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Politique

Territoires vivants de la République

Couverture ouvrage

Benot Falaize
La Découverte , 328 pages

Une république de l'accueil
[samedi 08 septembre 2018]


Une rponse importante aux dbats autour des "territoires perdus de la Rpublique".

Le premier mérite de cet ouvrage est son titre. Il était, en effet, tentant de répondre aux auteurs des Territoires perdus de la République (2002) que, plus de quinze après, ces territoires étaient retrouvés. Mais, outre le caractère discutable du jugement, le choix de l’adjectif, vivants, déplace très opportunément la perspective.

Il ne s’agit nullement d’affirmer que certains des problèmes soulevés par les auteurs du livre de 2002 relèveraient du fantasme, mais de se demander si le prisme idéologique à l’aune duquel ils ont été analysés était bien le bon. Car, rappelons-le, le sous-titre du livre, Antisémitisme, sexisme et racisme en milieu scolaire, l’indique, il s’agissait essentiellement, tout en se proclament en prise avec la réalité du terrain, de stigmatiser des comportements dont la causalité n’était pas questionnée.

Or, ce livre collectif (une trentaine d'auteurs) propose une approche laquelle, sans être angélique, se situe à l’opposé du catastrophisme de 2002. Fondamentalement, il s’agit d’une réhabilitation de l’action éducative, réhabilitation qui se tient soigneusement éloignée de la stérile opposition entre laxistes et vigilants, et à laquelle les protagonistes des Territoires perdus, trop occupés à dénoncer, semblaient avoir largement renoncé. A l’opposé, les auteurs du présent ouvrage se demandent opportunément ce que serait la tâche du maître si les élèves partageaient spontanément les valeurs qu’il est chargé d’incarner.

Quelles sont donc les conditions qui permettent à l’institution scolaire d’être fidèle à son projet d’émancipation et de construction citoyenne ? Comment faire en sorte que les écoles de la République soient des lieux de confrontation de ce qui nous divise, mais aussi de construction des instruments intellectuels permettant de saisir notre essentielle et commune humanité ?

En lisant ces très nombreux témoignages, on perçoit que la laïcité, non nécessairement soumise à l’identitarisme religieux, peut être un outil d’émancipation. On découvre qu’il est parfaitement possible d’échapper à la concurrence victimaire, d’enseigner l’histoire de la Shoah, de défendre l’égalité des sexes, d’apprendre à respecter la liberté des orientations sexuelles. Non, redisons-le, que ces incontestables réussites coulent de source comme s’il n’y avait, chez les élèves, aucun préjugé (dont, soit dit en passant, la consistance et l’origine n’ont pas été, à ce jour, suffisamment étudiées). Mais la tâche de l’Ecole est précisément de réussir au-delà des préjugés.

S’en tenir à ces derniers pour ériger un mur quasi infranchissable entre « eux » et « nous », sous prétexte qu’« ils » se tiennent éloignés des références communes de la République, constitue une tentation que nous devons refuser fermement. Si l’on cherche, au mépris de la valeur de la diversité, à assimiler les populations d’origine étrangère, on se donne l’illusion de l’universalité par l’uniformité symbolique. Or, c’est à combattre cette illusion que se vouent les auteurs de cet ouvrage revigorant.

Ils le font sans ignorer que le monde social dans lequel vivent les élèves est injuste et parfois violent. Mais, ainsi qu’ils le soulignent dès le début du livre, ils ne peuvent concevoir leur métier que dans un rapport de confiance, « dans un échange qui nous permet, rentrée après rentrée, d’inventer des projets, de remettre en cause nos certitudes, de découvrir la vitalité d’une langue et d’une culture qui s’inventent et se vivent dans ces territoires. D’apprendre et d’en être changés » .

Là où les auteurs des Territoires perdus dénonçaient sans nuance, ceux des Territoires vivants, sous la direction inspirée de Benoît Falaize, cherchent à donner une visibilité politique aux mondes vécus. Chemin faisant, attentifs aux relents post-coloniaux, ils refusent que la passion nationale pour la laïcité ne devienne le prétexte pour refuser notre part musulmane. Leur témoignage est un précieux gage d’espoir et un hommage appuyé, bien qu’implicite, à la pensée de Condorcet.

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14 commentaires

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Franois Carmignola

10/09/18 22:02
Aucune référence à l'infâme brulot raciste du même auteur paru en 2017: "Une France soumise". En résumé: ça ce n'est pas arrangé du tout, au contraire.

Conspué par le parti des indigères de la république, l'ignoble (on peut dire "juif", n'est ce pas chère Houria Bouteldja ?) Bensoussan en remet une couche. Bien sur, dans le mauvais sens, le sens contraire à celui de l"assimilation", dangereuse illusion à combattre, donc, merci de nous le rappeler on avait un doute...

On voit donc qu'il y a dans ce pays une fracture, car entre ceux qui la contemplent, certains la trouvent toute petite.

Hors des "relents" coloniaux, il ne nous faut pas refuser notre "part musulmane": faut il pourtant à rebours de ce qu'a toujours inspiré Condorcet qui défendit les droits des minorités, abandonner à l'obscurantisme des ghettos ethniques issus du tiers monde, livrés à la lèpre islamiste ?
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Alain Policar

11/09/18 07:13
Cher François Carmignola,
J'ai souvent un peu de mal à déchiffrer vos propos. Me reprochez-vous de n'avoir pas nommé G. Bensoussan ? Le lecteur pressé pourrait avoir le sentiment qu'il est l'auteur du livre dont je rends compte.
Merci de préciser votre pensée.
Bien à vois
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ULYSSE

11/09/18 08:03
Le "pendant" aux" Territoires perdus de la République" me semblait intéressant pour élargir le champ du débat et puis il y eut à la fin de votre chronique (sans que vous en soyez responsable évidemment cher Alain Policar) :"Chemin faisant, attentifs aux relents post-coloniaux, ils refusent que la passion nationale pour la laïcité ne devienne le prétexte pour refuser notre part musulmane"..... Ah ça dans les IUFM/ESPE on a la culpabilité dégoulinante.... ;-)
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Alain Policar

11/09/18 09:15
Cher Ulysse,

Si, j'en suis responsable. L'expression "refus de notre part musulmane", je l'ai empruntée à Claude Askolovitch dans son très bon texte en réponse au Manifeste contre le "nouvel antisémitisme" paru dans le Parisien.
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luc nemeth

11/09/18 11:43
La première ligne de cet article ("Le premier mérite de cet ouvrage est son titre". sic) constitue à elle seule un bel occis-maure. Certes on ne peut que saluer sans réserves l'effort de celles et ceux qui accomplissent au mieux leur tâche éducative. Mais il faut avoir la plume et même la souris bien accrochée pour oser soutenir qu'est encore vivante, sic, ce qui sans rire ose encore porter le nom de République

PS. Le titre de l'article n'est pas triste, non plus...
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ULYSSE

11/09/18 19:01
Cher Alain Policar
Tout dépend de ce que l'on entend par "notre part musulmane"; sans précision cela nous amène à des interprétations très différentes voire polémiques. S'il s'agit de reconnaitre qu'aujourd'hui notre société est composée, entre autres orientations philosophico-métaphysiques, de Français et Françaises de confession musulmane et qu'à part une minorité d'abrutis intégristes (chacun quantifiera à sa guise cette minorité), ceux-là sont aussi français que vous et moi en droit et en devoir alors cela me convient. A titre personnel, l'athée que je suis n'a pas de "part" musulmane, chrétienne, judaïque ou autre plaisanterie abêtissante. Culturellement, je ne nie pas les héritages pluriséculaires, additionnés et ou croisés, qui, que je le veuille ou pas, imprègne, avec joie ou détestation mon existence. Dans ce cas, je préfèrerais utiliser les termes arabes (sciences), perses (poésie), ottomans (histoire)...etc en évitant toute référence théologique car comme le disait Bertrand Russell, la théologie c'st l'ignorance codifiée ;-)
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Franois Carmignola

11/09/18 20:40
@Alain Policar le livre de Bensoussan, sur le même thème, et que je cite, fut publié l'année dernière, peut être aurait il fallu le commenter aussi. La critique s'adresse à l'auteur du livre, et à celui de la recension... Quinze ans après, la situation s'est elle améliorée ? Et bien il semble que non, et c'est un euphémisme.

C'est pourquoi continuer de vouloir rassurer les gens avec "leur part musulmane" me parait affreusement hors de propos, voire totalement mensonger, ou carrément "idiot" au sens d'étranger, d'"alien" autrement dit.

A l'heure où les populismes désespérés s'annoncent partout en Europe, toujours aucune réaction des institutions et des pouvoirs face à un problème majeur qui s'aggrave un peu tous les jours.

Claude Askolovitch, comme Angela Merkel, traite l'islamisme comme un judaïsme ou un protestantisme opprimé. A l'écart de l'évidence et de la réalité des choses, la naïveté et la bêtise prépare et provoque nos malheurs à venir. Comment faudra-t-il le hurler?
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Alain Policar

12/09/18 09:49
@Ulysse D'accord avec l'esprit et également la lettre de votre commentaire. C'est bien ainsi que j'interprète "notre part musulmane", tout en étant, comme vous, un mécréant qui, lui aussi, préfère les termes que vous suggérez.
@Luc Nemeth Votre ton n'autorise pas le dialogue malgré vos jolies trouvailles (occis-maure en particulier). Je précise tout de même que l'expérience de ces trente enseignants autorise à parler de territoires "vivants". Désolé que ce soit l'occasion de vous moquer.
@François Carmignola Je ne reconnais pas la pertinence de votre premier reproche. L'ouvrage commenté ne cherche pas l'affrontement avec Bensoussan et la recension est suffisamment courte pour que les oublis ne puissent lui être imputés. En outre, votre volontaire confusion entre islamisme et islam exprime notre profond désaccord. Le lien entre l'un et l'autre n'est pas mécanique. Pour le comprendre, il convient de faire intervenir une pluralité de facteurs. Et puisque vous évoquez d'autres fois religieuses, le judaïsme produit aussi bien une occurrence libérale, parfaitement fréquentable, et une occurrence ultra-orthodoxe qui ne l'est pas. Dire que le fanatisme de la seconde est issu du judaïsme comme le serait la modernité égalitaire de la première, ce n'est strictement rien dire. En outre si "naïveté" est acceptable dans l'échange, "bêtise" ne l'est sûrement pas.
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ULYSSE

12/09/18 11:08
Cher Alain Policar
Qu'il est toujours réjouissant et constructif de pouvoir échanger avec vous. C'est bien assez rare sur Internet pour que je tienne à le souligner. Dans ce but, je voulais exposer 2 réflexions issues de discussions avec des collègues algériens.
1) il existe des Maghrébins, Arabes, Iraniens (ou Français de ces ascendances) qui ne sont pas musulmans, et ceux-ci supportent très mal qu'on les assimile automatiquement à des musulmans de façon quasi essentialiste. Le nom, l'origine géographique, etc... ne peuvent sonder les âmes. Certains d'entre eux sont des athées "virulents" et ont connu la décennie terrible en Algérie. Des sacrés bonhommes !! (et bonne-femmes !!)
2) L'un d'entre eux, le plus âgé, m'a également fait part de son avis sur les conséquences désastreuses des années Boumédiene (suite au renversement de Ben Bella). Selon lui, la "ré-arabisation" et "réislamisation" de l'Algérie sous son égide n'aurait fait que préparer l'arrivée du FIS sur la scène politique (profitant de la situation économique et de corruption généralisée).
3) J'ai trouvé dans leurs propos un équilibre salutaire entre les méfaits bien réels de la colonisation française et les propres responsabilités de leurs compatriotes depuis 1962 (clans mafieux des généraux, corruption, conservatisme sociétal, intégrisme religieux...etc) qu'ils n'imputent aucunement à l'ancien colonisateur.
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ULYSSE

12/09/18 11:09
Finalement il y avait 3 réflexions ;-)
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BE107

13/09/18 14:31
@Alain Policar Je ne suis pas plus désireux d'un dialogue avec vous, que vous ne l'êtes avec moi, mais vous pouvez vous garder vos leçons de morale : 'l'expérience', comme vous dites, fais que je suis bien placé pour savoir à quoi m'en tenir...

PS. oublions ma personne, et même la vôtre : l'expérimentation pédagogique a pu avoir lieu sous les régimes les plus divers et ce, sans que cela n'autorise à porter un jugement de valeur modifié sur la nature de ceux-ci
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Franois Carmignola

14/09/18 21:36
Cher Alain Policar, tout d'abord je me joins (et me joindrais toujours) à Ulysse et beaucoup d'autres, pour respecter et honorer votre délicieuse courtoisie. Veuillez excuser donc mon agressivité, toute personnelle (je parle de moi).

Mon reproche à votre égard n'est que celui de n'avoir pas mentionné l'ouvrage plus récent de Bensoussan qui ne note aucune amélioration du constat catastrophique qu'il avait fait de la situation en 2002. J'y rajouterais un autre reproche: celui de ne pas citer non plus celui de Iannis Roder, en débat avec Falaize très récemment. Bref, il y a les profs contents qui se mettent en avant, et les constats accablants des réalités que d'autres côtoient tous les jours.

Un point important est que OUI, il y a des gens qui pensent que l'intégration est un échec, et que l'école a DEJA échoué avec les enfants de l'immigration. Comment chiffrer les choses ?

Au sujet de la "part musulmane". Je vais vous dire ce que je soupçonne: il y a des gens qui sont capables de s'adapter aux réalités du terrain. Parfois un peu trop, et c'est mon avis.
Toujours à ce sujet, et en parlant de Claude Askolovitch,
faire des comparaisons de nature pour "équilibrer" naïvement les choses entre judaïsme extrémiste et islamisme est, je le maintiens parfaitement inacceptable, et ne peut être interprété que comme une erreur un peu bêta, une maladresse d'expression, ou un parti pris en faveur d'assassins fanatiques. Comment être le plus indulgent possible ?



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ULYSSE

17/09/18 15:09
Cher @François Carmignola
Merci pour votre message qui montre que nous pouvons nous enrichir des apports des uns et des autres (que nous soyons d'accord ou pas d'ailleurs) dans le respect et l'optimisme.
De plus, tout comme vous je fus choqué pour ne pas dire ulcéré par le procès intenté à Mr Bensoussan par ces crétins inquisiteurs du CCIF... A en devenir misanthrope..

Je profite de ce post pour également passer le bonjour à Alain Policar
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Alain Policar

17/09/18 19:13
Merci à Ulysse, auquel j'adresse, à mon tour, un chaleureux bonjour, et à François Carmignola dont les questions sont évidemment très pertinentes.
A bientôt pour d'autres échanges

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