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Monde

Etre femme en Asie

Couverture ouvrage

Anne Garrigue
Philippe Picquier , 154 pages

52,5 % des femmes dans le monde sont asiatiques
[lundi 19 fvrier 2018]


Un profil conomique, ducatif et social de la femme asiatique

Alors qu’un humain sur quatre dans le monde est une femme asiatique, le continent est en plein bouleversement démographique et sociétal. Dans un monde toujours plus globalisé, quelle est la place des femmes asiatiques dans des sociétés qui connaissent un vieillissement accéléré, n’assurent plus leur renouvellement démographique pour certaines (Corée du sud, Hong Kong, Japon, Taïwan), voient leurs excédents masculins s’accentuer (Chine, Viêt Nam) ? Dix ans avant que le pays plus peuplé de la planète ne soit l’Inde, quel est le profil économique, éducatif et social de la femme asiatique ?

 

Bien souvent, la définition géographique de l’Asie est sujette à bien des débats scholastiques. Pour contourner la difficulté sémantique, la collection « Asie immédiate » dirigée aux Editions Philippe Picquier par l’historien spécialiste du Japon Jean-Marie Bouissou a décidé d’accorder une attention toute particulière au triptyque « Chine – Inde – Japon », laissant de facto de côté le plus souvent l’Asie du sud-est et plus encore l’Asie centrale. Dans son livre consacrée aux 1893 millions de femmes vivant en Asie, la journaliste Anne Garrigue n’a pas totalement fait sien le parti pris de son éditeur et son directeur de collection. C’est d’autant plus louable que son parcours professionnel l’a conduit pour l’essentiel en Extrême-Orient et à consacrer plusieurs ouvrages à la Chine  et au Japon . Pour autant, être un bon connaisseur de l’Asie du nord-est n’explique pas que l’on se soit employé à affubler l’écriture du nom du Bangladesh d’un « e » en début de mot. Une coquille disgracieuse qui agace, mais n’a pas, en toute franchise, entaché la qualité générale du manuscrit.

 

L’état des lieux sur les femmes d’Asie a donc fait avec intelligence une bonne place aux escapades vers les autres pays de la région, en particulier ceux du sous-continent indien et de l’Association des nations d’Asie du sud-est  où l’auteure a résidé quelques années . C’est heureux ! Cela permet d’avoir une vue à l’échelle du continent tout entier en décortiquant l’intimité des familles asiatiques, l’instruction contemporaine des filles, la situation des femmes sur le marché du travail, leur place dans les arènes politiques ou encore les exploitations éhontées dont elles sont encore aujourd’hui l’objet comme migrantes ou travailleuses sexuelles. Après une présentation des réalités démographiques générales, chacune des thématiques précédentes a fait l’objet d’un chapitre particulier. Courts mais illustrées de nombreuses données quantitatives, ils montrent la très grande variété des situations nationales et sous-régionales.

 

Pour dépeindre une à une les problématiques retenues, la journaliste française qui a vécu plus d’une vingtaine d’années en Asie, s’est beaucoup appuyée sur les statistiques nationales et internationales officielles, tout en reconnaissant objectivement leurs limites. Cela a donné un tour très documentaire voire comparatif à son étude, tout en valorisant les travaux académiques de quelques chercheuses de renom  et en ouvrant des pistes de réflexions originales à creuser pour l’avenir (ex. quelles seront les répercussions négatives sur la promotion des filles de la fin de la politique de l’enfant unique en Chine ?).

 

Ce qui a été gagné en précision dans la démonstration a permis de souligner avec force certaines constations contre-intuitives. Ainsi, les écarts les plus limités entre hommes et femmes mesurés dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie, de la politique (Global Gender Gap Report) ont placé les Philippines sur le devant de la scène asiatique (7ème rang mondial) mais aussi le Laos, le Viêt Nam, le Bangladesh, l’Inde et non des pays plus développés comme la Malaisie (106ème), le Japon (111ème) ou la Corée du sud (116ème). Le taux d’alphabétisation s’est aussi révélé plus élevé chez les femmes que les hommes dans certains Etats (ex. Mongolie, Philippines) tout comme le taux d’enrôlement féminin dans le secondaire. Ainsi, il est dorénavant plus élevé dans six pays aussi divers que le Bangladesh, la Mongolie, le Népal, les Philippines, le Sri Lanka et la Thaïlande. En Chine, les jeunes filles sont, elles, dorénavant majoritaires à l’université, ce qui entraîne l’adoption subreptice de quotas dans certaines filières, tandis que leurs semblables recueillent plus de 60 % des doctorats dans le cas des Philippines et de la Mongolie. Plus surprenant encore pour beaucoup, sera de découvrir que plus de 40 % des Malaisiennes, des Mongoles, des Philippines et des Sri Lankaises ont choisi de mener à bien des cursus scientifiques et technologiques alors que c’est le cas d’à peine 14 % des Japonaises et 21 % des Coréennes. Dans ce contexte, les sociétés asiatiques les plus économiquement développées ne sont pas celles qui font le plus de place aux femmes dans les fonctions d’encadrement des entreprises et de la fonction publique. La féminisation des cadres est à peine supérieure à 10 % des effectifs au Japon et en Corée du sud. Préoccupant pour les citoyennes des Etats communistes, les développements économiques récents de leurs nations se sont traduits pour la gent féminine par une dégradation d’un grand nombre d’indices mesurant les écarts de situation entre les hommes et les femmes.

 

Le tableau méticuleux composé par A. Garrigue a mis en évidence sans surprise le rôle central de l’éducation dans les politiques émancipatrices et rappelé combien le sort des femmes en Asie du sud demeure des plus préoccupant. Un quart des fillettes qui ne vont pas à l’école primaire dans le monde vivent en Asie méridionale. Une situation aggravée par un « Mur de la puberté » qui fait que plus on est pauvre plus on marie les enfants jeunes. Dans un tel contexte, comment s’étonner qu’au Pakistan et au Bangladesh seuls 3 et 5 % des cadres soient des femmes ?

 

Au-delà du caractère brutal de l’énoncé de certaines données statistiques, il fallait donner quelques explications sociologiques et culturelles pour mieux comprendre les situations les plus criantes. C’est ce qu’a fait habilement Anne Garrigue dans ce reportage, comme d’ailleurs on avait pu le goûter dans l’un de ses ouvrages précédents consacré à l’attraction de l’Asie sur nos modes de vie . Les effets de la masculinisation des sociétés ont ainsi été mis en lumière par touches successives. Compte tenu de la longueur de l’essai, certaines thématiques soulevées inciteront certainement les lecteurs à vouloir en savoir plus en allant vers d’autres manuscrits et auteurs. Il en sera certainement ainsi pour ceux qui découvriront le taux particulièrement élevé des suicides en milieu rural en Chine, les effets financiers pervers de la retraite à 60 ans pour les femmes chinoises, l’émigration d’accompagnement des femmes coréennes pour assurer la scolarisation de leurs enfants dans les établissements les plus prometteurs à l’étranger, les perceptions différenciées dans les sociétés asiatiques sur ce que sont les emplois « women-friendly », l’importance des sites de rencontre sur lesquels seraient inscrits 10 % des Chinois , l’échec de nombreuses femmes dans l’accès à la propriété immobilière ou encore les inégalités d’accès aux microcrédits entrepreneuriaux.

 

Pour mieux comprendre les réalités asiatiques et le sort fait aux femmes d’Asie, certaines données auraient mérité d’être rapportées non seulement aux autres pays de la région comme cela a été généralement offert mais également aux situations françaises et/ou européennes. Comme il n’est pas certain que tous les lecteurs et lectrices aient bien conscience de nos propres réalités, cela aurait pu tracer tout le chemin qui reste à parcourir à nos sociétés pour construire des rapports de genre plus égaux. Les chemins dans l’hexagone et nos outre-mer  restent eux aussi bien escarpés !

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