Monde

La Corée du nord en 100 questions

Couverture ouvrage

Juliette Morillot Dorian Malovic
Tallandier , 384 pages

Mystérieuse Corée du Nord
[vendredi 02 dcembre 2016]


Derrière les barbelés, la culture nord-coréenne à la croisée des traditions confucéennes et de certitudes raciales.

Poser 100 questions sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC), son histoire, ses politiques, son action extérieure, son économie, son ouverture au monde, sa culture, ses pratiques religieuses et sa société, c’est bien peu nous diront certains. En vérité, c’est assurément apporter aux lecteurs, quelles que soient les bases de leurs connaissances, plus de réponses encore, tant la Corée du Nord semble receler de mystères et de zones d’ombres.
Si le pays reste parmi les plus inaccessibles, il est depuis plus d’une décennie l’objet de l’attention de Juliette Morillot, romancière et enseignante coréanophone, et Dorian Malovic, spécialiste de l’Asie et de la Chine pour le quotidien La Croix . En 2004, les deux commentateurs avaient déjà publié ensemble chez Belfond une étude sur les Evadés de Corée du Nord, une enquête récompensée par le prix du meilleur livre d’investigation, dont le propos sans complaisance ne ferma pas pour autant les portes de la RPDC à Juliette Morillot. Il en sera probablement de même pour ce livre, bien qu’il aborde des sujets tabous et ô combien délicat quand il s’agit des programmes nucléaires et balistiques.
Pyongyang se montre certes peu accessible aux journalistes et au monde académique mais ceux qui ont su démontrer une approche désidéologisée de la RPDC et soucieux d’inscrire leur travail dans le temps et sans préjugé continuent généralement de pouvoir visiter le pays de temps à autres. Mme Morillot n’est pas la seule exception française, il en est de même par exemple de l’ex-correspondant du quotidien Le Monde à Tokyo, Philippe Pons, qui en dépit de ses nombreux reportages in situ et sa monumentale et peu laudatrice histoire récente de la RPDC (Corée du Nord : un Etat-guérilla en mutation, Gallimard, 2016) vient d’effectuer un nouveau déplacement au nord de la zone démilitarisée avec un diplomate français de haut rang à la retraite, grand spécialiste lui aussi de l’Asie et de l’Extrême-Orient.
Au fil des réponses aux cent questions posées, les deux auteurs démontrent qu’ils ne sont en rien des thuriféraires de la dynastie des Kim, cherchant à amoindrir en quoi que ce soit les pires excès constatés depuis des décennies en Corée du Nord. Ils sont « simplement » des observateurs méticuleux qui n’hésitent pas à mettre en cause toutes les propagandes, y compris celles véhiculées par certains milieux sudistes, et y compris celles que promeuvent certaines organisations de défense des droits de l’homme liées aux mouvements évangélistes protestants les plus vindicatifs. A ce titre, le chapitre consacré aux témoignages des transfuges nordistes est très instructif, tant se sont marchandisés depuis une décennie les témoignages de ceux qui ont pu fuir le Royaume Hermite.
Sans complaisance, Juliette Morillot et Dorian Malovic refusent également le sensationnalisme. Il se distinguent en revanche par des efforts constants de pédagogie, y compris en direction des lecteurs avertis : un bon moyen pour sortir des préjugés véhiculés sur le régime de Pyongyang, et d’abord par sa propre propagande. Il y a tant d’approximations voire de faits erronés qui circulent depuis des décennies sur la République populaire démocratique de Corée que l’on cherche à en savoir plus et à disposer d’une formation de qualité. C’est ce qui nous est offert ici.
Pour informer un large public, il ne faut pas nécessairement des dizaines de pages d’explication. Des réponses précises, documentées, sourcées jusqu’aux événements les plus récents peuvent suffire, et les auteurs de La Corée du Nord en 100 questions prennent en compte jusqu’au cinquième essai nucléaire du 9 septembre 2016. On regrettera toutefois qu’ils n’aient pas établi de bibliographies thématiques, même succinctes. Plutôt que de désigner une liste d’experts crédibles comme ils l’ont fait à la fin de leur manuscrit, il eut été préférable de suggérer aux lecteurs soucieux d’approfondir leur compréhension du sujet une liste de publications pour chacune des questions posées. La carte de la péninsule présentée en début d’ouvrage aurait elle aussi mérité plus d’informations, économiques d’abord afin de prendre en compte de manière plus exhaustive les zones économiques spéciales (ex. les îles Hwanggumpyong et Wihwa, le complexe industriel de Kaesong, la région du mont Kumgang) ou encore des sites à forte connotation symbolique pour les Nordistes comme pour les Sudistes (ex. le mont Baekdu).
Tout en rassemblant beaucoup d’informations notamment sur les trois dernières décennies écoulées, les auteurs se sont montrés consciencieux et ont fait preuve d’humilité. Ils n’ont pas hésité à reconnaitre les limites des savoirs sur la République populaire démocratique de Kim Jong-un – c'est-à-dire de leurs savoirs, mais également de ceux de la communauté des analystes les plus exigeants. Cette modestie de bon aloi est essentielle pour approcher au plus près le régime nord-coréen, sa pensée, son mode d’organisation, ses ambitions et même son histoire. Les auteurs privilégient ainsi souvent des hypothèses assumées comme telles lorsque les informations sont difficilement vérifiables et parfois contradictoires – une précaution de bon sens qui aurait dû s’imposer à bien des auteurs qui se sont lancés dans la rédaction de vastes fresques de la péninsule coréenne sous la férule de la dynastie établie par Kim Il-sung.
M. Malovic et Mme Morillot ne sont pas les défenseurs d’une cause. Leur intention est d’aider le plus grand nombre à comprendre un système politique que l’on présente trop souvent encore comme « irrationnel » voire confinant à la « folie ». Ils éclairent l’actualité d’un pays qui pourrait bien se trouver au cœur de la diplomatie du nouveau président des Etats-Unis. Il nous offre une sorte de dictionnaire qui aide à penser la complexité stratégique de l’Asie du Nord-Est et du bassin Pacifique. Cependant, on n’est pas nécessairement toujours en accord avec les attendus et les analyses proposées. En minimisant le poids de la dimension raciale du projet politique de la RPDC – que soulignent notamment les travaux de B.R. Myers  –, le poids des traditions confucéennes est ainsi exagérément surévalué pour une appréhension fine des spécificités de la culture nord-coréenne d’aujourd’hui.

 

A lire également sur nonfiction.fr :

Eunsun Kim, Sébastien Falletti, Corée du Nord. 9 ans pour fuir l'enfer, par François Danglin

 

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1 commentaire

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flamenco y republicano

05/04/17 11:22
Je m'étonne de ne trouver aucune référence à la seule source directe émanant de la Corée du Nord et consultable sur internet, à savoir Alejandro Cao de Benos. En tant qu'Européen (Espagnol) et à la fois ambassadeur officiel pour la culture du régime nord-coréen, Cao de Benos me semble incontournable et ses réponses aux journalistes dans de nombreux débats publics doivent être audibles volens nolens. L'ignorance de la langue espagnole, générale en France dans les milieux intellectuels qui se croient exonérés par la connaissance de l'anglais, en est elle la cause?

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