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Monde

La Circassienne

Couverture ouvrage

Guillemette de Sairign
Robert Laffont , 528 pages

Les milles vies de la comtesse du Luart
[vendredi 07 juin 2013]


Le destin de Leila du Luart, née Gali Hagondokoff dans une famille princière du Caucase et devenue l’une des héroïnes françaises de la Seconde Guerre Mondiale.

Il est des vies qui sont comme des romans. À travers cette biographie bien documentée, Guillemette de Sairigné retrace celle de Gali Hagondokoff, devenue Leila du Luart. Au fil du récit, elle raconte une épopée qui mènera la jeune aristocrate russe née au tournant du siècle de Petrograd à Shanghai, en passant par l'Amérique, pour finalement arriver jusqu’à Paris. En filigrane, il s'agit aussi d'analyser l'engagement de Gali Hagondokoff dans le secours aux bléssés de guerre, un engagement presque humanitaire qui commence pour elle à partir de la Guerre d'Espagne.

L’enfance de Hala – surnommée Gali – Hagondokoff, née en 1898, d’un père officier issu de la plus vielle aristocratie Khabarde dans le Caucase Nord et d’une mère appartenant à une vielle dynastie militaire pétersbourgeoise d’origine allemande, laisse présager bien des voyages entre la Mandchourie où son père est en charge de la protection du chantier du Chemin de fer de l’Est Chinois, Saint-Pétersbourg, la Montagne Sainte Geneviève, et les terres familiales de Kamenomost, près de Kislovodsk dans le Caucase.

Une enfance qui bascule, comme beaucoup, avec les troubles du début du XXème siècle. Durant la première guerre mondiale, dans le Caucase, Gali, à peine sortie de l’adolescence, et sa sœur ainée offrent leurs services comme infirmières à l’hôpital militaire. C’est là que Gali rencontre son premier mari, Nicolas Petrovitch Bajenoff, un jeune officier grièvement blessé. Elle le suit à Saint-Pétersbourg, rebaptisée Petrograd au début de la guerre, où ils se marient sur fond de révolution. En janvier 1918, le couple fuit la ville dans laquelle la famine ne va pas tarder à faire rage. Tandis que son époux rejoint l’Armée des Volontaires, Gali retourne à Kislovodsk où se retrouve le tout Petrograd, et donne naissance à un fils, lui aussi prénommé Nicolas, sur les terres familiales. Elle reprend la route fin 1919 pour rejoindre son mari, et tous deux repartent, non vers Constantinople comme beaucoup des réfugiés russes, mais vers l’Est. Leur voyage, véritable épopée de plusieurs mois, les mènera jusqu’à Harbin, la ville chinoise que Gali a vu, enfant, se construire sur le tracé du Transmandchourien. De Harbin, où Nicolas travaille pour la Banque russo-asiatique et où Gali fait ses premiers pas dans le milieu de la mode, le couple gagne bientôt Shanghai, plus sûre. Gali y fréquente le cercle français et est embauchée comme mannequin chez Paris Couture, qui présente les modèles de Chanel. Mais leur mariage bat de l’aile. Divorcée, Gali finit par s’embarquer en 1922 avec son fils pour Paris, via l’Amérique où elle retrouve un admirateur rencontré à Shanghai qui léguera à son fils de quoi vivre à l’abri du besoin.

Dans le Paris des Années folles, la "touche russe" est à l’honneur. Gali, qui a à peine 25 ans, y retrouve sa famille, réfugiée en France. Forte de son expérience shanghaienne, elle est, comme d’autres aristocrates russes, embauchée comme mannequin chez Chanel. Elle devient ensuite parfumeuse à Deauville pour Paul Poiret, avant de retourner à Paris où elle ouvre sa propre boutique de mode et acquiert la nationalité française. En 1934, après s’être convertie au catholicisme et se prétendant veuve, elle épouse un jeune aristocrate, le comte Ladislas du Luart. Elle adopte le prénom d’Irène, très vite remplacé par celui de Leila qu’elle gardera jusqu’à sa mort, comme pour signifier qu’une nouvelle vie s’ouvre devant elle.

Et en effet, avec la guerre d’Espagne, Gali Hagondokoff, devenue Leila du Luart, entre dans une nouvelle phase de son existence. Marquée par le souvenir de la révolution russe, elle s’engage du côté des nationalistes, mobilisant des fonds pour équiper et distribuer des ambulances qu’elle conçoit dans le but d’opérer les soldats les plus gravement touchés au plus près des zones de combats et de multiplier ainsi leurs chances de survie, et participant elle-même aux soins des blessés. Une aventure qu’elle évitera de mentionner par la suite puisqu’elle n’y était pas du "bon côté" mais qui jette les bases de la formation chirurgicale mobile qu’elle crée avec l’aide de donateurs – y compris américains – à l’approche de la Seconde Guerre Mondiale. Formation qui participe à la "drôle de guerre" puis aux campagnes de Tunisie, d’Italie et de France, et va jusqu’en Autriche. Après la Libération, Leila du Luart ne reste pas inactive bien longtemps. Anéantie par la mort tragique de son fils, elle reprend du service en Algérie, organisant un centre de repos pour les jeunes appelés en permission qui ne peuvent rentrer en métropole. Ni l’âge, ni la fin des hostilités ne la feront quitter totalement cette vie-là : marraine du 1er Premier Régiment Etranger de Cavalerie dès 1943, elle se consacrera à ses filleuls jusqu’aux dernières années de sa vie.

Décédée en 1985, Leila du Luart, l’une des femmes les plus décorées de France, "icone de la Légion étrangère", reçoit les derniers honneurs aux Invalides.

Personnage aux multiples facettes et au caractère bien trempé, dotée d’une volonté de fer, élégante, un peu tyrannique aussi sans doute, certainement non exempte de défauts mais incontestablement courageuse, Gali Hagondokoff – Leila du Luart ne peut laisser indifférent. Pas plus que son destin, "tissée aux soubresauts du XXème siècle" entre les montagnes du Caucase et les déserts africains, la révolution russe et les guerres qui ont ensanglanté l’Europe, les ors de Saint-Pétersbourg, les lumières de Shanghai et les salons de la noblesse française.
 

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