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L’éducation critique aux médias numériques
[mercredi 03 janvier 2018]



Comment mettre en œuvre une éducation critique aux médias numériques ? L’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE) de Créteil tente l’expérience, dans le cadre du « Parcours connecté » inscrit dans un projet de recherche E-fran.

 

La formation à l’esprit critique est un des axes prioritaires de l’Éducation Nationale. Elle apparaît dans la première compétence du référentiel des enseignants : « Aider les élèves à développer leur esprit critique, à distinguer les savoirs des opinions ou des croyances, à savoir argumenter et à respecter la pensée des autres ». En même temps, le Ministère de l’Education Nationale met en avant, toujours dans le même référentiel, la lutte contre les discriminations : « le refus de toutes les discriminations » et l’exigence de « se mobiliser et mobiliser les élèves contre les stéréotypes et les discriminations de tout ordre, promouvoir l'égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes ». Enfin le Ministère entend mettre en œuvre une éducation aux médias renforcée, qui doit être liée aux objectifs précédents. Les nouveaux programmes de l’école primaire prévoient par exemple : « Confronté à des dilemmes moraux simples, à des exemples de préjugés, à des réflexions sur la justice et l'injustice, l'élève est sensibilisé à une culture du jugement moral : par le débat, l'argumentation, l'interrogation raisonnée, l'élève acquiert la capacité d'émettre un point de vue personnel, d'exprimer ses sentiments, ses opinions, d'accéder à une réflexion critique, de formuler et de justifier des jugements. Il apprend à différencier son intérêt particulier de l'intérêt général. Il est sensibilisé à un usage responsable du numérique ».

Devant ces instructions multiples et complexes, l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education (ESPE) de Créteil a ainsi décidé d’axer son projet de recherche sur la formation des enseignants au développement de l’esprit critique des élèves concernant les stéréotypes et les préjugés diffusés dans les médias numériques (réseaux sociaux, forums, web-tv…). Partant d’une conception large de la notion du numérique, ce projet admet la notion de « convergence numérique », qui considère que le même contenu est aujourd’hui consommé sur un téléviseur, un ordinateur, une tablette, un smartphone...

 

Une approche sociocritique du numérique en éducation

Le projet de recherche mobilise l’élaboration des mémoires professionnels produits dans le cadre de la formation des futurs enseignants du premier degré dans le département de Seine-Saint-Denis. Ils consistent en premier lieu à demander aux étudiants de mettre en lien le contexte social dans lequel ils enseignent et les pratiques numériques des élèves. Cette approche est appelée par Simon Collin, chercheur à l’Université de Quebec à Montréal, la sociocritique du numérique en éducation  . La recherche s’appuie également sur la conception de la formation des enseignants développée par Paulo Freire dans Pédagogie de l’autonomie (Eres, 2013), où il pose que l’enseignant doit partir d’une connaissance du contexte social dans lequel il enseigne s’il entend mener une enquête de conscientisation.

La première partie du mémoire professionnel des étudiants est donc consacrée à de telles enquêtes de conscientisation et à la sociocritique du numérique. Dans un premier temps, ils doivent réunir des informations permettant d’établir une analyse du contexte de leur école : des données sociales sur la ville d’exercice, sur le quartier et sur l’école dans laquelle ils enseignent. Par la suite, ils sont invités à recueillir des données sur les pratiques numériques des élèves. Il s’agit par exemple de discuter avec eux de leurs usages lors de discussions informelles, ou d’observer, dans leurs jeux, leurs habits, etc. des références à l’univers numérique. Une autre manière de collecter des données sur les pratiques numériques des élèves et sur la place qu’elles tiennent dans leurs loisirs est encore de s’appuyer sur un questionnaire qui leur est soumis.

L’objectif de ce travail est d’amener les futurs enseignants à déconstruire certains préjugés qu’ils pourraient avoir au sujet des pratiques numériques de leurs élèves et de retrouver dans leurs observations des réalités qui ont déjà été établies par la sociologie des pratiques numériques. Il s’agit par exemple de les amener à déconstruire la notion de fracture numérique économique (qui concerne le taux d’équipement) et à prendre conscience de la fracture numérique culturelle (qui porte sur les différences de pratiques en fonction des classes sociales économiques)  

 

Une pédagogie critique du numérique

La deuxième partie du travail des étudiants de l’ESPE est consacrée à la réalisation de séances d’éducation critique aux médias numériques, lors desquelles ils doivent s’appuyer sur les données rassemblées dans la première partie de leur mémoire. Il leur est en particulier demandé d’être attentif aux liens entre médias numériques et constructions de préjugés discriminatoires. A cet égard, l’Education Nationale met particulièrement en avant la lutte contre cinq discriminations : en raison du sexe, de l’apparence de genre, des préjugés de « race », à l’encontre des personnes en situation de handicap ou relatives à des situations de pauvreté.

La « pédagogie critique du numérique »  qu’il est demandé aux étudiants de développer se centre en particulier sur la déconstruction des stéréotypes et des préjugés discriminatoires véhiculés par les médias. Pour les sensibliser aux moyens par lesquels les médias peuvent invisibiliser des groupes sociaux ou encore véhiculer des stéréotypes négatifs sur eux, les formateurs leur proposent en particulier de s’appuyer sur des études comme celles menées par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (Baromètre de la diversité). Les étudiants doivent ainsi s’appuyer sur des études scientifiques concernant, en particulier, les représentations des groupes socialement discriminés à l’écran, pour construire à destination de leurs élèves des séances d’éducation aux médias numériques (voir à cet égard ce qui présenté au Canada par le site HabiloMédias -  .

 

Savoir analyser ses pratiques pédagogiques de manière critique

La dernière section du mémoire professionnel est consacrée à l’analyse, par les étudiants, de ces séances qu’ils ont organisées avec leurs élèves. Pour cette étape, ils s’appuient sur la sociologie des pratiques pédagogiques élaborées par l’équipe Education et scolarisation (ESCOL), qui conduit à mettre en lumière les malentendus socio-cognitifs générés par des discriminations actives ou passives à l’égard des élèves .

L’objectif est ici de permettre aux étudiants de différencier ce qui relève de la motivation des élèves, de l’activisme pédagogique et de la mobilisation intellectuelle. Les élèves peuvent en effet être motivés, ils peuvent être en activité, et pourtant ne pas être mobilisés intellectuellement. C’est notamment le cas des élèves qui regardent des vidéos sur les dangers d’internet sans préparation, lorsqu’ils apprécient la forme dessin animés sans être capables, après le visionnage, de résumer le message de prévention diffusé par la vidéo. L’enjeu est ainsi que les étudiants soient en mesure d’analyser les obstacles rencontrés par les élèves en difficulté durant la séance qu’ils ont mis en place.

 

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