NATION ? – Les Thélémites de Seine-Saint-Denis
[lundi 23 mai 2016]



Chaque semaine dans « Nation ? (Chronique) », Maryse Emel présente des essais ou des œuvres, des intellectuels ou des artistes qui nous permettent de repenser nos manières de vivre ensemble au XXIe siècle. Cette semaine, elle présente le Projet Thélème, qui visait à faire découvrir l'anthropologie aux élèves du Lycée le Corbusier à Aubervilliers.

 

 

Ce samedi 21 mai 2016, les élèves du Projet Thélème   mis en œuvre par Catherine Robert, professeure de philosophie au Lycée Le Corbusier à Aubervilliers, ont accueillis avec des viennoiseries, en attendant le buffet aux 72 spécialités représentant les 72 nationalités du lycée. Tous étaient ravis de pouvoir présenter un projet auquel ils avaient collaboré.


Découvrir l’anthropologie


Les élèves ont été initiés à l’anthropologie aux côtés de Christian Baudelot, professeur émérite de sociologie au département des sciences sociales de l’ENS et chercheur au Centre Maurice Halbwachs  et de Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue, mythologue, préhistorien et directeur de recherche à l’Institut des mondes africains du CNRS. Une des élèves avoue avoir été tout simplement attirée par le mot « anthropologie », qu’elle ignorait mais qui la faisait rêver. Un autre se dit heureux d’achever ainsi ses années lycées. « Je voulais faire quelque chose, parce que la Terminale, c’est la fin de quelque chose. Après ce ne sera plus jamais pareil », dit-il avec une petite touche d’émotion. Une autre se réjouit de l’occasion qu’elle a eu de surmonter sa timidité à l’oral. « Cela tombe bien dit-elle en souriant. Je passe bientôt un oral pour le bac. Ça va m’aider ! » Ces jeunes ont conscience qu’un tel projet permet de révéler un autre visage de la banlieue : « C’est beau cette diversité » explique une élève, songeuse. Puis elle fronce les sourcils. « Ce discours sur la banlieue, ça nous enferme dans des représentations fausses ».


A leur curiosité et leur désir de comprendre et d’agir, ils ont ajouté le plaisir de dire et d’argumenter. Cela se sent quand on leur demande d’expliquer leur engagement.


Enquêter sur l’amour


Les Thélémites de l’an passé ont vu leurs travaux de l’an passé donner lieu ce mois-ci à la sortie de l’ouvrage Comment vivre ensemble quand on ne vit pas pareil, où l’on retrouve les signatures de nombreux chercheurs . Chaque double-page pose une question précise et un chercheur en sociologie, anthropologie ou philosophie, y répond de la façon la plus simple qui soit, sans pour autant en éluder la complexité… Cette année, le colloque avait pour titre « Pour le meilleur et pour le dire » Les jeunes ont décidé de travailler la diversité culturelle des pratiques amoureuses. « Cette question nous intéresse tous », s’exclame une élève. C’était ainsi l’occasion pour eux de présenter l’enquête qu’ils avaient construite et menée auprès d’un échantillon de plus de 600 lycéens. Leur site internet la présentait ainsi :


« Pourquoi enquêter sur l’amour et le choix du partenaire idéal auprès des lycéens de Seine-Saint-Denis ? Parce que cette question concerne les adolescents, et parce qu’ils ont des choses à dire là-dessus. Parce que leurs réponses sont révélatrices de leurs attitudes et de leurs opinions sur les relations entre hommes et femmes, sur la nature des affinités électives, sur la répartition des rôles et la différence des statuts. Plus généralement, ces réponses nous éclairent sur les qualités que les jeunes d’aujourd’hui trouvent les plus importantes pour faire société. Il y a plusieurs façons d’aimer et plusieurs façons de concevoir les relations à l’intérieur du couple. Il y a des différences et surtout beaucoup de similitudes entre la jeunesse de Seine-Saint-Denis et ses contemporains. Quelles sont-elles ? Comment les expliquer ? Que nous apprennent-elles sur les représentations de cette jeunesse, et comment nous permettent-elles d’élucider nos propres idées reçues à son endroit ?Cette enquête sociologique vise aussi à déconstruire un certain nombre de préjugés sur les habitants de cette banlieue mal connue aux mœurs fantasmées. »


Un projet humaniste


On peut bien sûr discuter les limites d’un tel parti-pris – on en trouvera toujours – mais la satisfaction des élèves n’est pas négligeable. Deux questions hantent ces derniers : celle de leur origine et celle du sens du discours médiatique sur la banlieue, qu’ils voient comme une forme d’ostracisme. C’est notamment sur ce dernier affect, vécu au quotidien par ces jeunes, que le projet souhaite travailler. Faire entendre raison aux représentations des affects, avant de « changer l’ordre du monde » tel est l’objectif moins visible de l’équipe.


Ce qui importe dès lors est moins le produit finalisé que l’ensemble de la démarche. Bonne conscience malheureuse qui ne passe pas à l’effectivité aurait pu dire Hegel. Oui, peut-être, mais ce moment doit être posé dans la perspective de son dépassement. On peut par contre déplorer que le projet n’examine pas ses présupposés. Comparer les diverses cultures ne risque-t-il pas d'entretenir la croyance en une identité culturelle ? C'est un risque à souligner. Toutefois, il faut reconnaître les qualités humanistes d’un tel projet : pour une fois, les élèves ne sont pas sommés d’apprendre un cours, ils sont véritablement encouragés à mener une réflexion active. Il s’agit de les amener dans le temps long de la réflexion, de leur faire goûter le désir du questionnement. En cela ce projet s’inscrit bien dans une démarche philosophique.


Goûter le désir du vrai


Si la question identitaire n’est pas abordée de front, il y a cependant une réelle démarche interrogative à son propos. Ce samedi 21 mai, le lycée accueillait l’anthropologue Florence Dupont, spécialiste de la sexualité de la Rome antique. Démêlant non sans humour, les préjugés enracinés à ce sujet, elle a tenté de montrer aux élèves comment les identités sexuelles étaient genrées uniquement sur le plan social. Les Romains aimaient d’abord les beaux corps, indépendamment souligna-t-elle, de leur appartenance à un sexe. L’an passé lors du colloque : Comment vivre ensemble quand on ne vit pas pareil, la philosophe Barbara Cassin, avait expliqué pourquoi la langue d’un pays était en perpétuelle évolution et non pas figée. Elle concluait que la langue n’appartenait à personne. La sociologue Françoise Héritier, qui a co-dirigé l'ouvrage né de ce collogue,  a tenté de mettre en valeur la dimension institutionnelle de la religion, pour éviter de la réduire à la foi ou la croyance. Elle en montre ainsi le rôle politique pour tenter de faire comprendre qu’une définition de soi par l’identité religieuse implique toujours une dimension idéologique.


Thélème tente la philosophie comme art de vivre, mais surtout ce projet cherche à ce que les élèves interrogent finalement leurs propres préjugés. N’est-ce pas la meilleure démarche pour tenter d’éclairer cette jeunesse ? C’est en tout cas le pari de Catherine Robert qui propose à d’autres établissements de rejoindre le projet. Il ne s’agit donc pas de « faire » de la philosophie, mais de trouver des passages, une sorte d’entre deux, où les élèves se mettent à penser. Ce projet extra-scolaire dans le cadre de l’école, cette classe hors la classe offre notamment aux élèves, le salutaire contrepoison contre le pseudo-savoir glané sur Internet et les réseaux sociaux.


L’anthropologie rencontre ici la philosophie, non pas sous la forme d’une citation, mais dans la pratique effective de la pensée qui a pour tâche de libérer du préjugé, en bousculant la bonne conscience morale. Il s’agit de mettre entre parenthèses la bienveillance morale et sociale pour s’intéresser à une éthique de la connaissance et du savoir.


Pour aller plus loin :

 

Le site du Projet Thélème

 

Comment vivre ensemble quand on ne vit pas pareil ?

Collectif

Edition La ville brûle, 2016

64 p., 8,5 euros

 

 

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8 commentaires

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Jean-Loïc Le Quellec

23/05/16 19:37
Merci pour cet article, mais souffrez deux remarques:

1/ Vous confondez Baudelot et Baubérot.

2/ il est quand même singulièrement curieux que vous posiez cette question: «En utilisant sans jamais les questionner des expressions telles qu’"identité culturelle", le projet ne fait-il pas le jeu du populisme identitaire et du différentialisme multiculturaliste à l’origine du "communautarisme"»?
En effet, nous regrettons fort d'être accusés d'aveuglement sur les présupposés d'une expression que nous n'utilisons pas, et il est quand même étonnant que cette suspicion nous soit adressée. Permettez-moi donc de vous adresser la réponse anticipée de Lévi-Strauss à votre remarque:

«L’anthropologue ne propose pas à ses contemporains d’adopter les idées et les coutumes de telle ou telle population exotique. Notre contribution est beaucoup plus modeste (…) l’anthropologue révèle que ce nous considérons comme "naturel", fondé sur l’ordre des choses, se réduit à des contraintes et à des attitudes mentales propres à notre culture. Elle nous aide donc à comprendre comment et pourquoi d’autres sociétés peuvent tenir pour simples et allant de soi des usages qui, à nous, paraissent inconcevables ou même scandaleux».

Nul communautarisme dans ce programme.
Bien à vous.
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Maryse Emel

23/05/16 20:18
J’évoque ce que j’ai compris et interprété à la lumière d’un discours qui a valorisé les « 72 origines » à travers le repas-buffet. Ce n’est pas innocent et cela signifie qu’il y a toujours de l’ambiguïté à partir du moment où on aborde la question de la culture par l’angle de l’origine. Je ne suis pas anthropologue, et j’aurais peut-être été moins maladroite, selon vous , si cette question de l’origine avait été abordée. De plus vous coupez ma phrase de son contexte : je dis que le discours multiculturaliste est un risque que mes deux remarques précédentes pointent. J’écris :
On peut par contre déplorer que le projet n’examine pas ses présupposés. En utilisant sans jamais les questionner des expressions telles qu’« identité culturelle », le projet ne fait-il pas le jeu du populisme identitaire et du différentialisme multiculturaliste à l’origine du « communautarisme », qu’évoque le philosophe canadien Charles Taylor ? . Toutefois, il faut reconnaître les qualités humanistes d’un tel projet : pour une fois, les élèves ne sont pas sommés d’apprendre un cours, ils sont véritablement encouragés à mener une réflexion active. Il s’agit de les amener dans le temps long de la réflexion, de leur faire goûter le désir du questionnement. En cela ce projet s’inscrit bien dans une démarche philosophique.

...

Si la question identitaire n’est pas abordée de front, il y a cependant une réelle démarche interrogative à son propos. Ce samedi 21 mai, le lycée accueillait l’anthropologue Florence Dupont, spécialiste de la sexualité de la Rome antique. Démêlant non sans humour, les préjugés enracinés à ce sujet, elle a tenté de montrer aux élèves comment les identités sexuelles étaient genrées uniquement sur le plan social. ..
Lors de la présentation par M. Bautérot – je m’excuse auprès de lui de mon erreur à propos de son nom – j’ai été très mal à l’aise par ce discours qui dit sans dire. Pourquoi ne pas éliminer d’emblée l’obstacle ? Pourquoi ne pas expliquer l’enfermement auquel conduit ce mot de banlieue. Vous ne dites pas identité culturelle. Je l’ai mis entre guillemets mais pas en italique. Je ne vous citais donc pas.
Mais j’ai lu un interview dans le journal l’Humanité de Mme Robert . En voici un long extrait : Nous avons la chance, au lycée Le-Corbusier, de pouvoir constater l’extrême diversité des cultures et des croyances. Contrairement à ce que l’on croit à force de myopie, les élèves de Seine-Saint-Denis ne sont pas tous musulmans. Les cultes chinois sont polythéistes, panthéistes ou non théistes. Le taoïsme, le bouddhisme, le culte des ancêtres, le confucianisme sont autant de formes de croyance possibles pour nos élèves d’origine chinoise. Ajoutons à cela des athées, des agnostiques, des représentants de l’hindouisme, des coptes orthodoxes, des Éthiopiens orthodoxes, des protestants évangélistes, des pratiquants du vaudou, des adeptes du kémitisme panafricain, etc. Cette liste qui ne saurait être exhaustive (étant donné l’interdiction de relever ces données par la loi française) croise celle, aussi longue et aussi difficile à établir, de toutes les cultures d’origine de nos élèves. Comment décemment admettre que l’enseignement du « fait religieux » puisse rendre compte de la diversité culturelle, notamment pour celles de ces cultures dans lesquelles la religion n’est pas un fait ? Croire que les hommes ne croient pas au prétexte qu’ils n’ont pas de religion relève de l’erreur intellectuelle et de la faute morale. L’exploration de la terra incognita culturelle suppose des explorateurs sans œillères… Enseigner les mythes en adoptant la position comparatiste, ni subjectiviste, ni communautariste, est la condition sine qua non d’une laïcité en actes. Sa conséquence est une tolérance identitaire. Nos élèves, qui croisent, en leurs représentations et leurs actions, des cultures et des identités différentes le savent ; tous gagneraient à l’apprendre : c’est depuis l’autre qu’on se connaît mieux soi-même. (j’ai mis en valeur ce qui fonde mes propos) ref : http://www.humanite.fr/faut-il-developper-lenseignement-laic-du-fait-religieux-566401
J’attends qu’on m’explique ce qu’est une tolérance identitaire.
Bien à vous
Maryse Emel
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Maryse Emel

23/05/16 20:21
je reposte l ' extrait de l'article, les mots dont je parle ayant "sauté" :

Nous avons la chance, au lycée Le-Corbusier, de pouvoir constater l’extrême diversité des cultures et des croyances. Contrairement à ce que l’on croit à force de myopie, les élèves de Seine-Saint-Denis ne sont pas tous musulmans. Les cultes chinois sont polythéistes, panthéistes ou non théistes. Le taoïsme, le bouddhisme, le culte des ancêtres, le confucianisme sont autant de formes de croyance possibles pour nos élèves d’origine chinoise. Ajoutons à cela des athées, des agnostiques, des représentants de l’hindouisme, des coptes orthodoxes, des Éthiopiens orthodoxes, des protestants évangélistes, des pratiquants du vaudou, des adeptes du kémitisme panafricain, etc. Cette liste qui ne saurait être exhaustive (étant donné l’interdiction de relever ces données par la loi française) croise celle, aussi longue et aussi difficile à établir, de toutes les cultures d’origine de nos élèves. Comment décemment admettre que l’enseignement du « fait religieux » puisse rendre compte de la diversité culturelle, notamment pour celles de ces cultures dans lesquelles la religion n’est pas un fait ? Croire que les hommes ne croient pas au prétexte qu’ils n’ont pas de religion relève de l’erreur intellectuelle et de la faute morale. L’exploration de la terra incognita culturelle suppose des explorateurs sans œillères… Enseigner les mythes en adoptant la position comparatiste, ni subjectiviste, ni communautariste, est la condition sine qua non d’une laïcité en actes. Sa conséquence est une tolérance identitaire. Nos élèves, qui croisent, en leurs représentations et leurs actions, des cultures et des identités différentes le savent ; tous gagneraient à l’apprendre : c’est depuis l’autre qu’on se connaît mieux soi-même.
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Maryse Emel

23/05/16 20:25
Et comme je suis dans la série des actes manqués, lisez M.Baudelot, auprès duquel je m excuse encore une fois..
M.Emel
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Valérie Louys

24/05/16 14:20
Chère Maryse Emel,

Enseignante au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, j’ai participé à l’organisation d’un colloque qui s’y est déroulé samedi dernier, mais à mon grand étonnement, cet événement ne semble pas être celui que vous évoquez.
Ce colloque s’appelait « Pour le meilleur et pour le dire » et non « Dis-moi qui tu aimes, dis-moi comment tu aimes, et je te dirai qui tu es ! ».
Il faisait suite à un colloque de juin 2015 en présence de nombreux intervenants, mais pas de Françoise Héritier, qui avait cependant soutenu le projet en co-rédigeant le livre dont vous faites la publicité.
Parmi les intervenants présents samedi, nous avons eu la chance de compter Christian Baudelot, mais Jean Baubérot n’était pas là.
Il était question d’une enquête sociologique sur les critères de choix du partenaire idéal, absolument pas d’évoquer « la diversité culturelle des pratiques amoureuses ».
Au lycée Le Corbusier, il n’existe pas de projet de philosophie nommé Thélème. Il existe bien un projet Thélème cependant, animé par deux de mes collègues et non une seule, qui promeut la recherche et le goût du savoir dans toutes les disciplines.
Lors de la journée de samedi, nous avons évoqué les 72 nationalités ou pays d’origine des parents des élèves ayant répondu à l’enquête anonyme. Le buffet, composé de plats très divers, avait pour but, grâce à la générosité des élèves et de leur famille qui ont préparé tout cela, d’offrir le déjeuner au public du colloque, mais pas de concourir pour représenter les spécialités culinaires de 72 pays.
L’expression « identité culturelle » n’a pas été employée samedi dans l’événement auquel j’ai pris part ; elle ne recouvre d'ailleurs aucune réalité, l’identité de chacun étant nécessairement complexe.
L’un des moments essentiels de cette journée était l’exposé des élèves qui a ouvert l’après-midi pendant un peu plus d’1h30, animé par Christian Baudelot, Jean-Loïc Le Quellec, Catherine Robert et Fabien Truong, mais votre compte-rendu n’évoque pas ce moment, ni les discussions qui l’ont suivi.
Il semble donc que nous n’ayons pas participé au même colloque, et c’est là un mystère qu’il serait bon d’élucider. Car si vous pensez avoir été témoin d’une démarche qui favorise le communautarisme, je participe pour ma part à un projet qui interroge les représentations d’autrui au lieu de les nier et garantit donc une ouverture à l’autre. En tant que fonctionnaire d’Etat comme vous, comme en tant que citoyenne, je n’y vois pas une mince différence.

Cordialement,
Valérie Louys

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Catherine Robert

24/05/16 16:48
Maryse,
Dans la mesure où tu supprimes de façon tyrannique les commentaires à ton article diffamatoire, je me permets de réitérer mes remarques.
Merci d’avoir enfin pris bonne note que l’enquête menée par les élèves du Projet Thélème avait été accompagnée par Christian Baudelot. Puisque tu ne juges pas utile de corriger les approximations déjà signalées par mail, je tiens à préciser ici que le titre du colloque, que tu nous as fait l’honneur d’honorer de ta présence le matin, était "Pour le meilleur et pour le dire", et que, par ailleurs Françoise Héritier n'a pas participé au colloque de juin dernier, même si elle a participé à l'écriture du livre que publie La Ville brûle, dont je te remercie de recommander la lecture à qui voudra mieux comprendre le sens de notre projet, L’Anthropologie pour tous.
Je regrette que tu n’ais pas voulu assister, l’après-midi, à la présentation de leur enquête par les élèves. Sans doute cela t’aurait-il permis de comprendre que notre but n'était pas d'enquêter sur "la diversité culturelle des pratiques amoureuses", dans la mesure (mais tu l'aurais sans doute remarqué dans l'exposé des élèves si tu y avais assisté) où nous n'avons jamais croisé origines culturelles et représentation du partenaire idéal dans la constitution de nos analyses. Tu as préféré exiger des élèves qu’ils n’assistent pas aux conférences du matin afin de pouvoir les interviewer dans le hall : mettons que la pratique journalistique et ses urgences passent avant l’intérêt pédagogique et la vertu philosophique, toujours est-il que le procédé d’évitement a provoqué, dans ton esprit, quelques raccourcis dommageables.
Tu écris : "En utilisant sans jamais les questionner des expressions telles qu’« identité culturelle », le projet ne fait-il pas le jeu du populisme identitaire et du différentialisme multiculturaliste à l’origine du « communautarisme », qu’évoque le philosophe canadien Charles Taylor ?". Nous n’avons jamais utilisé cette expression, qui est parfaitement inepte. L'identité culturelle univoque est un fantasme, elle n'existe pas : voir les analyses de Fabien Truong sur ce point (encore, là encore, aurait-il fallu venir l’écouter, voire lire ses textes), et ce qu'ont dit les élèves, l'après-midi, de la composition "bricolée" (pour reprendre le mot de Lévi-Strauss) de ces identités rend parfaitement caduque une telle réduction essentialiste. L'accusation de communautarisme est donc une insulte que je ne peux pas laisser formuler sans y répondre. Le projet de L’Anthropologie pour tous n'est pas communautariste : seuls ceux qui, a contrario des anthropologues, refusent de découvrir les représentations d'autrui, peuvent être ainsi soupçonnés. Nous ne faisons pas non plus « le jeu du populisme identitaire » : cette remarque relève de la pure et simple diffamation, et je te saurai gré de mesurer tes propos publics en voulant bien les corriger, avant que de nous obliger à devoir porter plainte contre cette imputation d'un fait non avéré qui porte atteinte à notre honneur et à notre considération.
J’espère que ton sens de la mesure saura l’emporter sur ton désir de scandale. Bien à toi.
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La rédaction

24/05/16 18:19
@Catherine Robert:

La modération des commentaires est de la responsabilité de la rédaction.

Nous supprimons systématiquement les commentaires insultant et/ou contenant des attaques personnelles.

Toute critique et tout complément d'information sont les bienvenus, sous la condition qu'ils respectent nos rédacteurs et leur travail.
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Catherine Robert

24/05/16 18:47
@ La rédaction
Dans la mesure où le projet que nous menons au lycée Le Corbusier ne fait pas « le jeu du populisme identitaire », et parce que cette remarque, même formulée sous le mode d’une interrogation soupçonneuse, relève de la pure et simple diffamation, nous nous verrons obligés de porter plainte contre cette imputation d'un fait non avéré qui porte atteinte à notre honneur et à notre considération, si cet article n’est pas retiré de l’espace public. L'accusation de communautarisme est également une insulte que nous ne pouvons pas laisser formuler sans y répondre, sans la mesure où elle remet en question notre loyauté de fonctionnaires de l’Etat républicain. Nous vous serions donc infiniment obligés de retirer toute insulte de votre site, même quand elles sont formulées par vos rédacteurs.
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