AVIGNON – Exceptionnel « En attendant Godot » de Laurent Fréchuret
[lundi 13 juillet 2015]

© Christophe Raynaud de Lage

 

« C'est long, mais ce sera bon. Qui disait ça ? »

 

Laurent Fréchuret, qui dirigea le Théâtre de Sartrouville de 2004 à 2012, met en scène en Avignon un exceptionnel En attendant Godot. Tout y est bon, tout y est juste : les comédiens, la mise en scène, la scénographie, la lumière, le son. Vladimir et Estragon attendent dans un champ de blé fauché qu'on imagine brûlé par le soleil, avec au milieu un léger vallonnement, et au sommet du pli un arbre dénudé aux branches coiffées sur le coté par le travail du vent. La scène offre une belle profondeur, esquisse un horizon, une sorte de calme s'en dégage. Puis un cageot en plastique rouge, servant de chaise, constitue l'unique point d'ancrage humain dans cet espace aux frontières indistinctes. Pas de chemin balisé, pas de route tracée, juste l'infinie possibilité des mouvements permis par la surface du champ, dont on s'éloigne par moment, mais pour toujours y revenir, près de l'arbre. Estragon, Vladimir, Pozzo et Lucky vont tracer au gré de leurs trajectoires d'innombrables et invisibles sillons aux lignes brisées et désordonnées, mais qui forment peu à peu un vortex qui s'enroule autour d'un centre – ou d'un vide.

L'absurde qui naît de la mise en scène de Laurent Fréchuret est d'une tessiture douce, mélancolique et sans âpreté, quelque chose qui tient de la grâce d'un geste retenu, une sage résilience, la possibilité d'une relation humaine surnageant malgré tout. On retrouve quelque chose du rire flaubertien, des tribulations de Bouvard et Pécuchet, mais ici la Société fait place au Cosmos, l'agitation des boulevards parisiens au mystère de la nuit qui tombe sur un champ de blé – ou de coton.

Ce Godot est servi par quatre comédiens exceptionnels. Le casting semble presque parfait. Chacune de leur physionomie semble taillée sur mesure pour Estragon, Vladimir, Pozzo et Lucky. Jean-Claude Bolle-Reddat interprète magistralement un Estragon plein de délicatesse et de fragilité, une diva dodelinante et velléitaire, mais résiliente, qui se plaint beaucoup mais jamais de ses vraies blessures, un compagnon de vie que Vladimir ne peut qu'aider et soutenir, s'y attacher sans déliaison possible. David Houri compose un Vladimir presque philosophe, dans l'action et l'animation, terre à terre, une âme russe. Vincent Schmitt et Maxime Dambrin forment un couple Pozzo-Lucky rêvé : un pozzo au teint hâlé, à la dégaine de cow-boy, une gueule, une animalité, et un Lucky évanescent et buté, aux traits délicats et aux cheveux d'argent, androgyne dont la beauté le rapproche d'un Tadzio.

Rarement le texte de Beckett n'aura révélé un tel apaisement.

 

En attendant Godot, de Samuel Beckett

Mise en scène de Laurent Fréchuret

Avec Jean-Claude Bolle-Reddat, Maxime Dambrin, David Houri et Vincent Schmitt

Scénographie de Damien Schahmaneche

Production Théâtre de l'Incendie

Au théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon, du 5 au 26 juillet 2015.

En tournée ensuite au Théâtre du Parc d'Andrézieux, le 15 janvier 2016, au Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, du 19 au 30 janvier 2016, au Théâtre de Privas, les 4 et 5 février 2016, au Grand Angle, Voiron, les 8 et 9 février 2016, au Théâtre de Roanne, le 12 février 2016, au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, du 1er au 3 mars 2016, au Théâtre des Pénitents, Montbrisson, le 5 mars 2016, au Théâtre du Vellein, Villefontaine, les 10 et 11 mars 2016, et à La Saison culturelle, Firminy, le 17 mars 2016.

 

* À lire également :

- L'interview de Laurent Fréchuret sur LesTroisCoups, 15 juillet 2015.

 

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