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Politique

Non à l'Europe allemande. Vers un printemps européen ?

Couverture ouvrage

Ulrich Beck
Autrement , 176 pages

Pour un contrat social européen
[mercredi 26 juin 2013]
A partir d'une bonne analyse de l'Union européenne, le sociologue allemand Ulrich Beck envisage un avenir plus européen.

En dépit de son titre Non à l'Europe allemande , cet essai n'est pas le dernier opus d'Emmanuel Todd , son auteur est le sociologue allemand Ulrich Beck, principalement connu en France pour avoir écrit La Société du risque . Même s'il a été écrit en août 2012, il offre une analyse décapante de l'état actuel de l'Union européenne.

Le préfacier, l'homme politique franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, revient ainsi sur cette Europe qui procède par "sauts aveugles" , la foi sauvant ceux qui croient en elle. Ces avancées repoussent toujours une réelle interrogation existentielle sur le pourquoi de ce vivre-ensemble européen, sans oublier son comment qui le rendra (encore) possible. Au contraire, l'on assiste à un repli sur la nation, cette réponse désuète face aux défis actuels qui nécessitent de s'appuyer sur les potentialités de l'Union européenne.  De cette situation caractérisée par une absence de pilote, l'Allemagne a fait son miel.

De l'Europe allemande, Beck en a fait le sujet de son livre, revenant sur ses causes, ses manifestations et ses conséquences. Il offre un retour contextualisé sur l’actualité de ces dernières années et applique sa théorie de la "société du risque" à l'Europe contemporaine, proposant d'adopter une perspective socio-politique au lieu de l'économique qui prévaut majoritairement.

La catastrophe comme mode de gouvernement

Pour Beck, l'un des aspects positifs de la crise c'est la naissance d'un sentiment européen puisque celle-ci ne se cantonne pas aux frontières nationales, les dépassant largement et prouvant l'interdépendance des membres de l'UE.  Ce sentiment se traduit par les mouvements d'opinion publique transnationaux qui fustigent les banques et les réponses gouvernementales à la crise. Face à cette dernière, l'ignorance des populations, confrontées à des problèmes éminemment complexes, est manipulée par les gouvernants ayant un recours trop fréquent au conditionnel ("Si l'euro s'effondre..."). L'UE se voit assimilée à la crise de l'euro, faisant oublier les bienfaits dont elle est porteuse depuis plus de cinquante ans sous ses différentes incarnations,  bienfaits qui sont aujourd'hui tenus pour acquis. Pour sortir de cette impasse, Beck propose de cesser de résumer la crise actuelle à celle de l'euro, d'élever le regard au-dessus du national et de l'économique, et de raisonner en termes de démocratie et de solidarité.

Pour le sociologue, la gouvernance européenne anticipe la catastrophe, qui devient un élément de sa rhétorique : "Dans ce contexte, le risque est aussi une catégorie politique et, finalement, il libère la politique des anciennes règles et des obligations institutionnelles."  La logique du risque s'oppose alors à la logique de la démocratie,  ou, pour le dire autrement, l'on oscille désormais entre une technocratie sourde aux besoins des populations et un potentiel renforcement de la coopération démocratique. Beck distingue ainsi quatre champs de tension : plus d'Europe ou plus d'Etat-nation ; imposé par la menace ou par les lois ; la logique de la menace de guerre contre la logique de la menace du risque ; le capitalisme global ou la politique nationale. À ces paramètres, il ajoute des divisions européennes : entre les membres de la zone euro et les autres, au sein de la zone, entre les débiteurs et les créditeurs, et enfin, en termes d'intégration, une Europe à deux vitesses prendrait forme. Ces clivages renforcent le pouvoir de la chancelière allemande, renommée pour l'occasion "Merkiavel", qui imposerait sa domination par le biais de "l'hésitation".  Sa politique européenne serait principalement guidée par son souci d'être réélue, son pouvoir étant fondé sur la richesse de l'Allemagne, sa capacité à tergiverser, ses intérêts nationaux et le pouvoir normatif de son modèle.  Les conséquences sont connues : un déni de démocratie à force de vouloir imposer la volonté allemande, une politique sociale de précarité généralisée fondée sur l'expiation de la faute économique. Le traitement infligé à l'Europe du Sud par l'Allemagne rappelle celui que subirent les Allemands de l'Est après la Réunification, "à la différence essentielle, tout de même, que dans l'Europe en crise, le mot de solidarité ne veut plus rien dire."  Par cette politique de "rééducation", l'Allemagne chercherait à attendre une forme de rédemption pour Beck, qui souligne toutefois que le parangon de démocratie qu'elle est devenue après la Seconde Guerre mondiale traite avec bien peu de justice et de respect les pays européens les plus faibles...

Un contrat social pour l'Europe

Afin de remédier à cela, Beck propose un "Contrat Social pour l'Europe", afin de construire une Europe qui ne soit pas seulement efficace, mais aussi désirée par ses citoyens ! Pour cela, il estime qu'il ne faut pas se focaliser uniquement sur les institutions, mais prendre en compte les individus à travers la promotion des libertés permises par l'Europe, d'une sécurité sociale et d'un regain de démocratie. Beck avance aussi l'idée plus originale d'organiser un service civil européen qui permettrait de renforcer l’inter-connaissance culturelle, afin de comprendre l'autre et pouvoir adopter parfois sa perspective. Plus prosaïquement, des ressources propres pour l'Europe, obtenues par la levée d'impôts spécifiques, ne pourront pas être écartées encore longtemps. Dans les dernières pages de son essai, l'auteur de La Société du risque en appelle à une coalition d’États européens, des perdants et des gagnants – dont l'Allemagne, afin de faire advenir plus d'Europe. Une Europe qui se construirait aussi par le bas, en prenant en compte la légitimité des mouvements contestataires.

Si ce dernier appel semble dans la situation actuelle un tantinet utopique, cela ne remet pas en cause les qualités de ce court essai, à démonstration claire et illustrée. L'on retiendra en particulier la première partie qui est une bonne analyse à la fois de la conjoncture mais aussi de déficits structurels de la construction européenne. La troisième et dernière partie, qui porte sur le contrat social, se périmera moins vite que les deux précédentes, la seconde – sur Merkel – étant écrite à chaud est pour certains points déjà dépassée, même si le dernier volet – autour du contrat social – n'est pas extrêmement novateur dans son contenu. Paradoxalement, c'est peut-être l'idée qui semble la moins urgente, le service civil européen, qui est peut-être la plus importante : à l'heure de la tentation de se replier dans la sphère nationale, une telle initiative pourrait donner une chair à une solidarité encore abstraite, peinant à émerger, alors qu'elle semble plus que nécessaire.

 

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