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Politique

Camus brûlant

Couverture ouvrage

Benjamin Stora Jean-Baptiste Prti
Stock , 128 pages

Politique

Camus et le terrorisme

Couverture ouvrage

Jean Monneret
Michalon , 192 pages

Politique

Camus au Panthéon. Discours imaginaire

Couverture ouvrage

Henri Guaino
Plon , 177 pages

Albert Camus : l'homme réinterprété
[lundi 16 dcembre 2013]


Alors que la célébration du centenaire de la naissance de l'écrivain est passée relativement inaperçue, des publications récentes témoignent des polémiques et des tentatives de récupération qui entourent encore Albert Camus, en particulier à propos de la guerre d'Algérie.

Les convictions politiques d'Albert Camus rentrent malaisément dans les schémas partisans habituels : se déclarant homme de gauche, il n'a pas hésité à critiquer son camp et ce dernier lui a bien rendu via Sartre et sa revue Les Temps Modernes comme à l'occasion de la parution de L’Homme révolté.  Pour autant, il n'a jamais rejoint la droite même si ses prises de position, puis son silence, sur la guerre d'Algérie ont été à l'origine de bien des interprétations mais aussi d'ambiguïtés.  De même, son attachement viscéral à la liberté a conduit aussi bien des libertaires,  tendance anarchiste, que des libéraux à se réclamer de lui. Paradoxalement, cette popularité de Camus dans des cercles politiques différents et bien souvent antagonistes explique vraisemblablement, bien que partiellement, le relatif silence qui a entouré le centenaire de sa naissance. Entre l'absence de panthéonisation à la demande de ses descendants et l'affaire de l'exposition à Aix-en-Provence, l'on pourrait quasiment parler d'une commémoration qui n'a pas eu lieu. Le personnage d'Albert Camus, prix Nobel de littérature, semble au premier abord pourtant beaucoup plus consensuel qu'un Louis-Ferdinand Céline, dont la célébration fut interdite explicitement...

Trois ouvrages récents, écrits par quatre auteurs situés sur des cases différentes de l'échiquier politique, permettent de nous éclairer sur les luttes mémorielles et politiques dont fait encore l'objet Albert Camus, plus de quarante ans après son décès dans un accident de voiture. Ils incarnent tous les trois une tendance. Camus brûlant  écrit conjointement par Benjamin Stora et Jean-Baptiste Péretié, respectivement historien de l'Algérie et documentariste, revient sur l'affaire de l'exposition d'Aix-en-Provence, dont le commissariat leur avait été confié, et plus généralement sur les récupérations politiques de l'écrivain. Camus au Panthéon  d'Henri Guaino, aujourd'hui député des Yvelines mais avant tout connu comme la plume et le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy durant sa mandature, propose un portrait et un discours qui aurait pu avoir lieu lors de son entrée au Panthéon. Camus et le terrorisme  de l'historien Jean Monneret se penche sur l'attitude d'Albert Camus face à la violence en général et le terrorisme en particulier.

Un Camus de gauche

Dans le cadre de Marseille-Provence capitale de la culture 2013, une grande exposition Camus était initialement prévue à Aix-en-Provence. Ses deux commissaires furent "débarqués" en cours de projet par la maire de la ville : Maryse Joissains. Dans Camus brûlant, ils ne reviennent pas seulement  sur cette polémique mais souhaitent prendre de la hauteur et étudier les controverses autour de l'écrivain, aussi bien en France qu'en Algérie.

Le capotage de leur exposition s'explique selon eux par leur refus de mettre Camus au service d'une certaine vision politique, qui se résumerait grosso modo à une opération de séduction électoraliste visant à capter les voix des anciens d'Algérie fortement représentés à Aix-en-Provence et courtisés par Maryse Joissains, maire de droite de la ville.  Le philosophe Michel Onfray est un temps envisagé pour reprendre le projet mais il jette l'éponge de peur d'être récupéré. Le prix Nobel serait donc également l'objet des attentions des nostalgiques de l'Algérie française que de ceux qui cherchent à séduire ces derniers.

Toutefois, la controverse autour du personnage ne se limite pas à la France : elle touche pareillement son pays natal, l'Algérie. Les auteurs rappellent ainsi l'échec de la "Caravane Camus" initiative de l'écrivain algérien Yasmina Khadra visant à présenter son œuvre à travers tout le pays et objet de polémiques qui ont finalement conduit à son annulation. Pour Stora et Péretié, Camus sert de prétexte à la reprise de luttes mémorielles et politiques algériennes.

Malheureusement, ils sont plus laconiques lorsqu'il s'agit d'aborder la captation de Camus par la gauche social-démocrate après la chute du mur de Berlin. Implicitement, ils livrent par ailleurs leur vision de l'homme qu'ils aiment pour sa poursuite passionnée de la justice, pour la pauvreté de ses débuts, tout comme pour sa critique des totalitarismes et son attachement à l'Algérie. Ils voient en lui "une figure de réconciliation, en France comme en Algérie"  et l'on serait tenté d'ajouter à la lumière des déclarations de Benjamin Stora lors du cinquantenaire de l'indépendance algérienne : de réconciliation entre la France et l'Algérie.

Un Camus "Algérie française"

Le Camus et le terrorisme de Jean Monneret présente de son côté une version relativement subtile et documentée de la description de Stora et Péretié : "dans ces milieux de la "nostalgérie", on aime à s'approprier Albert Camus. On le présente, de manière simplificatrice, sous les traits d'un pied-noir pro-Algérie française." , faisant fi de sa critique répétée de l'administration coloniale et de son soutien aux nationalistes (pas à tous) avant la guerre et ne retenant que le fait que celui-ci ait été pour une "Algérie égalitaire" et surtout contre une "Algérie indépendante"  Il est nécessaire de saisir la chronologie des déclarations de Camus pour comprendre leur complexité. Or, les nostalgiques de l'Algérie française, pour Stora et Péretié qui parlent de "lecture pour le moins biaisée",  se contentent de ses prises de position contre les méthodes terroristes du FLN touchant des civils et reprennent sa déclaration selon laquelle il préférait sa mère à la justice [du FLN]. Camus condamne cependant aussi bien l'emploi de la torture (française) que le terrorisme algérien. La notion de "déchirement" recouvre mieux l'opinion de l'écrivain méditerranéen face à un conflit fratricide que les nostalgiques ont bon dos de récupérer aujourd'hui alors qu'il était perçu à l'époque par bien des ultras comme un "traître".

Se fondant sur propres recherches historiques, sur les biographies d'Olivier Todd et de Michel Onfray, ainsi que sur les œuvres de Camus,  Monneret présente ce dernier comme un penseur lucide et solitaire, le comparant à Georges Orwell dans son opposition, venant de la gauche, au communisme. Révolté mais pas révolutionnaire, décelant une filiation entre 1793 et le Goulag, le Camus de Monneret conçoit toute révolution (nationale) comme intrinsèquement violente. Dans le cas de la guerre d'Algérie, Monneret insiste, dans son livre tout comme sur son site personnel, sur les victimes oubliées du conflit : les pieds-noirs tués dans les attentats du FLN, assimilé à Al-Qaïda. Manquant de nuance, en ce qu'il n'aborde quasiment pas la question de la lutte pour l'indépendance d'un peuple colonisé, le livre semble utiliser Camus comme prétexte à une dénonciation actuelle et intemporelle du terrorisme pour parler de la souffrance, certes indéniable, des pieds-noirs et des harkis. Difficile de ne pas souscrire à sa condamnation du terrorisme à grand renfort de citations camusiennes, toutefois, comment ne pas être septique quand l'auteur se lance dans interprétations inspirées du "choc des civilisations" voyant dans l'islam le moteur de la violence du FLN ? Les actes terroristes de ce mouvement sont certes inexcusables mais il était tout même nécessaire d'en rappeler les motivations certainement plus légitimes que les moyens employés.

Camus sert ici de caution et disparaît quasiment dans le chapitre IV, sa pensée n'étant mobilisée que comme argument d'autorité pour juger l’œuvre du FLN. L'argumentation de Monneret aurait gagné à ne pas verser d'un extrême à l'autre, n'accordant pas d'importance à la lutte pour l'indépendance algérienne, et à annoncer directement la couleur à propos du sujet de l'ouvrage. En conséquence, le dernier chapitre qui revient sur la philosophie de Camus tombe paradoxalement comme un cheveu sur la soupe alors que l'annexe 5 sur le FLN et les juifs finit de convaincre le lecteur qu'il s'agit avant tout d'un livre sur les crimes du FLN sous couvert d'une condamnation plus générale de la violence comme moyen d'action politique par Albert Camus.

Un Camus de droite

Pour les auteurs de Camus brûlant, le projet de panthéonisation de Camus envisagé sous la présidence Sarkozy était une tentative de captation de son aura, d'autant plus intéressante qu'il s'agissait d'un homme de gauche critique de son propre camp. Celui-ci n'aboutit pas faute d'un accord de ses enfants. Admirateur de l'écrivain, Henri Guaino publie donc le discours qu'il aurait rêvé écrire pour son entrée au sein des grands hommes, accompagné d'un long prélude à l'éloge, dont on reconnaît le style indéniable de l'auteur.

Outre ses qualités littéraires, il semble difficile de nier l’attachement sincère d'Henri Guaino pour Camus, qu'il annonce d'entrée de jeu : "Lecteur qui ouvrez ce livre, sachez que vous n'y rencontrerez pas le Camus, le plus vrai le plus authentique mais seulement celui que j'aime. Car je l'aime comme chacun de nous aime, c'est-à-dire à ma façon, qui est une façon forcément particulière."  Faisant en filigrane un parallèle avec sa propre vie,  Guaino estime qu'il ne lui est pas possible de distinguer le destin de l’œuvre de l'homme, qui le touche par sa modestie, en particulier sa honte d'avoir honte d'être pauvre. Au-delà de cet hommage personnel, quelques éléments laissent apparaître une lecture qui coïncide assez bien avec la politique de l'homme pour lequel le discours était initialement écrit.

Tout d'abord, comment ne pas voir en Camus une figure d'union qui pourrait plaire à un président à qui l'on a reproché d'être trop clivant quand Guaino écrit que "Chacun est sommé de choisir son camp, son parti. Il les rejette tous."  ? Plus largement, sous la plume de celui-ci, Camus apparaît avant tout comme un homme épris de liberté, plus que d'égalité ou de justice. Il ressort également comme le penseur de la fin des idéologies, le pourfendeur aussi bien des excès de la raison que du relativisme.

Quand l'hostilité du Café de Flore est évoquée, Guaino nous rappelle que Camus "n'a pas sa place parmi les maîtres à penser qui se partagent alors le pouvoir. Il n'est pas normalien. Il n'est pas agrégé. A cause de la tuberculose. Qu'importe. Il n'est pas de leur monde. Il n'est pas comme eux. Il n'écrit pas comme eux. Il n'agit pas comme eux."  Comment ne pas alors penser à la présentation du candidat Sarkozy comme quelqu'un qui ne serait pas issu du sérail ? Ou plus largement le registre de la droite victime des puissants (du monde de la culture) qui serait, selon le journaliste Thomas Frank, l'une des principales armes rhétoriques de la droite dans sa course aux voix des pauvres...

D'autres éléments concordent avec la politique étrangère de Nicolas Sarkozy comme lorsque l'on lit que Camus "récuse la repentance. Il écrit : "Le temps des colonialismes est fini, il faut seulement en tirer les conséquences."  ou que méditerranéen, il est l'homme des deux rives, potentiel symbole de l'union méditerranéenne impulsée sous le mandat du précédent Président. La captation semble toutefois trouver ses limites quand dans l'éloge, Camus, qui n'a jamais cessé de revendiquer son athéisme, se transforme en chrétien malgré lui. 

Une unanimité antagoniste ?

Inclassable de son vivant, Camus semble le rester pour la postérité. Son égal souci de liberté, de justice mais aussi de respect l'a conduit à accorder toute sa complexité au réel dans sa compréhension tout comme à refuser certains actes au nom de la morale. Sa pensée n'a souvent guère variée contrairement aux événements qu'il a dû affronter, ce qui explique peut-être la récupération dont il semble être l'objet de la part d'acteurs hétérogènes.  Ces tentatives de captation sont d'autant plus faciles qu'il n'a pas vécu pour voir la fin du conflit et prendre position : l'on peut ainsi spéculer à loisir sur le chemin qu'il aurait emprunté et le faire aller dans la direction qui arrange tel ou tel camp. Camus ferait-il paradoxalement l'unanimité pour des raisons différentes et parfois antagonistes, en particulier au sujet de l'Algérie françaises, dont les plaies ne semblent toujours pas cicatrisées ?.

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4 commentaires

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fa

17/12/13 16:03
cent ans après sa naissance plutôt qu'après son décès.... A part ça merci pour le dossier Camus !
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FRANCOIS

17/12/13 16:17




" NOSTALGERIQUE "CAMUS L AURAIT SIGNEE
> Vous trouverez ci-dessous les liens vers ces textes LIENS DE LA PETITION ET DES TEXTES DE JP LLEDO (independants de la petition)
>
> la pétition : http://oran5juillet1962.blogspot.fr/2013/09/petition-5-juillet-1962-oran-algerie.html
> http://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/a-tous-les-citoyens-du-monde-et-aux-ong-des-droits-de-l-homme-qu-ils-nous-apportent-leur-soutien-en-signant-2
>
> premier article :
> http://www.huffingtonpost.fr/jean-pierre-lledo/algerie-massacre-oran-5-juillet-1962_b_4212037.html
> deuxième article :
> http://www.huffingtonpost.fr/jean-pierre-lledo/algerie-quel-est-lauteur-du-massacre-du-5-juillet-1962-a-oran_b_4218693.html
>
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Kamel

17/12/13 16:36
Le Quotidien d'Oran 7/12/2013 hommage indirect à Camus par Kamel Daoud
« Malheureusement, nous n'avons pas eu un Mandela en 1962 »
Mandela Nelson est mort. Le monde va saluer sa vie, son uvre, son sourire, sa mort et sa philosophie. Et nous Algériens ? Faire de même dans la longue procession de l'hommage. Mais au-delà ? Un regret secret, une amertume. Le chroniqueur l'avait écrit un jour : Et si on avait eu Mandela en 1962 et pas Benbella ? Et on avait eu la Vérité avant la Réconciliation et pas la Réconciliation sans la vérité, comme avec Bouteflika ? Et si.
> > On ose alors le tabou parce que c'est un grand rêve éveillé : une Algérie qui n'aurait pas chassé les Français algériens mais qui en aurait fait la pointe de son développement, de son économie et la pépinière de sa ressource humaine. Une Algérie de la couleur de l'arc en ciel. L'Afrique du Sud de Mandela a eu son OAS, ses Pieds noirs, ses colons, ses fermiers blancs, ses radicaux noirs, ses traîtres, ses torturés et ses Aussarresses et ses Larbi Ben M'hidi. Sauf qu'avec Mandela le choix avait été de faire passer le pays avant les procès et les vengeances et de construire, en ouvrant les bras. La valise ou la mort n'était pas le slogan de Mandela malgré l'histoire douloureuse de cet homme touché dans sa chair, et l'histoire des siens tués, torturés, assassinés. L'homme avait une vision que nous n'avons pas eue et a sauvé son pays de la guerre civile et des tueries et des grandes vanités chauvines. Le «62» de l'Afrique du Sud, par cet homme, n'a pas connu sa crise de l'été, les guerres fratricides entre clans, les massacrés de Oued Sly, ni les coups d'Etat cycliques ni la main mise des casernes et des polices politiques sur le pays. Parce que Mandela voyait loin, les Blancs n'ont pas été chassés et massacrés ou exclus au nom d'Allah ou de l'identité. Les chars n'ont pas roulé vers la capitale de ce pays pour y violer la légitimité et on n'aurait pas cédé à l'illusion du socialisme, nous n'aurions pas été malades du butin et du bien-vacant et nous aurions évité les révolutions agraires et futiles qui ont détruit la propriété et la valeur du travail et notre patriotisme n'aurait pas été dégradé en propagandes et persécutions. Un Mandela algérien nous aurait évité la seconde guerre des années 90, sa fausse conclusion par référendum risible et un président à vie, unique dans le monde, parce que un Mandela algérien aurait imposé la dignité des deux mandats et pas plus.
> >
> > Nous aurions fait les bons choix, nous aurions jeté les armes, les machettes dans l'océan, nous aurions choisi de sourire à l'adversaire et pas de l'assassiner et nous aurions fait coïncidé, chaque jour venant, le mot liberté et le mot libération. Un Mandela algérien nous aurait appris que la violence subie n'est pas nécessaire à rendre, justement pour casser le cycle. Un Mandela algérien nous aurait évité le pays actuel, ses mauvaises convictions, nos mauvais jours et des molles dictatures et ses gabegies. Nous aurions perdu moins de vies et moins de temps et nous aurions été un grand pays. Car cet homme est l'un des très rares à avoir donné sens à la décolonisation. Toutes les autres épopées ont mal fini : la décolonisation glorieuse y a été menée à la dictature hideuse ou sournoise. Au massacre, aux caricatures sanguinaires et au sous-développement. C'est dire que l'on ne décolonise pas avec les armes, mais avec l'âme. Décoloniser n'est pas vaincre le colon mais le démon en soi. Adieu l'homme au sourire qui dénoue.

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Balzacc

17/12/13 17:24
N´oubliez pas aux éditions Dualpha l´ouvrage de Gérard Lehmann: Albert Camus Francais d´Algérie qui vient de paraître.

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