modalité d’action et un des principaux moyens pour accéder au pouvoir. Elle est pensée, théorisée et, à lire leur journaux et à regarder leurs affiches, parfois même esthétisée.

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