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Environnement

Drawdown. Comment inverser le cours du réchauffement planétaire

Couverture ouvrage

Paul Hawken
Actes Sud , 580 pages

Le réchauffement climatique n’est pas inéluctable
[vendredi 06 juillet 2018]


Si les solutions pour lutter contre le dérèglement climatique restent timides, le projet «Drawdown» montre qu’elles existent et doivent être connues du plus grand nombre pour être appliquées.

Depuis plusieurs décennies maintenant, nous disposons d’une bonne connaissance des causes et des effets du dérèglement climatique. Les livres dénonçant les dégradations que l’humanité fait subir à la planète se multiplient également. Si ces démonstrations sont implacables lorsqu’il s’agit de comprendre les mécanismes à l’œuvre, les propositions sont trop souvent décevantes, quand elles ne sont pas tout simplement absentes. Pour autant, il existe déjà de nombreuses réflexions à ce sujet – du « Plan B » de Lester Brown à « Negawatt » – mais dont les solutions avancées tardent à être appliquées à grande échelle et dont la cohérence globale fait parfois défaut.

C’est afin de combler une telle lacune que le militant écologiste et entrepreneur américain Paul Hawken a lancé le projet Drawdown en 2013. Ce terme désigne « le point de bascule à partir duquel la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, après avoir atteint un pic, se met à diminuer d’une année sur l’autre. » Le but de cette entreprise collective est ainsi de « recenser, mesurer et modéliser cent solutions conséquentes » permettant de tendre vers cette inversion de la courbe du réchauffement climatique à l’horizon 2050.

 

Une feuille de route

En l’absence d’une feuille de route globale, Hawken et son équipe, composée de chercheurs et d’activistes, ont cherché à en proposer une à partir d’un grand nombre d’initiatives déjà existantes. Ces initiatives ont été expertisées, ont fait l’objet de projections et ont été comparées entre elles en fonction de leur coût de mise en œuvre et de leur impact. Drawdown aboutit donc à une liste de 80 solutions priorisées. Si l’un des principaux critères retenus est bien sûr la diminution escomptée de CO2, ces différentes solutions ont des retombées positives dans de nombreux domaines. Cette approche plurielle trouve également sa raison d’être dans les causes multiples à l’origine du dérèglement climatique et de la pollution sous toutes ses formes.

Destiné à un large public soucieux de s’informer, les rédacteurs de Drawdown ont fait le choix d’un langage clair, évitant autant que possible le jargon et explicitant les différents mécanismes en jeu. Parmi leurs partis-pris, l’on retrouve l’abandon des métaphores martiales (« combat », « bataille », voire « croisade ») qui sous-entendent que « le changement climatique est l’ennemi et qu’il faut l’anéantir », ce qui leur paraît inadapté pour désigner des phénomènes physiques, chimiques ou biologiques. Enfin, le titre même adopté pour le projet et cet ouvrage est une affirmation d’un objectif bien souvent manquant des débats environnementaux actuels : plus que contenir ou ralentir nos émissions de CO2, il s’agit de les réduire suffisamment pour inverser le cours du réchauffement climatique.

Drawdawn s’organise ainsi autour de la présentation thématique (« énergie », « alimentation », « femmes et filles », « bâtiments et villes », « affectation des terres », « transport », « matériaux ») des solutions les plus pertinentes pour réaliser cet objectif. Chaque solution est décrite de son origine à ses développements présents et futurs, et illustrée. Les avantages et les inconvénients, qui recouvrent là encore différentes sphères (culturelle, économique, sociale), sont rappelés. Dans certains cas, elles apparaissent seulement à titre transitoire, comme le nucléaire pour les pays en voie de développement, ou encore les agrocarburants. Outre la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le coût de la solution est chiffré sur 30 ans, tout comme les économies espérées. Les modélisations se fondent sur des estimations prudentes et les concepteurs du projet mettent à disposition de la communauté scientifique leurs données, hypothèses et résultats sur le site drawdown.org.

A cet ensemble de fiches pédagogiques s’ajoutent des extraits d’essais ainsi qu’une dernière rubrique intitulée « Bientôt près de chez vous » qui regroupe des solutions émergeant, non chiffrées et parfois décrites de manière plus impressionniste. Dans cette ultime rubrique, l’on retrouve par exemple le projet de « Repeupler la steppe-toundra ». En effet, la réintroduction d’animaux tels que l’iakoute (« un petit poney sibérien trapu et poilu ») ou des rennes migrateurs dans ces espaces aurait un effet protecteur pour le pergélisol et éviterait à l’Arctique de se refroidir. En effet, le dégel de l’Arctique provoqué par le réchauffement climatique aurait pour conséquence d’accélérer le phénomène en relâchant le méthane conservé dans les glaces. De leur côté, les essais reproduits dans Drawdown visent à l’élargir la perspective, à l’image de celui de l’universitaire et jardinier Michael Pollan  qui revient sur la dimension symbolique et systématique de la pratique individuelle et collective du potager.

 

Un outil pour le citoyen

L’équipe du projet Drawdown propose trois scénarios en fonction de la prudence des hypothèses. Le premier, dit « plausible » est insuffisant pour aboutir à une inversion de la courbe. Le second et éponyme (« Drawdown ») y parvient en 2050 quand le troisième, dit « optimal », y arrive dès 2045. Dans tous les cas, le financement de la mise en œuvre des solutions avancées est dérisoire par rapport aux économies anticipées, pour ceux qui ne souhaiteraient qu’envisager cette aspect de la question, finalement dérisoire par rapport à l’état de la planète si rien n’était fait. Enfin, aucune de ces solutions ne détient à elle seule la réponse aux nombreux défis posés par le dérèglement climatique.

Parmi les 15 solutions les plus efficientes, l’on compte par ordre décroissant d’impact : la réduction des fluides frigorigènes, les « éoliennes (en mer) », la « réduction du gaspillage alimentaire », une « alimentation riche en végétaux », la préservation des forêts tropicales, « l’éducation des filles », « la planification familiale », le développement de centrales solaires, l’adoption du « sylvopastoralisme », les « toitures photovoltaïques », « l’agriculture régénératrice », l’entretien des forêts tempérées et des tourbières, « l’arboriculture tropicale de base » et le « boisement ».

Nombre de ces solutions sont susceptibles d’être mises en œuvre à l’échelle individuelle ou de collectifs non-étatiques. Les membres de Drawdown affirment d’ailleurs leur croyance en la force de l’individu et des groupes minoritaires afin de faire évoluer les choses. Ils font également le pari d’une compatibilité entre le capitalisme et l’inversion de la courbe de nos émissions de gaz à effet de serre, contrairement à d’autres écologistes qui estiment que toute résolution du problème devra passer par une sortie du capitalisme. Plus largement, la philosophie du projet repose sur la validité de leurs modèles mathématiques, voire de leur reproductibilité à des contextes parfois très différents, même si les auteurs semblent lucides à ce sujet. En dépit de ces partis-pris, l’équipe de Paul Hawken souligne à de nombreuses reprises la nécessité de réguler, de subventionner ou de taxer certaines activités afin de permettre un réel développement de ces solutions.

En cela, Drawndown s’avère un outil précieux (et porteur d’espoir) pour le citoyen puisqu’il lui donne une vue globale et nuancée des solutions existantes, qu’elles aient une application individuelle directe, ou qu’elles nécessitent une prise en charge gouvernementale et donc une action collective dans l’arène politique.

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